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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

©Arnaud Pilpré / #RDR2022


Ils y sont, enfin ! Aujourd’hui c’est leur jour, le grand jour pour ces marins qui, à 14h15 ce mercredi, vont s’élancer pour une traversée de 3542 milles, un sprint Atlantique en solitaire ; un jour comme une page blanche sur laquelle l’aventure commence à s’écrire… A quelques heures du départ, les marins nous livrent leurs impressions, leurs émotions, nous confient leurs envies…


Rhum Mono


Rémy Gerin (Faïoahé), joint à 09h00 ce matinJe suis dans un état d’esprit joyeux mais concentré. Le trac va monter tranquillement tout au long de la matinée. Je commence déjà à le sentir doucement. J’étais prêt quand le report du départ a été annoncé, mais la tension est tombée. On va avoir du vent mais ça restera maniable, c’est chouette. On est en Manche mi-novembre, c’est logique qu’il y ait un peu d’air et de mer. Sinon je suis prêt physiquement. J’ai fait du vélo tous les jours, dont trois grosses sorties dans la campagne malouine ces trois derniers jours. Je suis content car ma famille a réussi à revenir. Ils sont tous à bord et débarqueront avant la ligne de départ. C’est chouette. Cette course, c’est une grande grande première pour le bateau et pour moi. J’ai traversé plusieurs fois, mais jamais en solitaire. Je dors depuis trois jours à bord. J’aime bien. Le bateau est confortable et ça m’a mis un peu dans l’ambiance, ça m’a permis de prendre mes repères de vie à bord, de passer plusieurs nuits dans le frais. Je me suis réveillé à 05h00 sans réveil ce matin.


Pendant les premières heures de course, on va tirer des bords contre le courant pendant un bon moment. On ne va pas progresser très vite. Il va falloir être concentré car il va y avoir beaucoup de monde sur le plan d’eau. Si je peux dormir deux fois 25 minutes cette nuit, ça serait pas mal vu que je me suis bien reposé avant. J’ai cinq portes de sommeil d’une durée de 50 minutes. Je ne pense pas pouvoir prendre celle de 23h00 la première nuit, mais celle de 02h00 ou de 04h00 serait bien.


Arnaud Pennarun (Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les Enfants de Robert Debré), joint à 12h41 « On est actuellement en vent arrière. On progresse à 4 nœuds à la côte entre les cailloux. Il n’y a pas de clapot donc on avance un peu plus vite que les autres. On a passé la nuit à bord pour être sûrs de ne pas louper l’écluse ce matin. Tout va bien ! On est ensuite allés se mettre au mouillage à Dinard. J’en ai profité pour appeler Jean Le Cam, mon routeur, pour parler des options possibles. On a fait tourner le même routage en même temps pour voir si tout était bien calibré, ce qui n’était pas le cas. On n’avait pas exactement les mêmes données d’interpolation. Mon routage me faisait faire une route très nord. La synchronisation est réglée et nos routages sont maintenant sensiblement identiques. On va partir plutôt sur l’orthodromie : un peu au-dessous au départ en laissant Ouessant à gauche et le DST (dispositif de séparation du trafic, ndlr) à droite avant de longer la route directe en étant un peu sud. On verra après les Açores si on repart un peu plus au nord ou si on reste sur cette route-là. Là, il n’y a pas beaucoup d’air. Ça va être praticable mais je vais être lent. Il va y avoir beaucoup de virements à faire. Beaucoup de bateaux vont passer devant. Je pense que j’aurai très vite de la place ».


Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice)J’ai une sensation similaire à celle que l’on peut avoir dans un Luna Park. C’est un peu similaire en termes de timing : un temps très long pour monter et assez court pour dévaler la piste. On bascule aujourd’hui dans le monde minéral de l’océan, et j’espère débouler à bonne vitesse. Ça me fait vraiment plaisir de partir pour quelque chose qui me tient vraiment à cœur : la Méditerranée, Nice et mon père. Maintenant, évidemment, c’est le côté sportif et le compétiteur qui est en moi qui vont prendre le dessus. Je ne suis plus complètement jeune mais j’ai des compétences malgré tout et j’ai fait un travail de préparation physique qui me satisfait, dont énormément de natation. J’ai l’impression d’avoir du coffre. Même si je suis fatigué, je me sens en forme physiquement. C’est un élément important sur ce genre de course. Il ne faut rien lâcher et surtout mettre de la toile. J’ai un bateau qui est très puissant mais il faut mettre de la toile dessus, ce qui demande de l’attention et de ne pas faire de mauvaise manœuvre. Côté météo, on a un temps sérieux pour la fin d’automne. On ne connaît pas encore exactement la trajectoire de toutes les dépressions mais ça risque d’être fort à certains moments avec des vagues, du vent fort dans des fronts. Il va falloir négocier tout ça. Et j’espère enfin trouver l’Alizé même s’il peut être un peu perturbé par des ondes d’Est ou des dépressions tropicales. Il va falloir éviter plein de petits pièges en espérant qu’il n’y ait pas d'avaries majeures. On a fait un super travail avec toute l’équipe technique. On a plein de solutions à plein de problématiques qui pourraient arriver. Ce n’est pas comme si je partais la fleur au fusil. J’ai des cartouches derrière pour m’aider. Je pourrai éventuellement appeler l’équipe. Je suis très, très heureux de vivre cette passion qui m’accompagne depuis de nombreuses années maintenant. Je vais essayer de réaliser mon rêve de remporter cette Route du Rhum ”.


Daniel Ecalard (SOS Pare-Brise +), joint à 09h30On est sur la bouée, en train de prendre un petit thé et de se préparer tranquillement. La dernière nuit à terre a été un peu rock & roll. Il n’y avait plus de toilettes ni douche. Comme on a libéré la maison louée par notre partenaire dimanche dernier, on dort à trois sur le bateau depuis deux jours en mode camping. D’autres équipiers nous ont rejoint en Zodiac ce matin. Le réveil a été un peu difficile ce matin, mais tout va bien. On est en forme et ça permet de se mettre un peu dans l’ambiance. J’ai hâte de commencer à naviguer. Au niveau de la météo, ça s’est un peu éclairci donc on a un peu plus de vision sur ce qui nous attend. Je connais un peu le coin mais pas comme certains qui ont l’habitude de naviguer en Bretagne. Je vais devoir composer avec les courants et certains paramètres que je n’ai pas l’habitude de gérer en Martinique mais ça va le faire. On a vu un peu ce qu’il fallait faire et on prend toujours conseil auprès de ceux qui connaissent le coin. Et puis on nous a donné pas mal d’informations. Maintenant on va digérer tout ça et essayer de faire au mieux. J’appréhende un peu la première nuit en mer parce que l’on va faire du rase-cailloux. Ma quille fait 4,10 m, mais on va gérer, essayer de faire un peu attention à tout ça pour ne pas abîmer le bateau dès le départ. On ne va pas trop près des cailloux. Et je pense qu’il y aura beaucoup de monde aussi à tirer des bords comme nous. Il va falloir être vigilant. Il y aura 138 bateaux, plus les bateaux de pêche et les cargos. Il va falloir garder l’attention pendant trois-quatre jours. On pourra se relâcher après sur la suite, dès que l’on sera bien au large”.


Catherine Chabaud (Formatives Business School Pour Ocean As Common) « Nous sommes à 1h30 du départ. Après le SAS et l’écluse, nous sommes allés nous mettre sur une bouée. Ça m’a permis de me reposer un peu. L’équipe a préparé le bateau pour le départ. On a profité de ce moment pour compléter un petit déjeuner. Et là on est en route vers la ligne. Pour l’instant, tout va bien. Une fois que l’on arrivera sur zone, le départ sera donné relativement rapidement. Les choses vont s’enchaîner très vite. Je suis en train de regarder quelles voiles je vais porter au départ. Je suis l’évolution météo. J’essaie de bien me concentrer sur cette phase de départ. Le vent va a priori adonner progressivement au cours de la première nuit. On fera tout sur un seul bord ou on tirera des petits contre-bords vers la côte. Ce sont des conditions formidables pour un début de course. On est vraiment vernis. Du près, c’est parfait pour mon bateau et pour me mettre dans le bain. Même s’il y a plus de 20 nœuds le bateau saura faire ».


Rhum Multi


Gwen Chapalain (Guyader - Savéol) "J’ai quand-même un peu tourné - viré cette nuit, et re regardé la météo avant de m’endormir. C’est quand-même la Route du Rhum et pour moi, c’est la première : il y a forcément un peu d'émotion ce matin. Côté météo, le scénario commence à bien se dessiner sur la Bretagne ; ensuite la route est un peu complexe pour aller aux Antilles. Je verrai à la sortie demain matin ce que je fais : prendre un peu plus à gauche ou filer vers l’ouest. Les premières heures de nav’, après le départ, vont être plutôt sympa. J’ai pas mal de petites friandises à bord, des crêpes et évidemment des Kouign amann de Douarnenez, on va naviguer avec les copains, de tirer des bords ensemble ; ensuite de Béhat jusqu’au Four on devrait faire la route sur un bord. Ensuite est ce qu’on passe Ouessant et le Four à babord, c’est toute la question !"


Thomas Lurton (Moxie Bâti-Armor) "Il y a eu un petit déchirement de quitter tout le monde ce matin, mes proches que je reverrais dans une vingtaine de jours environ pour moi, en tout cas. On attend notre zodiac qui vient nous ravitailler avant de partir tranquillement sur la zone de départ. On verra sur place quelle voilure je vais pouvoir porter pour le départ, on va aussi commencer à faire tous les préréglages, essayer de trouver un amer sur la côte pour prendre ses marques par rapport à la ligne de départ, pleins de petites choses pour préparer ce point chaud avec 138 bateaux. Même si on est fractionné sur plusieurs lignes ,c’est toujours compliqué, difficile. Il va falloir tricoter jusqu’à la porte de Fréhel : ça va être un peu complexe, j’espère que les 20 milles qui nous séparent du Cap Fréhel qui vont être quasiment doublés à cause du prés, vont permettre à la flotte de s’étirer un peu. La nuit devrait être relativement tranquille à continuer de tricoter, proche de la côte. Le premier point de passage difficile de cette Route du rhum, se situe près de Ouessant pour moi. Je vais y arriver un peu après les autres bateaux qui sont plus rapides, avec un peu de vent, un peu de mer. C’est là que les premières décisions vont se prendre pour la suite avec ceux qui vont descendre au sud et ceux qui vont un peu continuer à la rencontre du front. La pression commence à monter ; on se rend compte de l’ampleur de l’évènement et de ce que cela représente, à commencer par moi-même : j'ai l'impression d’être au pied d’un Everest : on se sent tout petit, ça parait très haut, mais c’est atteignable, je vais faire en sorte de grimper petit à petit ! J’ai juste envie d’être le plus rapidement possible au top départ, de faire en sorte que tout se passe bien. Je pense que ça va être compliqué pour mon père de quitter le bord ; moi je vais être dans le tourbillon de tout ce qui suit. L’émotion, les émotions vont être certainement plus diffuses dans le temps, c’est aussi ça la magie du large !"


Loïc Escoffier (Lodigroup) "Je me suis couché de bonne heure. J’ai bien dormi. Je me suis réveillé vers 04h30-05h00 avant de me rendormir une heure. Je suis bien, reposé. J’ai regardé un peu la météo. Les gars ont fait du super boulot. Je repars serein. On va partir trois heures avant et essayer de faire tous les petits réglages pour bien partir. J’ai envie de prendre un bon départ sans prendre de risques. On aura entre 15 et 18 nœuds de vent au départ mais ça mollira rapidement en baie de Saint-Brieuc, au passage du cap Fréhel. Et ensuite il y a un peu plus de gauche que prévu donc ça pourrait se faire sur un seul bord pour aller chercher la pointe d’Ouessant. Est-ce que l’on passera à l’intérieur du rail ou à l’extérieur? On verra ! Pour l’instant, c’est à l’intérieur mais on va affiner tout ça au fur et à mesure avec les routeurs. Là j’ai envie d’y aller, j’ai hâte !”


Charlie Capelle (Acapella - La Chaîne de l’espoir) "Je me sens bien reposé, je suis très très heureux de participer une nouvelle fois à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Mon objectif à moi c’est d’arriver, de naviguer en sécurité, me préserver et préserver le bateau. Il ne faut pas oublier qu’on a des petits bateaux et qu’on est assez vulnérables dans les grosses conditions. Le report de la course a été pour nous plus que salutaire. Les conditions du départ sont complètement maniables, on sera suffisamment manoeuvrant. Je vais partir en deuxième rideau. Ensuite on va tirer des bords carrés avec le courant contre nous : je pense qu’on va mettre au moins 3 ou 4 heures pour monter jusqu’au Cap Fréhel ! ça ne va pas être très rapide pour nous. J’espère demain matin être à la pointe bretonne, si tout se passe bien !"

  • 9 nov. 2022
  • 9 min de lecture

©Arnaud Pilpré / #RDR2022


Ils y sont, enfin ! Aujourd’hui c’est leur jour, le grand jour pour ces marins qui, à 14h15 ce mercredi, vont s’élancer pour une traversée de 3542 milles, un sprint Atlantique en solitaire ; un jour comme une page blanche sur laquelle l’aventure commence à s’écrire… A quelques heures du départ, les marins nous livrent leurs impressions, leurs émotions, nous confient leurs envies…


Rhum Mono


Rémy Gerin (Faïoahé), joint à 09h00 ce matinJe suis dans un état d’esprit joyeux mais concentré. Le trac va monter tranquillement tout au long de la matinée. Je commence déjà à le sentir doucement. J’étais prêt quand le report du départ a été annoncé, mais la tension est tombée. On va avoir du vent mais ça restera maniable, c’est chouette. On est en Manche mi-novembre, c’est logique qu’il y ait un peu d’air et de mer. Sinon je suis prêt physiquement. J’ai fait du vélo tous les jours, dont trois grosses sorties dans la campagne malouine ces trois derniers jours. Je suis content car ma famille a réussi à revenir. Ils sont tous à bord et débarqueront avant la ligne de départ. C’est chouette. Cette course, c’est une grande grande première pour le bateau et pour moi. J’ai traversé plusieurs fois, mais jamais en solitaire. Je dors depuis trois jours à bord. J’aime bien. Le bateau est confortable et ça m’a mis un peu dans l’ambiance, ça m’a permis de prendre mes repères de vie à bord, de passer plusieurs nuits dans le frais. Je me suis réveillé à 05h00 sans réveil ce matin.


Pendant les premières heures de course, on va tirer des bords contre le courant pendant un bon moment. On ne va pas progresser très vite. Il va falloir être concentré car il va y avoir beaucoup de monde sur le plan d’eau. Si je peux dormir deux fois 25 minutes cette nuit, ça serait pas mal vu que je me suis bien reposé avant. J’ai cinq portes de sommeil d’une durée de 50 minutes. Je ne pense pas pouvoir prendre celle de 23h00 la première nuit, mais celle de 02h00 ou de 04h00 serait bien.


Arnaud Pennarun (Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les Enfants de Robert Debré), joint à 12h41 « On est actuellement en vent arrière. On progresse à 4 nœuds à la côte entre les cailloux. Il n’y a pas de clapot donc on avance un peu plus vite que les autres. On a passé la nuit à bord pour être sûrs de ne pas louper l’écluse ce matin. Tout va bien ! On est ensuite allés se mettre au mouillage à Dinard. J’en ai profité pour appeler Jean Le Cam, mon routeur, pour parler des options possibles. On a fait tourner le même routage en même temps pour voir si tout était bien calibré, ce qui n’était pas le cas. On n’avait pas exactement les mêmes données d’interpolation. Mon routage me faisait faire une route très nord. La synchronisation est réglée et nos routages sont maintenant sensiblement identiques. On va partir plutôt sur l’orthodromie : un peu au-dessous au départ en laissant Ouessant à gauche et le DST (dispositif de séparation du trafic, ndlr) à droite avant de longer la route directe en étant un peu sud. On verra après les Açores si on repart un peu plus au nord ou si on reste sur cette route-là. Là, il n’y a pas beaucoup d’air. Ça va être praticable mais je vais être lent. Il va y avoir beaucoup de virements à faire. Beaucoup de bateaux vont passer devant. Je pense que j’aurai très vite de la place ».


Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice)J’ai une sensation similaire à celle que l’on peut avoir dans un Luna Park. C’est un peu similaire en termes de timing : un temps très long pour monter et assez court pour dévaler la piste. On bascule aujourd’hui dans le monde minéral de l’océan, et j’espère débouler à bonne vitesse. Ça me fait vraiment plaisir de partir pour quelque chose qui me tient vraiment à cœur : la Méditerranée, Nice et mon père. Maintenant, évidemment, c’est le côté sportif et le compétiteur qui est en moi qui vont prendre le dessus. Je ne suis plus complètement jeune mais j’ai des compétences malgré tout et j’ai fait un travail de préparation physique qui me satisfait, dont énormément de natation. J’ai l’impression d’avoir du coffre. Même si je suis fatigué, je me sens en forme physiquement. C’est un élément important sur ce genre de course. Il ne faut rien lâcher et surtout mettre de la toile. J’ai un bateau qui est très puissant mais il faut mettre de la toile dessus, ce qui demande de l’attention et de ne pas faire de mauvaise manœuvre. Côté météo, on a un temps sérieux pour la fin d’automne. On ne connaît pas encore exactement la trajectoire de toutes les dépressions mais ça risque d’être fort à certains moments avec des vagues, du vent fort dans des fronts. Il va falloir négocier tout ça. Et j’espère enfin trouver l’Alizé même s’il peut être un peu perturbé par des ondes d’Est ou des dépressions tropicales. Il va falloir éviter plein de petits pièges en espérant qu’il n’y ait pas d'avaries majeures. On a fait un super travail avec toute l’équipe technique. On a plein de solutions à plein de problématiques qui pourraient arriver. Ce n’est pas comme si je partais la fleur au fusil. J’ai des cartouches derrière pour m’aider. Je pourrai éventuellement appeler l’équipe. Je suis très, très heureux de vivre cette passion qui m’accompagne depuis de nombreuses années maintenant. Je vais essayer de réaliser mon rêve de remporter cette Route du Rhum ”.


Daniel Ecalard (SOS Pare-Brise +), joint à 09h30On est sur la bouée, en train de prendre un petit thé et de se préparer tranquillement. La dernière nuit à terre a été un peu rock & roll. Il n’y avait plus de toilettes ni douche. Comme on a libéré la maison louée par notre partenaire dimanche dernier, on dort à trois sur le bateau depuis deux jours en mode camping. D’autres équipiers nous ont rejoint en Zodiac ce matin. Le réveil a été un peu difficile ce matin, mais tout va bien. On est en forme et ça permet de se mettre un peu dans l’ambiance. J’ai hâte de commencer à naviguer. Au niveau de la météo, ça s’est un peu éclairci donc on a un peu plus de vision sur ce qui nous attend. Je connais un peu le coin mais pas comme certains qui ont l’habitude de naviguer en Bretagne. Je vais devoir composer avec les courants et certains paramètres que je n’ai pas l’habitude de gérer en Martinique mais ça va le faire. On a vu un peu ce qu’il fallait faire et on prend toujours conseil auprès de ceux qui connaissent le coin. Et puis on nous a donné pas mal d’informations. Maintenant on va digérer tout ça et essayer de faire au mieux. J’appréhende un peu la première nuit en mer parce que l’on va faire du rase-cailloux. Ma quille fait 4,10 m, mais on va gérer, essayer de faire un peu attention à tout ça pour ne pas abîmer le bateau dès le départ. On ne va pas trop près des cailloux. Et je pense qu’il y aura beaucoup de monde aussi à tirer des bords comme nous. Il va falloir être vigilant. Il y aura 138 bateaux, plus les bateaux de pêche et les cargos. Il va falloir garder l’attention pendant trois-quatre jours. On pourra se relâcher après sur la suite, dès que l’on sera bien au large”.


Catherine Chabaud (Formatives Business School Pour Ocean As Common) « Nous sommes à 1h30 du départ. Après le SAS et l’écluse, nous sommes allés nous mettre sur une bouée. Ça m’a permis de me reposer un peu. L’équipe a préparé le bateau pour le départ. On a profité de ce moment pour compléter un petit déjeuner. Et là on est en route vers la ligne. Pour l’instant, tout va bien. Une fois que l’on arrivera sur zone, le départ sera donné relativement rapidement. Les choses vont s’enchaîner très vite. Je suis en train de regarder quelles voiles je vais porter au départ. Je suis l’évolution météo. J’essaie de bien me concentrer sur cette phase de départ. Le vent va a priori adonner progressivement au cours de la première nuit. On fera tout sur un seul bord ou on tirera des petits contre-bords vers la côte. Ce sont des conditions formidables pour un début de course. On est vraiment vernis. Du près, c’est parfait pour mon bateau et pour me mettre dans le bain. Même s’il y a plus de 20 nœuds le bateau saura faire ».


Rhum Multi


Gwen Chapalain (Guyader - Savéol) "J’ai quand-même un peu tourné - viré cette nuit, et re regardé la météo avant de m’endormir. C’est quand-même la Route du Rhum et pour moi, c’est la première : il y a forcément un peu d'émotion ce matin. Côté météo, le scénario commence à bien se dessiner sur la Bretagne ; ensuite la route est un peu complexe pour aller aux Antilles. Je verrai à la sortie demain matin ce que je fais : prendre un peu plus à gauche ou filer vers l’ouest. Les premières heures de nav’, après le départ, vont être plutôt sympa. J’ai pas mal de petites friandises à bord, des crêpes et évidemment des Kouign amann de Douarnenez, on va naviguer avec les copains, de tirer des bords ensemble ; ensuite de Béhat jusqu’au Four on devrait faire la route sur un bord. Ensuite est ce qu’on passe Ouessant et le Four à babord, c’est toute la question !"


Thomas Lurton (Moxie Bâti-Armor) "Il y a eu un petit déchirement de quitter tout le monde ce matin, mes proches que je reverrais dans une vingtaine de jours environ pour moi, en tout cas. On attend notre zodiac qui vient nous ravitailler avant de partir tranquillement sur la zone de départ. On verra sur place quelle voilure je vais pouvoir porter pour le départ, on va aussi commencer à faire tous les préréglages, essayer de trouver un amer sur la côte pour prendre ses marques par rapport à la ligne de départ, pleins de petites choses pour préparer ce point chaud avec 138 bateaux. Même si on est fractionné sur plusieurs lignes ,c’est toujours compliqué, difficile. Il va falloir tricoter jusqu’à la porte de Fréhel : ça va être un peu complexe, j’espère que les 20 milles qui nous séparent du Cap Fréhel qui vont être quasiment doublés à cause du prés, vont permettre à la flotte de s’étirer un peu. La nuit devrait être relativement tranquille à continuer de tricoter, proche de la côte. Le premier point de passage difficile de cette Route du rhum, se situe près de Ouessant pour moi. Je vais y arriver un peu après les autres bateaux qui sont plus rapides, avec un peu de vent, un peu de mer. C’est là que les premières décisions vont se prendre pour la suite avec ceux qui vont descendre au sud et ceux qui vont un peu continuer à la rencontre du front. La pression commence à monter ; on se rend compte de l’ampleur de l’évènement et de ce que cela représente, à commencer par moi-même : j'ai l'impression d’être au pied d’un Everest : on se sent tout petit, ça parait très haut, mais c’est atteignable, je vais faire en sorte de grimper petit à petit ! J’ai juste envie d’être le plus rapidement possible au top départ, de faire en sorte que tout se passe bien. Je pense que ça va être compliqué pour mon père de quitter le bord ; moi je vais être dans le tourbillon de tout ce qui suit. L’émotion, les émotions vont être certainement plus diffuses dans le temps, c’est aussi ça la magie du large !"


Loïc Escoffier (Lodigroup) "Je me suis couché de bonne heure. J’ai bien dormi. Je me suis réveillé vers 04h30-05h00 avant de me rendormir une heure. Je suis bien, reposé. J’ai regardé un peu la météo. Les gars ont fait du super boulot. Je repars serein. On va partir trois heures avant et essayer de faire tous les petits réglages pour bien partir. J’ai envie de prendre un bon départ sans prendre de risques. On aura entre 15 et 18 nœuds de vent au départ mais ça mollira rapidement en baie de Saint-Brieuc, au passage du cap Fréhel. Et ensuite il y a un peu plus de gauche que prévu donc ça pourrait se faire sur un seul bord pour aller chercher la pointe d’Ouessant. Est-ce que l’on passera à l’intérieur du rail ou à l’extérieur? On verra ! Pour l’instant, c’est à l’intérieur mais on va affiner tout ça au fur et à mesure avec les routeurs. Là j’ai envie d’y aller, j’ai hâte !”


Charlie Capelle (Acapella - La Chaîne de l’espoir) "Je me sens bien reposé, je suis très très heureux de participer une nouvelle fois à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Mon objectif à moi c’est d’arriver, de naviguer en sécurité, me préserver et préserver le bateau. Il ne faut pas oublier qu’on a des petits bateaux et qu’on est assez vulnérables dans les grosses conditions. Le report de la course a été pour nous plus que salutaire. Les conditions du départ sont complètement maniables, on sera suffisamment manoeuvrant. Je vais partir en deuxième rideau. Ensuite on va tirer des bords carrés avec le courant contre nous : je pense qu’on va mettre au moins 3 ou 4 heures pour monter jusqu’au Cap Fréhel ! ça ne va pas être très rapide pour nous. J’espère demain matin être à la pointe bretonne, si tout se passe bien !"

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