- 21 nov. 2022
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Avec Emmanuel Le Roch à bord d'Edenred
Sur l’eau, il y a Yoann Richomme (Paprec Arkéa) qui signe un sans faute à des vitesses optimum sur une trajectoire parfaite. Et il y a les autres qui ne déméritent pas. À commencer par ses poursuivants immédiats - Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo) et Ambrogio Beccaria (Allagrande-Pirelli) engagés dans une bataille de tous les instants dans des alizés musclés.
Le rythme s’accélère à mesure que les leaders rapprochent leur étrave aux lignes arrondies de la Guadeloupe. D’après les dernières estimations, le chef de file est attendu dans moins de 48 heures sur la ligne à Pointe-à-Pitre, devant une belle poignée d’IMOCA. S’il poursuit sur le rythme actuel, si aucun pépin technique ou vilaine mistoufle sous le vent de l’île Papillon, ne vient le freiner sur sa lancée, ce bel échappé pourrait afficher plus de 18 heures d’avance sur ses concurrents directs. Impressionnant !
Ce que les skippers en Class40 ont dit ou écrit ce lundi
Kieran Le Borgne (Recycleurs Bretons) : « À fond pour ne rien lâcher » « ça va assez vite depuis deux jours, le vent oscille pas mal. Hier c’était assez facile de naviguer ; aujourd’hui c’est plus compliqué avec de gros grains, la mer qui va avec et la fatigue qui commence à s’accumuler. Je suis hyper content d'être là, c’est intense mais je prends carrément du plaisir. Ces bateaux vont super vite. Il y a pas mal de monde devant. Je regarde aussi dans l’est ceux qui arrivent, je suis à fond pour ne rien lâcher. J'ai toujours les grosses voiles à poste : même si ce n’est pas le plus confortable, c’est ce qui va le plus vite ; je suis à fond dans la course ! C’est sûr, ça va être un peu difficile de rattraper ceux qui sont devant avec des bateaux plus récents, et les gars sont bons et rapides mais je suis content d’être à ma place, je trouve que je m’en sors pas mal. Je vais continuer d’avancer, d’essayer de prendre du plaisir. Et si je passe devant le plus de monde possible, ça me va ! »
Anatole Facon (Naviguons contre le diabète) : « C’est le début de la semaine et on retourne un peu au taff ! » « Tout va très bien, les alizés sont vachement soutenus avec quelques grains Il semblerait que ça se calme dans les heures et jours à venir. J’ai bien hâte parce que là, c’est assez soutenu. J’avais pris le parti de partir au Sud assez tôt pour ne pas donc ça ne me dérange pas d’être un peu en queue de peloton. Le bateau va bien, j’ai eu quelques problèmes de voile, mais ça va se régler. Il commence à faire beau. Je suis impressionné par la vitesse des bateaux qui sont devant ! C’est un beau spectacle à regarder. Je prends énormément de plaisir depuis le début, bien en phase avec le bateau, on fait notre cheminement tous les deux. C’est très agréable. La priorité et la stratégie, c’est de traverser en laissant une belle trace. C’est la première fois que je passe autant de temps en mer. Finalement je laisse beaucoup la barre au pilote qui barre mieux que moi. Les journées passent vite, il n’y a pas de moments “tampons” un peu longs. Hier ce n’était pas une journée très cool, mais je n’aime pas le dimanche en mer. Là c’est le début de la semaine, on retourne un peu au taff ! On a perdu pas mal de gens en cours de route et la chose à faire, pour eux et pour toi, c’est de continuer d’avancer. »
Simon Koster (Banque du Léman) : « Pas super efficace par rapport aux petits copains devant » « Je viens de passer une nuit un peu compliquée. L’enjeu consiste à changer de voile au bon moment et j’ai eu un problème de drisse. Je n’ai pas été super efficace par rapport aux petits copains devant, et c’est un peu énervant. J’ai passé du temps à refaire une drisse, à bricoler plutôt qu’à faire avancer le bateau. Et je n’ai pas beaucoup dormi. Je viens d’empanner et dès que j’aurai tout rangé, je vais aller me reposer. Il commence à y avoir des grains. Le jour vient tout juste de se lever, mais le soleil à du mal à percer les nuages. Et il commence à pleuvoir. On a bien un temps d’alizés avec un vent très instable en force et direction qui varie entre 15 et 25 nœuds, parfois plus dans les grains. Je bataillais pour rester accroché aux premiers, mais à part s’il leur arrive quelque chose, cela va être dur de revenir à portée de fusil. À mi-parcours, je trouvais le temps long. Et là, même s’il reste beaucoup de milles à courir, comme on avance vite, ça défile. »
Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo) : « Là, c’est un peu la guerre !” «On est tribord amure, cap à l’Ouest. On est à 28 nœuds de vent et on file à 20 nœuds. Ça bombarde avec le soleil dans le dos. J’ai le choix entre cuire à feu vif dehors, ou cuire à la vapeur dedans ! Le taux d’humidité dans le bateau doit être à 170 % Il ne faut pas oublier de se tenir ou de se tenir à quatre pattes, parce que de temps en temps il y a des arrêts buffet un peu violents dans les vagues. Normalement dans 48 heures, on sera en Guadeloupe, ou en approche de la Tête-à-l’Anglais. Ce qui fait une bonne cavalcade si on en croit les derniers routages. Cela veut dire que cela ne va pas se calmer. C’est sympa parce que ça nous rapproche de l’arrivée, mais c’est engagé, et vraiment très peu confortable. J’ai des souvenirs de transats sur des bateaux plus calmes, où dans ce vent là, ça commence à être sympa, avec un peu d’eau sur le pont. Mais là, c’est un peu la guerre ! »
Emmanuel Le Roch (Edenred) : « Personne ne levait le pied » « La journée d'hier a été rapide avec beaucoup de grains, j'ai barré longtemps pour essayer d'optimiser la trajectoire ! Et... J'aime ça ! L'allure était dingue surtout avant que le vent ne rentre plus fort, la mer était assez ordonnée, je me croyais sur un cata de sport sous spi pleine balle ; et je revoyais mes belles années de cata. Je ressentais les mêmes sensations. C'est fou ce que nos nouveaux Class40 sont performants et exigeants. C'est une Classe incroyable où l'ambiance est en plus hyper sympa ! En fin d"après midi, j'ai réduit la grand-voile, ça devenait vraiment chaud et à chaque classement, je regardais les vitesses des petits copains autour et bien personne ne levait le pied ! Bien au contraire. Je me suis résolu quand même à changer de spi cette nuit. Il faut que je préserve les voiles car elles vont être toutes utiles les prochains jours ! C'est très difficile de trouver le sommeil tant le bruit et les chocs sont forts. La lutte avec notre petit groupe va être intense jusqu’à l'arrivée , cela s'annonce passionnant ! »
Marc Lepesqueux (Curium Life Forward) : « le bateau hurle selon la vitesse » « Nuit de folie. Le bateau hurle selon la vitesse. Cela commence à 15 mais au-delà de 20 nœuds, c'est extrême et régulier. Nous sommes dans du vent fort parfois durant 10 minutes, puis c'est plus calme. La direction est instable aussi. J'ai l'œil rivé sur la petite girouette là-haut à 19 mètres. Une petite girouette mécanique qui elle est toujours là, mais qui n'est pas reliée à l’électronique. Il faut regarder la tête en l'air et le pilote l'ignore totalement. J'ai passé ma nuit à regarder une girouette. Hier en début de nuit, une claque et j'ai explosé le spi A4. Mort de chez mort. J'ai renvoyé le A6. J'espère que le A4 ne me manquera pas en arrivant proche de la Guadeloupe. Le bateau fonçait dans la nuit noire. C'était assez dément. J'ai pêché un poisson volant en enfournant dans de très grosses quantités d’eau. Il était énorme. Je n'ai pas de citron frais, sinon il aurait terminé en filets, tellement il était balaise. Je retourne au taff. Didier Le Vourch (Vicitan) n'est plus très loin. »
