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24/09

De Pointe à Pitre à Pointe à Pitre, itinéraire de Damien Seguin

A 36 ans, Damien Seguin prendra, dans un peu plus d'un mois, le départ de sa deuxième Route du Rhum à la barre de son 40 pieds « ERDF – Des Pieds et des Mains ». Né sans main gauche, il explique avoir attendu sa 16ème année pour rencontrer les premières difficultés liées au handicap. De la Guadeloupe à Quiberon, de la voile loisir au plus haut niveau, son parcours est complexe et un exemple de persévérance. Loin des clichés sur le handicap, le marin révèle une part de lui-même, entre combativité et sensibilité.

A partir de quel moment as-tu compris que tu avais un handicap ?

On se rend vite compte qu'on est différent. Que ce soit grâce aux autres ou à cause des autres. On se compare mais je n'ai pas ressenti qu'il s'agissait d'un handicap car j'ai toujours fait ce que je voulais. C'est l'avantage d'être né comme ça. Je ne sais pas comment je ferais si j'avais deux mains ! La première fois que je l'ai vécu comme un handicap, c'était à 16 ans, quand on m'a refusé la conduite accompagnée. Quelqu'un m'a dit, et en plus une institution, que je ne pourrais pas faire comme les autres car je ne rentrais pas dans les cases. C'est la première fois que je l'ai vraiment vécu comme un frein.

As-tu déjà été tenté par une prothèse ?

A une période, j'en ai porté une. C'était uniquement esthétique car elle ne me servait à rien. Je l'ai portée pendant le collège, lors des intercours uniquement car c'était plutôt inconfortable. J'arrivais juste en Guadeloupe, dans un nouvel établissement… Plusieurs choses s'accumulaient. En arrivant au lycée, je me suis dit que j'étais mieux armé et je l'ai retirée.

Tu as pratiqué l'escalade, la voile, des sports connus pour faire appel aux mains. Est-ce que tu voulais prouver quelque chose ?

Pas du tout. Je n'ai jamais fait un choix en fonction de mon handicap. Je ne me suis jamais demandé ce que je pouvais faire. D'ailleurs, j'aurais beaucoup de mal à dire ce que je ne peux pas faire. Mes parents m'ont toujours dit de faire ce que je voulais et je les en remercie. Mon père était guide de haute montagne, j'ai donc toujours grimpé, depuis tout petit. On était tout le temps dans les rochers et je n'ai jamais été gêné. J'étais même plutôt en réussite et j'en ai refait quand j'étais à la fac (Damien à un niveau 5C, ndlr). Ce qui m'a toujours guidé, c'était mon envie de faire les choses, jamais de prouver quoi que ce soit.

Pour la voile, il n'y avait de toute façon pas de structures adaptées au handicap en Guadeloupe mais ça ne me serait même pas venu à l'idée d'en passer par là. C'est suite à la Route du Rhum 1990 que j'ai découvert ce sport.

Quel rôle a joué la Route du Rhum 1990 dans ta vocation ?

Ce n'est pas une course que j'ai suivie. Comme plein de gamins en Guadeloupe, j'étais à l'arrivée et j'ai vu Florence Arthaud, Philippe Poupon, Mike Birch et tous les autres. J'ai acheté Voiles et Voiliers, fait signer des autographes et je me suis pris de passion petit à petit. J'ai commencé à m'inscrire à des stages en loisir et ça m'a amené à la compétition. On avait bidouillé un système avec mon père pour me permettre de tenir le stick et l'écoute avec la même main et ça fonctionnait parfaitement.

Avec les compétitions, je venais tous les étés en métropole pour disputer les championnats de France au Cap d'Agde. J'ai eu de bons résultats, puis de très bons résultats et ça m'a permis d'intégrer le pôle France en Tornado (catamaran olympique, ndlr).

Comment s'est passé le passage au haut niveau ?

L'ENV de Quiberon a ouvert un pôle en Tornado et m'a proposé de passer la sélection. Ça s'est bien passé et en trois mois, nos valises étaient faites et on arrivait à Quiberon. C'était un truc monumental !  On naviguait en Tornado, un super bateau, et on était dans l'antichambre de l'Equipe de France. Les objectifs ont grimpé d'un seul coup. Avant, on visait les championnats de France et là, on se projetait éventuellement jusqu'aux Jeux Olympiques. Ça c'est super bien passé, j'étais dans mon élément même si au début, c'était très dur, en particulier l'hiver !

Quand Jean-Jacques Dubois (Cadre Technique Voile) m'a écrit pour me proposer de passer la sélection, il ne savait pas que j'étais handicapé et je n'ai pas pensé une seule seconde à lui en parler. Je n'imaginais pas que cela puisse poser problème puisque la présélection était sportive. Il l'a donc appris le jour de mon arrivée. Je crois qu'ils ont été un peu surpris, ils en ont parlé entre eux et se sont dit que ça n'avait aucune importance.

Comment es-tu passé au 2.4 ?

C'est venu totalement par hasard. Le représentant français aux Jeux de Sydney, Philippe Ballé, était en stage à l'ENV mais son partenaire d'entraînement n'était pas disponible. On m'a donc proposé d'embarquer et j'ai tout de suite aimé ce bateau, avec des réglages très fins. C'est un moment où j'étais au bout d'un cycle en Tornado et j'avais envie de refaire du solitaire. Le 2.4 est donc arrivé tout naturellement et il y avait un bel objectif au bout. Il y avait déjà un mondial et les Jeux d'Athènes juste après.

Au départ, l'objectif était 100 % sportif, pour une fois que je rentrais dans une bonne case grâce à mon handicap, je n'allais pas cracher dessus ! Ensuite, c'est devenu autre chose, une sorte d'engagement. J'ai appris à connaître ce monde du handicap et, paradoxalement, je n'avais pas l'impression d'en faire partie avant ça. Moi aussi j'étais plein de clichés. Je me suis aperçu qu'ils étaient tous des sportifs avant d'être des handicapés et que ce sont des gens qui valent le coup.

Et quand en plus, tu as une médaille d'or, tu n'as plus envie de t'arrêter. C'est à partir de là que j'ai créé l'association, car énormément de handis ne savaient même pas que ça existait. C'était d'ailleurs mon cas avant que je ne commence le 2.4. C'est comme ça que je suis petit à petit devenu militant de cette cause.

Que représente cette médaille ?

Une médaille, c'est un rêve et je crois que même aujourd'hui, je suis ému quand j'en parle. J'étais un outsider et j'ai bataillé pour aller chercher celle-ci. C'est quelque chose que j'ai partagé avec plein de gens et notamment avec Jean-Jacques Dubois qui était avec moi à ce moment là aussi.

Comment es-tu passé à la course au large ?

Depuis 1990 et l'arrivée de la Route du Rhum, je me suis dit que le large était un objectif. Au moment de ma qualification pour l'ENV, j'étais à deux doigts de monter un projet pour participer à la Mini Transat. En 2004, je me suis dit qu'il était temps de profiter de ma médiatisation pour y passer et le meilleur moyen était le Figaro. C'est la meilleure école. J'ai loué un bateau et j'ai commencé à naviguer.

Tu as dû te battre plus que les autres pour prendre le départ de course ?

Effectivement, cela n'a pas été simple et je pense qu'être le premier à faire ce type de  démarche était forcément perturbant. Après plusieurs refus, qui font forcément très mal sur le coup, j'ai continué, je ne me suis pas laissé abattre... Mon handicap n'avait jamais été un frein jusqu'à maintenant, j'en ai discuté après et je me suis rendu compte que c'est ce que vivent beaucoup de gens. Ça a constitué un virage dans mon engagement. J'ai voulu profiter de ma médiatisation sur ces débuts un peu chaotiques pour passer un message positif, donner la preuve par l'exemple, et c'est à ce moment-là que le nom de l'association a été trouvé (Des Pieds des Mains, ndlr).

En 2006, les choses se sont heureusement débloquées. J'ai pu participer à la Transat AG2R La Mondiale. C'était une belle course en double et j'ai enchaîné sur La Solitaire. D'ailleurs, j'ai aussi eu beaucoup de soutiens, notamment de la part de quelqu'un comme Yann Elies. Bien sûr, le jour où je suis arrivé sur une ligne de départ à leurs côtés, ils se demandaient tous comment j'allais bien pouvoir me débrouiller, mais c'est une question normale. C'était à moi de prouver que j'étais à ma place, parmi ces grands marins. Je ne souhaite pas polémiquer sur ces débuts compliqués, car  le plus important reste que j'ai réussi, que je suis là aujourd'hui au départ de la Route du Rhum, que ma persévérance peut  servir d'exemple à d'autres et  je préfère désormais regarder devant.

Comment en es-tu venu à penser à la Route du Rhum ?

C'est l'arrivée de la class 40 qui m'a permis de rêver à la Route du Rhum. Avant cela, il n'y avait que des gros bateaux et c'était beaucoup trop cher. Le bateau m'a plu, il était à la bonne taille et l'histoire était jolie. 20 ans après la Route du Rhum 1990, je pouvais prendre le départ de celle de 2010 et rentrer à la maison en Guadeloupe. C'était beaucoup de symboles.

J'ai acheté le bateau au mois de juillet pour un départ en novembre. Ça a été très rapide. J'ai terminé 10ème, c'était une belle performance dans ces conditions mais je savais que j'aurais pu faire mieux. J'ai donc décidé de rempiler car j'avais la possibilité de construire un bateau neuf et d'y mettre ma patte. Faire mieux, c'est plus de moyens et aujourd'hui, j'ai réussi à construire un bateau neuf, à faire toutes les compétitions de préparation et je sais que je peux faire un bon résultat. Je ne dis pas que je vais faire un podium car la course est très particulière mais je sais que je peux le faire.

Quel rôle ont joué tes partenaires ?

De ce côté-là, c'est une belle réussite car le projet s'est monté sur des valeurs qui dépassent le côté sportif et tous adhèrent à cette démarche. Ils sont à mes côtés car il y a ces valeurs et je ne suis pas sûr qu'ils s'engageraient aujourd'hui dans une démarche sponsoring plus classique. C'est notamment le cas d'ERDF, une entreprise solidaire, qui me soutient activement dans mes courses depuis plus de trois ans. Ces partenaires sont incontournables pour m'aider à monter mes projets et à collaborer de manière constructive. D'une manière générale, nous travaillons souvent avec la mission handicap de nos partenaires et ça rentre parfaitement dans le sens de ma démarche.

Est-ce que tu arrives à te projeter sur l'après Route du Rhum ?

Je vis toujours avec 36 projets dans la tête donc oui, il y a plusieurs choses sur les rails mais ce sera en fonction des opportunités qui se présenteront. Pour moi, l'objectif ultime est d'aller jusqu'au Vendée Globe. J'adorerais être le premier handi à boucler un Vendée Globe. Si on veut trouver une fin à l'histoire, je pense qu'elle est là. Ce sera l'année des Jeux de Rio donc si je dois partir, il faudra que ça se fasse dans de bonnes conditions. Je ne peux pas me permettre de faire les choses à moitié car si j'ai un problème, on dira que ça vient de mon handicap, même si ça n'aura rien à voir. Il ne faut pas qu'on puisse me reprocher quelque chose, et surtout pas ça.

 

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