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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

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Fabrice Payen - Ille et Vilaine Cap vers l'Inclusion © Illago


Alors que le front froid lié à la dépression remontant des Açores vers l’Irlande génère des vents soutenus avec des rafales pouvant aller jusqu’à 45 noeuds sur une mer forte et désordonnée, les 12 Rhum Mono et 16 Rhum Multi en lice sur La Route du Rhum - Destination Guadeloupe semblent tous avoir fait le choix de la prudence en optant vers une route plus sud. Tous à l’exception de Willy Clerton (Cap au Cap Location), positionné au nord de l’orthodromie, qui occupe actuellement la tête du classement en Rhum Mono. En Rhum Multi, Brieuc Maisonneuve (CMA Ile-de-France 60 000 Rebonds) était en tête au classement de 08h00. A noter que ceux qui avaient écopé d’une pénalité de quatre heures pour départ anticipé s’en sont acquittés hormis Philippe Poupon (Flo), qui a contesté la décision du Comité et est en attente de la réponse du jury. Ce dernier a repris la mer hier soir après une escale technique à Port-la-Forêt.


Fabrice Payen (Ille-et-Vilaine Cap vers l’inclusion), reçu le 10 novembre à 20h34 : "6h20, mercredi 9 novembre : passage des écluses. Heureusement, on trouve une bouée d’attente à Dinard, le temps de réaliser que l’électronique donne des informations erronées d’angle de vent, ça commence bien. Hugo, le préparateur, se penche sur la question et réussit à trouver la panne après deux bonnes heures. Ouf ! Il était temps d’aller sur la ligne. Bon départ dans le timing. La mer était formée avec du vent de face. Je réalise rapidement que je ne peux pas lâcher la barre. Le pilote donne des angles incohérents. Heureusement que j’ai pu manger avant, parce que je vais rester à la barre toute la journée et une bonne partie de la nuit. J’arrive à trouver un mode dégradé pour que le pilote prenne le relais mais la route est erratique. Il y a des concurrents partout autour de moi, pas moyen de se reposer ou de manger autre chose que des barres énergétiques. Je pense déjà à faire une escale technique pour réparer, mais voilà qu’en pleine nuit, après avoir réduit la grand-voile, je réalise qu’une partie amovible du rail de grand-voile a disparu et que les lattes de la grand-voile sont sorties du rail…C’est un souci majeur. Impossible de continuer sans réparer. Je pense m’arrêter un temps à Roscoff mais de nuit, sans assistance avec le vent fort et la mer agitée, c’est trop risqué. Je décide de continuer et d’envisager Camaret pour m’arrêter. Au matin, en allant au pied de mât, je trouve le morceau de rail qui tient par miracle sur le trampoline ! Après plusieurs échanges avec le préparateur et des techniciens, ils trouvent enfin la solution pour le pilote automatique. La journée commence bien cette fois. La descente du chenal du Four est toujours aussi belle ! Un petit message à Yann Tiersen, le parrain du bateau avec Faustine Noël qui vit sur Ouessant et qui guette le passage du bateau. Virement devant Sein vers le sud-ouest. La deuxième nuit peut commencer plus sereinement !


Gwen Chapalain (Guyader - Savéol) : “La météo reste complexe. Tout va bien à bord. Nous faisons route directe vers le large du cap Finisterre. C’est effectivement plus sympa même si avec la houle de face, ça tape un peu fort. Je limite un peu la vitesse pour ne pas démonter la cuisine du bateau, et c’est aussi plus sympa pour les passagers du bord. Je navigue à 100% de la polaire, sous triquette de route et grand-voile haute, au près bâbord. C’est incroyable le terrain de jeu sur l’Atlantique pour la course. La flotte des Class40, on dirait des sardines qui s’échappent au nord. Je suis avec mes copains Rhum Multi et avec les derniers IMOCA, plutôt branché vers le sud. La météo reste animée. On va avoir du mal à trouver l’autoroute du soleil et on mettra plus de temps pour rejoindre la Guadeloupe”.


Brieuc Maisonneuve (CMA Ile-de-France - 60 000 Rebonds) : “Hello! Une superbe journée hier à essayer de réparer les bêtises du départ. Le chantier que nous avons fait dans un temps record au mois d’octobre porte ses fruits. Le bateau est véloce et plus facile à manœuvrer que dans sa version cruising ! Revers de la médaille, il lève plus facilement la patte : mon dispositif anti-chavirage s'est déclenché deux fois depuis ce matin (la mer est assez formée donc le bateau est vite aux grands angles, ce qui n'aide pas). Je suis avec le groupe de tête des Class40, ça fait de bons lièvres et comme ils sont très studieux, ils ne racontent pas trop leur vie à la VHF. Hier, j’ai pu faire un petit coup de drone pour admirer le paysage et rendre une petite visite à un Class40 , ça permet de s'évader un peu du bateau ! Difficile au niveau option de doser la quantité de sud à mettre dans la route, mes confrères sont plutôt 50 milles plus sud, nous verrons bien comment ça passe!


Halvard Mabire (GDD), reçu le 11 novembre à 05h02 : “Premier petit mot de la nuit de GDD, le temps de retrouver le clavier et de remettre les touches à leur place. Il me faut plus de 24 heures après le départ pour retrouver un mode “bureau” à bord. Inutile de revenir sur le départ. Nous sommes apparemment un certain nombre à l’avoir “volé”. Il faut dire qu’il y avait du monde derrière et que ça poussait fort. C’est comme ça quand il y a la queue. Ceux de devant se retrouvent précipités un peu prématurément dans le stade. Surtout quand leur montre avance d’une minute et qu’ils pensent que le match risque de commencer sans eux. Du coup, les “prématurés” se sont vus infliger une pénalité de quatre heures à exécuter dans les premières 48 heures de course. Quitte à se chopper quatre heures de colle, autant s’en débarrasser tout de suite, histoire d’avoir son jeudi de libre. Tout du moins c’est comme ça qu’on raisonné les meilleurs des mauvais élèves. En plus, le temps et la marée s’y prêtaient et nous sommes donc quelques-uns à être restés à faire des ronds dans l’eau plus ou moins carrés à l’est du cap Fréhel. Cette petite pause forcée aura eu au moins l’avantage de dégager la cour de récré car avec une flotte aussi nombreuse et aussi disparate qui tire des bords, inutile de préciser qu'il y a eu quelques croisements plus que chauds. Les spectateurs sont peut être contents car ça fait joli, toutes ces voiles multicolores qui se croisent, mais à bord c'est par contre le stress garanti. Et c'est un vrai miracle qu'il n'y ait pas ou peu eu de collisions. La première nuit de course a été assez laborieuse car quand on part quatre heures après les petits camarades, il y a un peu de boulot pour essayer de revenir dans le match. Le tout agrémenté par les marées, les cailloux (pour certains) et la veille aux collisions car il y avait du monde dans le bourg. Passé la frontière de la Manche, c'est-à-dire la Basse de Portsall, nous avons été accueillis par un vent qui venait pile poile de là où on voulait aller, donc nous avons commencé à tirer des bords. Et maintenant ça continue. Les conditions de mer sont de plus en plus agitées et l'on ne peut pas dire que ce soit vraiment confortable. Mais la Route du Rhum - Destination Guadeloupe est bien organisée. En général, la première semaine, qui est assez désagréable, est souvent suivie par une période plus propice au bonheur sur l'eau. Et du coup, on a tendance à oublier qu'on est passé à la caisse pour y arriver. Et comme le cerveau humain est bizarrement fait chez les gens heureux de vivre et que l'on a tendance à se souvenir que des bons moments, on y revient. Donc, comme vous pouvez le constater, tout va bien sur GDD et tout est normal. C'est à dire que tout est déjà à moitié trempé, que ça secoue à tout démantibuler et qu'on tire des bords parce que l'on peut pas aller tout droit où on voudrait. Normal, en quelque sorte. Je ne vois d'ailleurs pas l'intérêt que vous y trouvez pour qu'on vous l'écrive, étant donné que c'est toujours comme ça. A bientôt”.

  • 11 nov. 2022
  • 6 min de lecture

Fabrice Payen - Ille et Vilaine Cap vers l'Inclusion © Illago


Alors que le front froid lié à la dépression remontant des Açores vers l’Irlande génère des vents soutenus avec des rafales pouvant aller jusqu’à 45 noeuds sur une mer forte et désordonnée, les 12 Rhum Mono et 16 Rhum Multi en lice sur La Route du Rhum - Destination Guadeloupe semblent tous avoir fait le choix de la prudence en optant vers une route plus sud. Tous à l’exception de Willy Clerton (Cap au Cap Location), positionné au nord de l’orthodromie, qui occupe actuellement la tête du classement en Rhum Mono. En Rhum Multi, Brieuc Maisonneuve (CMA Ile-de-France 60 000 Rebonds) était en tête au classement de 08h00. A noter que ceux qui avaient écopé d’une pénalité de quatre heures pour départ anticipé s’en sont acquittés hormis Philippe Poupon (Flo), qui a contesté la décision du Comité et est en attente de la réponse du jury. Ce dernier a repris la mer hier soir après une escale technique à Port-la-Forêt.


Fabrice Payen (Ille-et-Vilaine Cap vers l’inclusion), reçu le 10 novembre à 20h34 : "6h20, mercredi 9 novembre : passage des écluses. Heureusement, on trouve une bouée d’attente à Dinard, le temps de réaliser que l’électronique donne des informations erronées d’angle de vent, ça commence bien. Hugo, le préparateur, se penche sur la question et réussit à trouver la panne après deux bonnes heures. Ouf ! Il était temps d’aller sur la ligne. Bon départ dans le timing. La mer était formée avec du vent de face. Je réalise rapidement que je ne peux pas lâcher la barre. Le pilote donne des angles incohérents. Heureusement que j’ai pu manger avant, parce que je vais rester à la barre toute la journée et une bonne partie de la nuit. J’arrive à trouver un mode dégradé pour que le pilote prenne le relais mais la route est erratique. Il y a des concurrents partout autour de moi, pas moyen de se reposer ou de manger autre chose que des barres énergétiques. Je pense déjà à faire une escale technique pour réparer, mais voilà qu’en pleine nuit, après avoir réduit la grand-voile, je réalise qu’une partie amovible du rail de grand-voile a disparu et que les lattes de la grand-voile sont sorties du rail…C’est un souci majeur. Impossible de continuer sans réparer. Je pense m’arrêter un temps à Roscoff mais de nuit, sans assistance avec le vent fort et la mer agitée, c’est trop risqué. Je décide de continuer et d’envisager Camaret pour m’arrêter. Au matin, en allant au pied de mât, je trouve le morceau de rail qui tient par miracle sur le trampoline ! Après plusieurs échanges avec le préparateur et des techniciens, ils trouvent enfin la solution pour le pilote automatique. La journée commence bien cette fois. La descente du chenal du Four est toujours aussi belle ! Un petit message à Yann Tiersen, le parrain du bateau avec Faustine Noël qui vit sur Ouessant et qui guette le passage du bateau. Virement devant Sein vers le sud-ouest. La deuxième nuit peut commencer plus sereinement !


Gwen Chapalain (Guyader - Savéol) : “La météo reste complexe. Tout va bien à bord. Nous faisons route directe vers le large du cap Finisterre. C’est effectivement plus sympa même si avec la houle de face, ça tape un peu fort. Je limite un peu la vitesse pour ne pas démonter la cuisine du bateau, et c’est aussi plus sympa pour les passagers du bord. Je navigue à 100% de la polaire, sous triquette de route et grand-voile haute, au près bâbord. C’est incroyable le terrain de jeu sur l’Atlantique pour la course. La flotte des Class40, on dirait des sardines qui s’échappent au nord. Je suis avec mes copains Rhum Multi et avec les derniers IMOCA, plutôt branché vers le sud. La météo reste animée. On va avoir du mal à trouver l’autoroute du soleil et on mettra plus de temps pour rejoindre la Guadeloupe”.


Brieuc Maisonneuve (CMA Ile-de-France - 60 000 Rebonds) : “Hello! Une superbe journée hier à essayer de réparer les bêtises du départ. Le chantier que nous avons fait dans un temps record au mois d’octobre porte ses fruits. Le bateau est véloce et plus facile à manœuvrer que dans sa version cruising ! Revers de la médaille, il lève plus facilement la patte : mon dispositif anti-chavirage s'est déclenché deux fois depuis ce matin (la mer est assez formée donc le bateau est vite aux grands angles, ce qui n'aide pas). Je suis avec le groupe de tête des Class40, ça fait de bons lièvres et comme ils sont très studieux, ils ne racontent pas trop leur vie à la VHF. Hier, j’ai pu faire un petit coup de drone pour admirer le paysage et rendre une petite visite à un Class40 , ça permet de s'évader un peu du bateau ! Difficile au niveau option de doser la quantité de sud à mettre dans la route, mes confrères sont plutôt 50 milles plus sud, nous verrons bien comment ça passe!


Halvard Mabire (GDD), reçu le 11 novembre à 05h02 : “Premier petit mot de la nuit de GDD, le temps de retrouver le clavier et de remettre les touches à leur place. Il me faut plus de 24 heures après le départ pour retrouver un mode “bureau” à bord. Inutile de revenir sur le départ. Nous sommes apparemment un certain nombre à l’avoir “volé”. Il faut dire qu’il y avait du monde derrière et que ça poussait fort. C’est comme ça quand il y a la queue. Ceux de devant se retrouvent précipités un peu prématurément dans le stade. Surtout quand leur montre avance d’une minute et qu’ils pensent que le match risque de commencer sans eux. Du coup, les “prématurés” se sont vus infliger une pénalité de quatre heures à exécuter dans les premières 48 heures de course. Quitte à se chopper quatre heures de colle, autant s’en débarrasser tout de suite, histoire d’avoir son jeudi de libre. Tout du moins c’est comme ça qu’on raisonné les meilleurs des mauvais élèves. En plus, le temps et la marée s’y prêtaient et nous sommes donc quelques-uns à être restés à faire des ronds dans l’eau plus ou moins carrés à l’est du cap Fréhel. Cette petite pause forcée aura eu au moins l’avantage de dégager la cour de récré car avec une flotte aussi nombreuse et aussi disparate qui tire des bords, inutile de préciser qu'il y a eu quelques croisements plus que chauds. Les spectateurs sont peut être contents car ça fait joli, toutes ces voiles multicolores qui se croisent, mais à bord c'est par contre le stress garanti. Et c'est un vrai miracle qu'il n'y ait pas ou peu eu de collisions. La première nuit de course a été assez laborieuse car quand on part quatre heures après les petits camarades, il y a un peu de boulot pour essayer de revenir dans le match. Le tout agrémenté par les marées, les cailloux (pour certains) et la veille aux collisions car il y avait du monde dans le bourg. Passé la frontière de la Manche, c'est-à-dire la Basse de Portsall, nous avons été accueillis par un vent qui venait pile poile de là où on voulait aller, donc nous avons commencé à tirer des bords. Et maintenant ça continue. Les conditions de mer sont de plus en plus agitées et l'on ne peut pas dire que ce soit vraiment confortable. Mais la Route du Rhum - Destination Guadeloupe est bien organisée. En général, la première semaine, qui est assez désagréable, est souvent suivie par une période plus propice au bonheur sur l'eau. Et du coup, on a tendance à oublier qu'on est passé à la caisse pour y arriver. Et comme le cerveau humain est bizarrement fait chez les gens heureux de vivre et que l'on a tendance à se souvenir que des bons moments, on y revient. Donc, comme vous pouvez le constater, tout va bien sur GDD et tout est normal. C'est à dire que tout est déjà à moitié trempé, que ça secoue à tout démantibuler et qu'on tire des bords parce que l'on peut pas aller tout droit où on voudrait. Normal, en quelque sorte. Je ne vois d'ailleurs pas l'intérêt que vous y trouvez pour qu'on vous l'écrive, étant donné que c'est toujours comme ça. A bientôt”.

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