- 5 nov. 2022
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© Paul Bessereau / Optimist Factory
Après avoir parcouru toutes les mers du globe, Arnaud Pennarun prendra dans quelques jours le départ de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe à bord de Viabilis - Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré. Une première pour le marin bigouden, fondateur et directeur général du chantier nautique de Keroman et du chantier naval de Pors-Moro.
Qu’est-ce qui te pousses à t’aligner au départ de la course cette année ? J’entretiens une longue histoire avec les Pen Duick. A la disparition d’Eric Tabarly, Jacqueline Tabarly a pris la décision de continuer à faire naviguer toute la flotte. J’ai fait partie des premiers à l’avoir aidé dans ce sens. Je navigue depuis 30 ans sur l’ensemble des bateaux et participe à leur entretien depuis 1999. Nous avons pris la décision, avec Jacqueline et Marie Tabarly, propriétaires de Pen Duick III, d’aligner le bateau au départ de la course cette année afin de mettre en lumière l’association Robert Debré qui fête ses 30 ans cette année. Éric en était le parrain, Jacqueline en est aujourd’hui la marraine.
Peux-tu nous présenter l’association ? L’association Robert Debré, adossée à l’hôpital Robert Debré, aide les enfants à supporter leur hospitalisation qui est souvent très longue et très lourde. Cette dernière organise notamment la Régate des Oursons à laquelle j’ai participé une dizaine de fois. A chaque fois, j’ai été bouleversé par la résilience des enfants, dont nous partageons les valeurs de courage et de dépassement de soi. Ça nous fait relativiser nos petits problèmes d’adultes. La première raison est donc de partager la route avec les 600 enfants hospitalisés à l’hôpital Robert-Debré. Je voulais également mettre en avant les femmes et les hommes qui ont fait que le bateau est toujours là, à commencer par Jacqueline Tabarly et Gérard Petipas.
Pourquoi Pen Duick III ? Le bateau, qui a été bien dessiné par Éric Tabarly, est le plus iconique des Pen Duick, le plus titré et le plus ancien du plateau. Nous l’avons entièrement démonté et fiabilisé l’hiver dernier au chantier pour le remettre dans son état d’origine (1967). Il faisait du cabotage en Méditerranée depuis 20 ans avec l’association Éric Tabarly. Ces travaux, financés par VIABILIS et Ar Collection Hotels, s’inscrivent dans le cadre du projet de classement au titre des monuments historiques de l’ensemble de la flotte des Pen Duick à partir de 2023. Pour l’instant, seul Pen Duick I est classé. L’idée est d’éviter que la flotte s’éparpille à un moment ou à un autre et qu’elle continue à naviguer ensemble, en France. C’est l’une des raisons qui font aussi que je suis au départ de cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe.
T’es-tu fixé un objectif sur le plan sportif ? La Route du Rhum – Destination Guadeloupe est aussi un défi sportif, un engagement physique même si techniquement, ce n’est pas possible d’aller chercher un podium. Le bateau a été conçu pour neuf personnes à l’origine, mais on peut très bien le mener seul si on anticipe les manœuvres. Et puis il connaît bien la route pour avoir fait la course avec Philippe Poupon en 1978. On a un temps de référence. J’aimerais bien faire aussi bien que lui. Il avait mis 26 jours et demi mais s’était arrêté deux jours aux Açores. Donc on peut considérer qu’il a mis 24 jours pour traverser. C’est mon objectif.
Combien de voiles embarques-tu à bord ? Comme je n’ai pas d’enrouleur, je suis obligé d’avoir des voiles de tailles différentes. Si je dois aller à l’avant, j’y vais en tenue étanche et masque de plongée et je m’attache. J’ai trois trinquettes et trois yankees comme voiles d’avant. J’ai un gréement de goélette à wishbone mais je n’embarque pas ma misaine à wishbone parce que c’est trop compliqué à gérer seul. C’est lourd à monter. Ensuite, j’ai ma misaine, ma grand-voile et quatre spis : deux asymétriques, un lourd que je peux utiliser jusqu’à 30 nœuds et un plus léger, et deux symétriques avec mes grands tangons qui sont sur le pont. Et ensuite un petit tourmentin en cas de très mauvais temps, ce qui fait un total de 13 voiles.
Comment t’es-tu préparé niveau gestion du sommeil ? Je ne me suis pas vraiment préparé pour la gestion du sommeil parcellé parce que depuis 20 ans, ma vie professionnelle fait que je dors assez peu. Donc je suis habitué à ne pas dormir beaucoup. En Manche, je pense dormir par période de cinq à dix minutes maximum, puis 15 à 20 minutes dans le golfe de Gascogne. J’espère pouvoir faire des périodes d’une heure après le Portugal, pour essayer d’avoir quatre à six heures de sommeil parcellé par tranche de 24 heures.
Et côté avitaillement ? La cuisine est pleine. Sur Pen Duick III, il n’y a pas de lyophilisés. On cuisine. Il y a une cuisinière et un four. Pour le départ, j’ai plutôt pris des aliments secs que l’on peut manger sans cuisiner, de la soupe au cas où, un peu de jus multivitaminés pour récupérer un peu, et puis pas mal de légumes en boîtes.
Qui s’occupe de ton routage ? Les enfants de l’association font des dessins et on regarde celui qui a l’air d’être le mieux (rires). Plus sérieusement, on a un routeur qui connaît très bien la route : Jean Le Cam !
Tu es revenu au port peu de temps après ton départ du quai Duguay-Trouin. Pourrais-tu nous expliquer pourquoi ? Ce matin, en partant pour passer l’écluse, on a démarré le moteur et le boîtier électronique du moteur, qu’on avait changé avant de venir à Saint-Malo, a flashé. Il n’alimente plus l’alternateur. On n’a plus de production électrique à bord. Je m’en suis rendu compte avant de m’engager dans l’écluse. En passant un peu par hasard devant la table à cartes, j’ai vu que la tension des batteries n’était pas à 13 volts. J’ai demandé à la Direction de Course si je pouvais rester dans le bassin pour réparer, ce qu’ils m’ont accordé. Je suis revenu au bassin Duguay-Trouin pour me mettre au ponton.
Que penses-tu de la décision de report du départ de la course ? Je trouve que la direction de course a pris une décision très courageuse parce que c’est compliqué de reporter une course au large avec tout ce que ça engage pour les partenaires, tous les gens qui s’étaient déplacés et qui devaient venir au départ demain. Je soutiens leur décision en les remerciant parce que pour nous, c’est un soulagement. On avait tous l’appréhension de ce départ. Beaucoup imaginaient déjà des postes de repli. Je fais partie de ceux qui n’avaient pas cette possibilité car je suis un des plus lents de la flotte. Si on avait pris le départ pour faire demi-tour et revenir tout de suite à Saint-Malo, je n’avais quasiment pas de point de repli puisque tous les autres seraient passés avant moi les prendre avant. Hier soir, avec Jean Le Cam, on a regardé les fichiers et le plan était d’attendre dimanche matin pour voir ce qu’il convenait de faire. Mais on avait envisagé de partir et d’aller dans le mauvais temps sous voilure très réduite, se positionner au large d’Ouessant et être positionné pour pouvoir reprendre la course dans la bonne direction au moment où le temps serait devenu plus maniable.
