- 20 nov. 2022
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Corentin Douguet.
Alors que Yoann Richomme (Paprec Arkéa) vient de passer une nouvelle journée en tête, la bataille pour les places d’honneur fait rage entre Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli, 2e), Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo, 3e) et Simon Koster (Banque du Léman). Un « match dans le match » de plus pour Corentin qui a dû lutter pendant plusieurs jours pour réparer son moteur.
Ce n’est jamais facile, alors qu’on se bat comme jamais pour atteindre un des objectifs les plus élevés de la planète voile, de s’épancher quand tout déraille. C’est pourtant l’exercice à laquelle s’est prêté Corentin Douguet, ce dimanche matin lors des vacations. Le skipper de Queguiner-Innoveo faisait partie, à Saint-Malo, des favoris. Et il a tenu son rang, en première semaine, imprimant le tempo en tête de flotte.
« J’ai dû démonter tout le moteur »
Et puis tout a basculé. Corentin a fait face à des problèmes avec son moteur à la latitude des Açores. C’est là que Yoann Richomme (Paprec Arkéa) l’a dépassé. L’actuel leader s’est entraîné avec Corentin, ils ont travaillé la météo ensemble et ils ont tous les deux le même bateau. En évoquant son ami, Yoann se dit « triste » : « il a déployé tant d’énergie pour régler ses problèmes d’énergie ». Le skipper de Queginer-Innoveo précise les circonstances : « j’ai dû démonter tout le moteur, tous les éléments du circuit… J’ai transvasé le gasoil dans un petit bidon, posé juste à côté de là où je vis… » Et le marin de décrire « les odeurs » dans la cabine.
Depuis qu’il a réparé, Corentin peut à nouveau « dérouler sur la partie énergie ». « C’est quand même plus agréable, notamment dans l’usage du pilote automatique. Sinon, j’aurai été scotché à la barre, ça aurait été un enfer ». Pendant ce temps, aussi, Yoann a creusé l’écart. « Il a fait la trajectoire que je voulais faire, confie Corentin. Mais j’ai eu un problème de drisse de spi aussi. Le spi s’est retrouvé intégralement à l’eau et ça a été une grosse mission de remonter 200m2 de voile tout seul. Ça m’a coûté 20 milles et ensuite l’écart s’est creusé tout seul. Désormais, l’écart est trop conséquent, Yoann est hors de portée. »
« Ça se résume à un match contre l’équipe d’Italie »
Corentin n’est pas vraiment du genre à s’épancher longuement sur les états d’âmes qui traversent l’esprit des hommes de mer. Pourtant, il reconnaît « ressentir beaucoup de frustration ». « C’est beaucoup de boulot en amont, plus de deux ans de travail et la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, on sait que ce n’est que tous les quatre ans. Je sais que celle-là, elle ne sera pas pour moi ».
Il a fallu rester mobilisé et concentré jusqu’au bout. Alors, celui qui a remporté la 1000 mille des Sables en début d’année, s’est fixé un autre objectif : assurer sa place sur le podium et viser la 2e place. Si Simon Koster (Banque du Léman) est en embuscade, la bagarre est forte avec Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli) qui lui a chipé la 2e place depuis deux jours. « Il est très fort et il a un très bon bateau », reconnait Corentin. De quoi s’en amuser : « ma Route du Rhum se résume à un match contre l’équipe d’Italie. Il a fallu lutter contre mon moteur Lombardini et maintenant contre Ambrogio, ça va faire une belle bagarre ! »
Corentin Douguet.
L’AUTRE VACATION DU DIMANCHE MATIN
Kito de Pavant : « ce serait plutôt flatteur pour notre vieux bateau » « Je me suis demandé si j’étais bien réveillé ! La nuit dernière, après une petite sieste, j’ai vu un truc énorme : une boule de feu verte. C’était très curieux. D’habitude, les étoiles filantes sont plutôt rouges ou jaunes et là c’était vert, aussi énorme qu’étonnant. On n’imagine pas tomber sur ce genre de chose. Un jour, on va en prendre une sur la tête ! Il fait super beau, il y a entre 15 à 20 nœuds et les alizés sont comme dans les livres. Le bateau est fait pour ça donc ça va vite, c’est vraiment agréable. Ce qui est moins agréable, c’est la ‘torgnole’ que nous mettent les skippers de devant mais ce n’est pas un drame non plus ! On commence à entrevoir l’arrivée, ce devrait être vers le 25 novembre d’après les routages. Je suis plutôt content d’être aux portes du ‘top 10’. Ce serait plutôt flatteur pour notre vieux bateau… D’autant qu’il n’y a pas que le bateau qui est vieux ! Il y a encore plein de bêtise à ne pas faire et il faut resté très vigilant jusqu’à la fin, il peut encore se passer beaucoup de choses. Je vais essayer de bien dormir et de bien me reposer pour arriver en forme. »
LES MOTS DU BORD
Cédric Château (Sogestran-Seafrigo) : « difficile de trouver le bon curseur » « Nuit plutôt calme à bord de Sogestran-Seafrigo avec un empannage et le pied un peu sur le frein pour ne pas se faire surprendre par un grain. Depuis ce matin, j'ai remis du charbon dans la machine histoire de mettre du rythme. C’est difficile de savoir où mettre le curseur au bon endroit entre "le trop lent mais sans risque" et le "à fond mais je vais peut-être casser un truc". J'imagine que cela doit être le même casse-tête pour tout le monde. Pour l'instant, tout va bien à bord dans une ambiance plutôt humide ! »
William Mathelin-Moreaux (Dekuple) : « une régate de saison » « On peut le dire vraiment : ça glisse ! Et la bataille fait rage à l’arrière, dans le deuxième groupe, d’une intensité rare. On se croirait sur une régate de saison, avec de tout petits écarts. C’est super, ça motive et pousse à rester encore plus attentif, on se tire vers le haut ! La journée d’hier a permis de faire un bon break, de sécher le bateau, profiter des paysages et des supers glissades, de bien manger et prendre ma divine première douche. Ça été l’occasion de faire plaisir à tout le quartier ! Un plaisir en entraînant un autre, le coucher de soleil est arrivé et j’étais loin de m’attendre à la nuit que j’allais passer. Un festival du grain. En veux-tu en voilà : des petits, des moyens, des énormes... Bref, j’ai dormi 10 minutes. Je pensais que c’était terminé ces bêtises ! »
