- 30 oct. 2022
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Anatole Facon
L’un a 61 ans et dispute sa 4e Route du Rhum - Destination Guadeloupe. L’autre a 22 ans et navigue en Class40 depuis le début de l’année. Mais Kito de Pavant (HBF Reforest’Action) et Anatole Facon (Naviguons contre le diabète) partagent une passion communicative pour le large et la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Ils se sont rencontrés ce dimanche matin.
« C’est extraordinaire ». Le visage de Kito de Pavant (HBF Reforest’Action) s’est illuminé à découvrir le parcours d’Anatole Facon (22 ans, Naviguons contre le diabète). Le premier a le teint buriné des hommes de Méditerranée, le sourire facile, l’expérience de la course et des aléas qui vont avec. Le second découvre tout : la Class40 depuis le début de l’année, les difficultés d’un projet à façonner et la Route du Rhum - Destination Guadeloupe qui l’attend dimanche prochain. Des traits creusés par les embruns pour l’un, des traits juvéniles pour l’autre. Pourtant, à mesure que la discussion s’établit, la filiation semble évidente entre ces deux autodidactes du large, désireux plus que tout de s’élancer au large et de se confronter aux éléments.
Comment expliquez-vous votre désir de participer à cette course ?Anatole : J’avais très envie de faire la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et j’y pensais depuis quatre ans. Cette année, j’ai monté un projet, j’ai été en liste d’attente depuis avril et je sais que je serai au départ que depuis fin septembre. Je savoure mon plaisir ! Kito : Moi, je suis moins doué que toi ! J’ai eu envie de la faire comme toi, dès mes 17 ans, avec la 1ère édition de la Route du Rhum en 1978. Mais j’ai dû attendre mes 50 ans pour ma première participation ! Ce n’est pas parce que tu es jeune que c’est compliqué, ça l’a été pour moi aussi. On a l’impression en parcourant les pontons que tout le monde est admis. Mais ça demande tellement d’énergie pour en faire partie !
« Le bateau, j’aurais du mal à m’en passer »
Quel a été ton parcours Anatole ?Anatole : J’ai déjà fait une transatlantique en double mais pas en compétition. J’ai vraiment débuté la course au large cette année, en disputant la 1000 Milles des Sables. Je me suis aguerri en Laser, je n’ai jamais fait la Mini et je n’ai pas mon bac. J’ai vraiment découvert la course au large en faisant du Class40 cette année. La classe me paraissait particulièrement pertinente avec son calendrier dense et le fait de pouvoir disputer la Route du Rhum-Destination Guadeloupe qui permet de monter des projets. Au fil des courses et de la préparation, je me sentais à peu près capable de tenter ma chance.
Kito de Pavant (HBF Reforest'Action)
Comment décrivez-vous ce que vous ressentez à bord et en solitaire ?Anatole : Je te laisse répondre Kito, ça va m’inspirer ! (rires) Kito : J’ai presque envie de détourner la question. Ce que je sais, c’est que je serais malheureux si on m’empêchait de faire du bateau. C’est une drogue dure, j’aurais du mal à m’en passer. Ça fait plaisir de retrouver l’ambiance des grands événements, ce microcosme, ces gens qui ont les yeux qui brillent à propos de nos métiers. Sur l’eau, même s’il s’agit d’un monde difficile et cruel parfois, on prend toujours beaucoup de plaisir. Mais c’est difficile d’arriver à transmettre aux gens ce qui nous pousse à être à bord de ces bateaux improbables. Anatole : J’ai navigué seul pour la première fois en mars dernier et j’adore. C’est la quintessence même de la navigation d’être seul sur nos beaux bateaux. On doit tout gérer et faire corps avec le bateau, avec la mer et avec là où on va. Je ne jamais pris autant de plaisir qu’en naviguant seul.
Quel rapport avez-vous avec la gestion des émotions à bord ?Anatole : C’est clair que tu peux vite prendre des petits coups de chaud. Ce sont des bateaux qui peuvent faire peur : les voiles sont grandes, les efforts sont particulièrement conséquents. Tu apprends à tout anticiper, à t’adapter à tout et ça permet de ne pas se faire submerger par les émotions. Kito : Il n’y a pas vraiment de méthode, la maîtrise des émotions est très progressive. Le mauvais temps par exemple est impressionnant à bord. Mais, petit à petit, tu apprends à passer les coups de vent, à résister aux aléas, à prendre confiance dans ton matériel et dans ta capacité à gérer ces moments difficiles. Ça finit par te forger un caractère, c’est une belle école de vie. Anatole : Parfois, ça fait vraiment peur ! Kito : Oui, parce que finalement, on n’a rien à faire dans ces endroits-là. L’humain n’a pas grand-chose à faire sur la mer, d’autant que la compétition nous emmène à faire des bateaux plus ou moins fragiles. Mais c’est aussi ce qui contribue au plaisir de relever de tels challenges !
Anatole Facon (Naviguons contre le diabète)
