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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

À l’aube, ce mercredi matin, les skippers Class40 ont arpenté les pontons de Saint-Malo pour la dernière fois avant le grand départ. C’est le temps des embrassades, du stress que l’on cache les mains dans le ciré, et des larmes qui s’échappent au moment des ‘au revoir’. Ambiance.


Ils auront donc été les derniers, comme des rescapés, à traverser une dernière fois la cité corsaire au petit matin, à un horaire où même les noctambules ont laissé l’endroit désert. Cela fait une poignée de jours que Saint-Malo a retrouvé une forme de quiétude, loin de la féria iodée des deux dernières semaines. La pluie a déjà balayé les pavés et les souvenirs des nuits agitées appartiennent définitivement au passé. Ce mercredi au petit matin, alors que les Rhum Multi et Mono quittaient le port, les équipes des Class40 arrivaient au compte-goutte aux pontons du bassin Vauban. Il n’est que 7 heures du matin, la lampe frontale est une nécessité, les bras sont chargés et le silence de rigueur.


Et puis ça s’anime enfin. La lune, claire, laisse place aux premières lueurs du jour. Les cernes sont effacés par les sourires. On remet tout en route, on se prépare et on rigole pour détendre l’ambiance. « Chéri, où sont les clés de mon bateau ? » lâche à la cantonade Geoffrey Mataczynski (Fortissimo). « On est entre nous, entre Class40, ça fait du bien, souligne Hervé Thomas (Bleu Blanc). Tout à l’heure on aura un pincement au cœur, là on profite ! »


« La même sensation qu’avant un rendez-vous galant »


Sur les pontons, c’est la sérénité qui impressionne. Kito de Pavant (HBF Reforest’Action) se dit « en convalescence » après un coup de froid eu ces derniers jours et s’amuse : « finalement, j’ai quinze jours pour me reposer ». Aurélien Ducroz(Crosscall), lui, évoque une « petite boule au ventre » mais préfère insister sur « la chance extraordinaire d’être là ».


Baptise Hulin (Rennes-Saint Malo – Parenthèses de vie) s’étonne « d’avoir dormi 8 heures » - « je ne m’attendais pas à dormir aussi bien » -, Xavier Macaire (Groupe Snef) parle d’une « nuit normale », Nicolas d’Estais (Happyvore – Café Joyeux) apprécie avoir « très très bien dormi » et prévoit d’ailleurs de dormir à nouveau un peu avant le départ.


Franz Bouvet (Yoda), lui, avait fait le choix de passer sa dernière nuit à bord : « c’était calme, tranquille, sans l’agitation habituelle des pontons ». Emmanuel Le Roch (Edenred), large sourire et yeux qui brillent, évoque le réveil, le petit déjeuner en équipe et « la même sensation qu’avant un rendez-vous galant. On a hâte et en même temps, on ne sait pas trop à quoi s’attendre ».


« Ça prend aux tripes »


Stan Thuret évoque quant à lui une nuit « à rêver de choses pas du tout maritimes », décrit le « beau coucher de lune et le beau lever de soleil ». Sur le chemin vers les pontons, il fait le lien avec un bouquin d’Antoine de Saint-Exupéry, Terres des hommes. Le skipper d’Everial raconte : « il va faire son premier vol en avion un jour tout seul et il se rend compte que la vie normale continue, que les gens sont dans leur routine. Ce matin, tu te dis : « moi je pars traverser l’Atlantique et tu vois tous les gens qui poursuivent leur petite vie et tu n’arrives pas à savoir qui a raison. Ça fait relativiser ».


Le skipper a la voix qui tremble. « Ça prend aux tripes. Si tu ne ressens rien, il ne faut pas faire ce métier ». Il s’en va dans son bateau, à l’abri des regards. Yoann Richomme (Paprec Arkea) en a fait de même lui aussi. Sous le regard d’un staff fourni et de quelques journalistes, il a tenté de s’isoler dans le cockpit de son bateau. La pression n’épargne personne. « Ça crée une charge émotionnelle certaine. Mais il faut rester concentré sur l’objectif et ne pas se laisser emporter par le moment ».


Chasser la pression


L’émotion est donc papable partout, même si le départ est un peu plus intimiste que s’il avait eu lieu dimanche dernier. Longuement, le Belge Jonas Gerkens (Volvo) serre sa femme dans les bras, loin des regards. Même scène pour William Mathelin-Moreaux devant Dékuple. Mikael Mergi (Centrakor), dont une dizaine de proches était présent, est revenu sur le ponton juste avant de partir. Il tape dans les mains, fait la bise alors que son fils ne peut s’arrêter de le serrer par la taille.


Ils échangent un dernier bisou, le petit se frotte la joue : « avec ta barbe, ça pique papa ». Comme s’il fallait se rattacher à ces petits riens du quotidien pour conjurer l’émotion du moment. Sur le bateau du jeune Anatole Facon (Naviguons contre le diabète), la petite équipe de potes a mis la sono, du disco, pour chasser la pression. Les bateaux quittent un à un les pontons, la nuit n’est déjà plus qu’un souvenir et la grande aventure ne fait que commencer.

  • 9 nov. 2022
  • 4 min de lecture

À l’aube, ce mercredi matin, les skippers Class40 ont arpenté les pontons de Saint-Malo pour la dernière fois avant le grand départ. C’est le temps des embrassades, du stress que l’on cache les mains dans le ciré, et des larmes qui s’échappent au moment des ‘au revoir’. Ambiance.


Ils auront donc été les derniers, comme des rescapés, à traverser une dernière fois la cité corsaire au petit matin, à un horaire où même les noctambules ont laissé l’endroit désert. Cela fait une poignée de jours que Saint-Malo a retrouvé une forme de quiétude, loin de la féria iodée des deux dernières semaines. La pluie a déjà balayé les pavés et les souvenirs des nuits agitées appartiennent définitivement au passé. Ce mercredi au petit matin, alors que les Rhum Multi et Mono quittaient le port, les équipes des Class40 arrivaient au compte-goutte aux pontons du bassin Vauban. Il n’est que 7 heures du matin, la lampe frontale est une nécessité, les bras sont chargés et le silence de rigueur.


Et puis ça s’anime enfin. La lune, claire, laisse place aux premières lueurs du jour. Les cernes sont effacés par les sourires. On remet tout en route, on se prépare et on rigole pour détendre l’ambiance. « Chéri, où sont les clés de mon bateau ? » lâche à la cantonade Geoffrey Mataczynski (Fortissimo). « On est entre nous, entre Class40, ça fait du bien, souligne Hervé Thomas (Bleu Blanc). Tout à l’heure on aura un pincement au cœur, là on profite ! »


« La même sensation qu’avant un rendez-vous galant »


Sur les pontons, c’est la sérénité qui impressionne. Kito de Pavant (HBF Reforest’Action) se dit « en convalescence » après un coup de froid eu ces derniers jours et s’amuse : « finalement, j’ai quinze jours pour me reposer ». Aurélien Ducroz(Crosscall), lui, évoque une « petite boule au ventre » mais préfère insister sur « la chance extraordinaire d’être là ».


Baptise Hulin (Rennes-Saint Malo – Parenthèses de vie) s’étonne « d’avoir dormi 8 heures » - « je ne m’attendais pas à dormir aussi bien » -, Xavier Macaire (Groupe Snef) parle d’une « nuit normale », Nicolas d’Estais (Happyvore – Café Joyeux) apprécie avoir « très très bien dormi » et prévoit d’ailleurs de dormir à nouveau un peu avant le départ.


Franz Bouvet (Yoda), lui, avait fait le choix de passer sa dernière nuit à bord : « c’était calme, tranquille, sans l’agitation habituelle des pontons ». Emmanuel Le Roch (Edenred), large sourire et yeux qui brillent, évoque le réveil, le petit déjeuner en équipe et « la même sensation qu’avant un rendez-vous galant. On a hâte et en même temps, on ne sait pas trop à quoi s’attendre ».


« Ça prend aux tripes »


Stan Thuret évoque quant à lui une nuit « à rêver de choses pas du tout maritimes », décrit le « beau coucher de lune et le beau lever de soleil ». Sur le chemin vers les pontons, il fait le lien avec un bouquin d’Antoine de Saint-Exupéry, Terres des hommes. Le skipper d’Everial raconte : « il va faire son premier vol en avion un jour tout seul et il se rend compte que la vie normale continue, que les gens sont dans leur routine. Ce matin, tu te dis : « moi je pars traverser l’Atlantique et tu vois tous les gens qui poursuivent leur petite vie et tu n’arrives pas à savoir qui a raison. Ça fait relativiser ».


Le skipper a la voix qui tremble. « Ça prend aux tripes. Si tu ne ressens rien, il ne faut pas faire ce métier ». Il s’en va dans son bateau, à l’abri des regards. Yoann Richomme (Paprec Arkea) en a fait de même lui aussi. Sous le regard d’un staff fourni et de quelques journalistes, il a tenté de s’isoler dans le cockpit de son bateau. La pression n’épargne personne. « Ça crée une charge émotionnelle certaine. Mais il faut rester concentré sur l’objectif et ne pas se laisser emporter par le moment ».


Chasser la pression


L’émotion est donc papable partout, même si le départ est un peu plus intimiste que s’il avait eu lieu dimanche dernier. Longuement, le Belge Jonas Gerkens (Volvo) serre sa femme dans les bras, loin des regards. Même scène pour William Mathelin-Moreaux devant Dékuple. Mikael Mergi (Centrakor), dont une dizaine de proches était présent, est revenu sur le ponton juste avant de partir. Il tape dans les mains, fait la bise alors que son fils ne peut s’arrêter de le serrer par la taille.


Ils échangent un dernier bisou, le petit se frotte la joue : « avec ta barbe, ça pique papa ». Comme s’il fallait se rattacher à ces petits riens du quotidien pour conjurer l’émotion du moment. Sur le bateau du jeune Anatole Facon (Naviguons contre le diabète), la petite équipe de potes a mis la sono, du disco, pour chasser la pression. Les bateaux quittent un à un les pontons, la nuit n’est déjà plus qu’un souvenir et la grande aventure ne fait que commencer.

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