- 2 nov. 2022
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Jean-Pierre Balmes
Kito de Pavant (HBF - Reforest’Action), Mathieu Claveau (Prendre la Mer, Agir pour la Forêt), Jean-Pierre Balmes (FullSave), Mikael Mergui (Centrakor) et Laurent Camprubi (Glaces Romanes) sont installés et s’entraînent tout au long de l’année sur les côtes du sud-est de la France. Ils racontent les spécificités de leur préparation.
Ils se sont élancés dans un premier périple avant la grande aventure. Pour les skippers originaires de Méditerranée, il a en effet fallu mettre les voiles et assurer un sacré voyage d’environ 2 000 milles : longer les côtes espagnoles, passer le détroit de Gibraltar, traverser le golfe de Gascogne et voir enfin la Bretagne et sa météo capricieuse… Un périple d’un peu plus de 15 jours, souvent entrecoupé d’une escale avec la crainte constante de ne rien casser avant d’arrivée.
« L’anxiété » liée au convoyage
Mikael Mergui (Centrakor) a effectué ce convoyage au départ de Hyères (Var) en septembre et en a profité pour assurer sa qualification. « J’ai eu des conditions assez rudes dans le golfe de Gascogne , confie-t-il. La mer était croisée avec un vent de nord-ouest. Ça tapait, c’était très inconfortable ». Une poignée de jours plus tard, Kito de Pavant (HBF Reforest’Action) a effectué le même trajet en quittant Port-Camargue (Hérault). Pour lui aussi, la traversée du golfe de Gascogne a été épique : « pluie, pétole puis vent rafaleux de face, mer démontée et croisée, température qui ne fait que chuter… On aurait été mieux à terre ! »
Le marin, qui compte trois participations à la Route du Rhum rappelle qu’il y a « toujours un peu d’anxiété pendant un convoyage avant une course d’ampleur comme la Route du Rhum, parfois, ça cognait fort et on n’a pas envie de casser quoi que ce soit. Le fait d’arriver avec un bateau en bon état, c’est un soulagement ».
Mikael Mergui
« En Méditerranée, ce qui est étonnant, c’est le vent »
Kito de Pavant, 61 ans dont une vingtaine en course au large, s’amuse de faire partie des « les irréductibles méditerranéens qui défient l’armada bretonne ». Ils sont cinq dans ce cas-là avec les Marseillais Laurent Camprubi (Graces Romanes) et Mathieu Claveau (Prendre la Mer, Agir pour la forêt) ainsi que Jean-Pierre Balmes (FullSave) basé à La Grande-Motte. Alors que la majorité des skippers est installée en Bretagne, eux ont donc choisi le bassin méditerranéen. « Ce sont nos lieux de vie, de travail, d’épanouissement et c’est logique d’être basés ici », sourit Mathieu Claveau.
Ils cultivent tous un lien particulier avec la mer Méditerranée et il suffit de les entendre en parler pour s’en convaincre. Laurent Camprubi évoque « les conditions clémentes une bonne partie de l’année » qui « permettent de commencer à naviguer plus tôt dans la saison ». Mikael Mergui, qui a navigué partout dans le monde, rappelle « l’absence de contraintes de marée, ni d’écluse. Ce qui est étonnant, c’est le vent : en changeant d’une baie à l’autre, il peut emmener plus de complexité dans la navigation » « Les variations sont plus rapides, ça oblige à s’adapter davantage et à manœuvrer beaucoup plus ».
Kito de Pavant
Un Trophée pour continuer à grandir
Ensemble, ils ont également tissé un lien fort fait d’écoute, d’entraide, de mutualisation de certains aspects. « Nous échangeons et on s’épaule au niveau technique et logistique » (Mikael Mergui). « On navigue les uns contre les autres mais on fait face aux mêmes problématiques, c’est normal qu’il y ait de la solidarité » (Jean-Pierre Balmes).
Justement, pour multiplier les navigations et renforcer les synergies entre les projets, le Trophée Méditerranée Class40 a été lancé cette année. « Nous voulions qu’il renforce nos liens, qu’il fasse office de dénominateur commun », souligne Kito de Pavant qui fait partie de ceux qui en ont été à l’origine. Ainsi, tout au long de l’année, des courses étaient au programme : Roma per Due, Corsica Med, Duo Max, Au Large de Saint-Tropez, Palermo-Montecarlo, Round Italy et Middle Sea Race…
Pour ces marins, c’est l’occasion de « créer une nouvelle impulsion » (Mikael Mergui) et de « développer l’attractivité du Class40 en Méditerranée » (Laurent Camprubi). « Ce n’est pas évident de monter un projet de course au large ici car nous n’avons pas de structures dédiées ni le même tissu économique de la Bretagne dédiée à notre activité ». Ils espèrent tous que la diversité des courses proposées - l’occasion aussi de découvrir des paysages extraordinaires entre l’Italie, la Corse, la Sardaigne l’Espagne - sera des atouts majeurs pour convaincre d’autres marins de les rejoindre. « On souhaite tous que ce programme motive des skippers à venir disputer des courses en Méditerranée ou même à s’installer ici », espère Mathieu Claveau.
Le Trophée contribue donc a suscité un nouvel élan et les initiatives se multiplient. Afin de surfer sur cette dynamique, la régie de Port Camargue propose d’accueillir cinq Class40 l’an prochain avec place au port et à terre, manutentions, stockage de matériel, mutualisation des moyens… En somme, des solutions existent afin que le circuit prenne de l’ampleur dans les années à venir. Et de faire espérer que le contingent de méditerranéens – ils seront cinq à s’élancer le 6 novembre prochain – soit encore plus conséquent dans quatre ans.
