top of page

À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

Alexis Courcoux


Il y avait une certaine gravité sur les visages des marins ce matin en entrant dans l’auditorium du Palais du Grand Large à Saint-Malo pour le briefing skippers de 10h30. Les conditions météo du départ demain prévoyaient un vent et une mer soutenus et de face, et présentaient un réel danger compte tenu du nombre de bateaux sur la ligne et autour. De surcroît, le front violent (plus de 50 nœuds en rafales) attendu à la pointe Bretagne, ne laissait envisager aucune échappatoire. Dès l’annonce du report du départ à mardi soir ou mercredi matin, les skippers ont été soulagés de cette décision que la majorité qualifie de « sage ». Réactions à chaud…


Yannick Bestaven (Maître CoQ V) « C'est une sage décision, une décision de bon marin. Ce phénomène est assez exceptionnel, avec une dépression très creuse et une mer très formée. Je pense qu’il y aurait eu beaucoup de casse. Je préfère voir une belle compétition avec un maximum de bateaux qui arrivent au bout, notre sport en sortira grandi. Cela arrive dans d’autres sports, en Formule 1 par exemple on déplace des départs pour des raisons climatiques. On aurait vécu une course par élimination. On l’a vu sur la Route du Rhum 2002 où la flotte Orma a beaucoup souffert, et d’ailleurs cette classe a disparu par la suite. Il n’y a aucun intérêt à envoyer des marins et des bateaux au casse-pipe. De toute façon j’avais déjà prévu de m’arrêter et de ne pas aller affronter ces conditions. Désormais nous allons nous réorganiser. Les marins savent s’adapter aux imprévus. Il faut voir le côté positif des choses : le public de Saint-Malo va pouvoir profiter un peu plus longtemps des bateaux et des skippers. La fête va continuer ! »


Charlie Dalin (Apivia) « En arrivant au briefing ce matin, je ne m’attendais pas à cela. Je croyais que l’on allait partir, j’étais prêt mais je respecte cette décision. Je serai aussi prêt au moment du nouveau départ. Je ne suis pas content ou mécontent. Ce n’est pas là la question. Il faut faire avec, c’est tout. »


Louis Duc (Fives – Lantana Environnement) « Je respecte le choix de l’organisateur de course. C’est compliqué d’envoyer une flotte avec plus de 25 nœuds de vent, voire plus, sur un départ où il y a beaucoup de monde sur l’eau. C’est peut-être le problème numéro 1. Le coup de vent violent annoncé avec des rafales à 50 nœuds, cela ne me choque pas, c’est une Route du Rhum, on doit être préparé à ça. Le problème est qu’il arrive tôt et que les bateaux sont très différents avec des vitesses très différentes. Potentiellement, il peut y avoir 10 sauvetages à faire, peut-être le mien d’ailleurs ! Il faut voir le problème dans sa globalité et pas seulement à travers son propre cas. C’est une bonne décision. C’est juste gênant pour les partenaires, mais c’est une course au large. On sait ne sait jamais comment cela se passe, on donne une date de départ sans connaître la météo. Je trouve que c’est aussi intéressant de voir comment cela se passe la gestion d’un départ décalé. C’est une expérience supplémentaire pour moi. »


Justine Mettraux (TEAMWORK.NET) « On sait qu’on fait un sport dans lequel on s’expose aux éléments. Mais en tant que marin, je suis contente de savoir que tout le monde aura ses chances pour rallier l’arrivée. C’est la bonne décision. En lançant le départ demain il était très probable qu’il y ait des gros soucis sur les bateaux, voire des dégâts humains. On aurait vécu trois jours avec des conditions très soutenues, beaucoup de mer, personne n’aurait été à l’abri. Beaucoup de concurrents se seraient arrêtés à Roscoff. Ce serait bizarre de lancer une course qui s’arrête quelques heures plus tard dans le port suivant. On repartira dans des conditions permettant de régater, ce sera mieux pour l’événement dans sa globalité. »


Maxime Sorel (V and B – Monbana – Mayenne) « C’est une sage décision à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Nous étions en mode départ et nous regardions dans quelle mesure et comment faire pour y aller. Je ne pensais pas à un report. On avait une liste des choses à faire pour sécuriser le bateau, attacher des trucs en mode gros temps. Je ne pensais qu’on pouvait décaler une aussi grosse machine que la Route du Rhum. Cela fait des jours que je me prépare à y aller. C’est mieux, c’est sûr ! Je préfère partir en course plutôt qu’en rallye, car il fallait s’attendre à un mode sécurité, et pas à un mode compétition. Maintenant, c’est une grosse logistique à revoir : reloger les gars, gérer les containers qui devaient partir lundi. Un petit job ! Ce qui est sûr, c’est que je vais mieux dormir dans la nuit de dimanche à lundi… »


Boris Herrmann (Malizia – Seaexplorer) « C’est un gros soulagement. Cela donne un peu plus de temps pour travailler sur les derniers petits détails. La météo aurait été éprouvante. Ce sont les deux premières heures de course qui m’inquiétaient le plus. L’idée de louvoyer dans un petit couloir avec 138 bateaux m’a empêché de dormir. »


Paul Meilhat (Biotherm) « La direction de course a pris sa décision et il faut l’accepter. Je ne me pose pas trop de questions. J’ai un bateau neuf qui n’est pas très fiabilisé. Je ressentais forcément de l’appréhension à l’idée d’affronter des conditions si difficiles. Ce qui était compliqué, c’est qu’il n’y avait pas vraiment d’échappatoire. On avait la possibilité de louvoyer à Ouessant et dans le chenal du Four de nuit, dans 30 nœuds, pour espérer aller s’abriter un peu dans le golfe de Gascogne. Cela paraissait compliqué. »


Louis Burton (Bureau Vallée) « On voyait bien qu’il y avait une tendance à plutôt jouer la prudence. Je comprends la décision de la direction de course. J’étais vraiment prêt à y aller mais maintenant il faut s’adapter. Ce report chamboule énormément de choses : la manière dont on va aborder le départ, les questions logistiques avec nos partenaires... Ce ne sont pas des décisions sans contraintes. Il va falloir beaucoup travailler pour que la fête reste la plus belle possible. »


Pip Hare (Medallia) « Personne n’avait trop envie d’entrer là-dedans mais je ne m’attendais pas à cette décision. Cela me surprend et je suis en train de composer avec cela. Je croyais qu’ils allaient nous laisser le choix de partir ou non. Cela devient compliqué pour les équipes comme la nôtre. »


Nicolas Troussel (Corum L’épargne) « C’est une sage décision de l’organisation et de la Direction de course. Ce sont des conditions inhabituelles. 55 nœuds au près, ça aurait été une découverte peut-être enrichissante, mais nos bateaux sont plutôt faits pour glisser au vent arrière. On s’était préparé au coup de vent, on avait préparé le bateau en fonction. Avant cette décision, nous n’étions pas les plus à plaindre en IMOCA mais dans une course où il y a des petits bateaux et des multicoques, cela reste très compliqué à gérer. De toutes façons, ça n’aurait pas été un bon moment à passer. Maintenant, j’espère qu’on aura un beau départ mardi ou mercredi. »


Manu Cousin (Groupe Sétin) « Je pense que c’est une sage décision, cela n’a pas dû être facile pour la Direction de course de la prendre. Nous sommes tous soulagés, c’était vraiment des conditions difficiles et compliquées. La Direction de course a raison de dire qu’en reportant de deux jours, on aura une vraie coure. Le gros risque était d’avoir une flotte complètement scindée avec des problèmes en pagaille, du danger. Le départ repoussé nous permettra sans doute de naviguer en compétition de bout en bout. J’ai remarqué que les visages des skippers en entrant de salle et en sortant, n’étaient pas les mêmes. Il y avait de la gravité et maintenant il y a du soulagement. »


Kevin Escoffier (Holcim-PRB) « C’est la bonne décision, tout le monde est d’accord là-dessus, que ce soit nos météorologues, les skippers et l’organisation. C’est un évènement qui est suffisamment beau en soit pour ne pas rajouter d’accidents à l’histoire. Il y a plusieurs choses. Il n’y pas que la tempête qui est l’ancien cyclone Martin, il y a aussi le départ au près avec 138 bateaux dans 25-30 nœuds de vent. Des bateaux avec des vitesses différentes qui se croisent, et puis un front qui a un timing de passage non pas au large mais à la pointe Bretagne. Pour s’abriter, il fallait passer dans des zones à fort courant, dans le chenal du four, le raz de Sein… Cela faisait trop de paramètres cumulés qui pouvaient engendrer des accidents, des collisions et ce n’est souhaitable pour personne. Si on veut être responsable, c’est la bonne décision. Ma tête et mon sac étaient prêts, le bateau aussi. J’étais encore au sport ce matin, toute l’organisation était faite pour partir demain matin. Il va y avoir de la réorganisation. »

  • 5 nov. 2022
  • 6 min de lecture

Alexis Courcoux


Il y avait une certaine gravité sur les visages des marins ce matin en entrant dans l’auditorium du Palais du Grand Large à Saint-Malo pour le briefing skippers de 10h30. Les conditions météo du départ demain prévoyaient un vent et une mer soutenus et de face, et présentaient un réel danger compte tenu du nombre de bateaux sur la ligne et autour. De surcroît, le front violent (plus de 50 nœuds en rafales) attendu à la pointe Bretagne, ne laissait envisager aucune échappatoire. Dès l’annonce du report du départ à mardi soir ou mercredi matin, les skippers ont été soulagés de cette décision que la majorité qualifie de « sage ». Réactions à chaud…


Yannick Bestaven (Maître CoQ V) « C'est une sage décision, une décision de bon marin. Ce phénomène est assez exceptionnel, avec une dépression très creuse et une mer très formée. Je pense qu’il y aurait eu beaucoup de casse. Je préfère voir une belle compétition avec un maximum de bateaux qui arrivent au bout, notre sport en sortira grandi. Cela arrive dans d’autres sports, en Formule 1 par exemple on déplace des départs pour des raisons climatiques. On aurait vécu une course par élimination. On l’a vu sur la Route du Rhum 2002 où la flotte Orma a beaucoup souffert, et d’ailleurs cette classe a disparu par la suite. Il n’y a aucun intérêt à envoyer des marins et des bateaux au casse-pipe. De toute façon j’avais déjà prévu de m’arrêter et de ne pas aller affronter ces conditions. Désormais nous allons nous réorganiser. Les marins savent s’adapter aux imprévus. Il faut voir le côté positif des choses : le public de Saint-Malo va pouvoir profiter un peu plus longtemps des bateaux et des skippers. La fête va continuer ! »


Charlie Dalin (Apivia) « En arrivant au briefing ce matin, je ne m’attendais pas à cela. Je croyais que l’on allait partir, j’étais prêt mais je respecte cette décision. Je serai aussi prêt au moment du nouveau départ. Je ne suis pas content ou mécontent. Ce n’est pas là la question. Il faut faire avec, c’est tout. »


Louis Duc (Fives – Lantana Environnement) « Je respecte le choix de l’organisateur de course. C’est compliqué d’envoyer une flotte avec plus de 25 nœuds de vent, voire plus, sur un départ où il y a beaucoup de monde sur l’eau. C’est peut-être le problème numéro 1. Le coup de vent violent annoncé avec des rafales à 50 nœuds, cela ne me choque pas, c’est une Route du Rhum, on doit être préparé à ça. Le problème est qu’il arrive tôt et que les bateaux sont très différents avec des vitesses très différentes. Potentiellement, il peut y avoir 10 sauvetages à faire, peut-être le mien d’ailleurs ! Il faut voir le problème dans sa globalité et pas seulement à travers son propre cas. C’est une bonne décision. C’est juste gênant pour les partenaires, mais c’est une course au large. On sait ne sait jamais comment cela se passe, on donne une date de départ sans connaître la météo. Je trouve que c’est aussi intéressant de voir comment cela se passe la gestion d’un départ décalé. C’est une expérience supplémentaire pour moi. »


Justine Mettraux (TEAMWORK.NET) « On sait qu’on fait un sport dans lequel on s’expose aux éléments. Mais en tant que marin, je suis contente de savoir que tout le monde aura ses chances pour rallier l’arrivée. C’est la bonne décision. En lançant le départ demain il était très probable qu’il y ait des gros soucis sur les bateaux, voire des dégâts humains. On aurait vécu trois jours avec des conditions très soutenues, beaucoup de mer, personne n’aurait été à l’abri. Beaucoup de concurrents se seraient arrêtés à Roscoff. Ce serait bizarre de lancer une course qui s’arrête quelques heures plus tard dans le port suivant. On repartira dans des conditions permettant de régater, ce sera mieux pour l’événement dans sa globalité. »


Maxime Sorel (V and B – Monbana – Mayenne) « C’est une sage décision à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Nous étions en mode départ et nous regardions dans quelle mesure et comment faire pour y aller. Je ne pensais pas à un report. On avait une liste des choses à faire pour sécuriser le bateau, attacher des trucs en mode gros temps. Je ne pensais qu’on pouvait décaler une aussi grosse machine que la Route du Rhum. Cela fait des jours que je me prépare à y aller. C’est mieux, c’est sûr ! Je préfère partir en course plutôt qu’en rallye, car il fallait s’attendre à un mode sécurité, et pas à un mode compétition. Maintenant, c’est une grosse logistique à revoir : reloger les gars, gérer les containers qui devaient partir lundi. Un petit job ! Ce qui est sûr, c’est que je vais mieux dormir dans la nuit de dimanche à lundi… »


Boris Herrmann (Malizia – Seaexplorer) « C’est un gros soulagement. Cela donne un peu plus de temps pour travailler sur les derniers petits détails. La météo aurait été éprouvante. Ce sont les deux premières heures de course qui m’inquiétaient le plus. L’idée de louvoyer dans un petit couloir avec 138 bateaux m’a empêché de dormir. »


Paul Meilhat (Biotherm) « La direction de course a pris sa décision et il faut l’accepter. Je ne me pose pas trop de questions. J’ai un bateau neuf qui n’est pas très fiabilisé. Je ressentais forcément de l’appréhension à l’idée d’affronter des conditions si difficiles. Ce qui était compliqué, c’est qu’il n’y avait pas vraiment d’échappatoire. On avait la possibilité de louvoyer à Ouessant et dans le chenal du Four de nuit, dans 30 nœuds, pour espérer aller s’abriter un peu dans le golfe de Gascogne. Cela paraissait compliqué. »


Louis Burton (Bureau Vallée) « On voyait bien qu’il y avait une tendance à plutôt jouer la prudence. Je comprends la décision de la direction de course. J’étais vraiment prêt à y aller mais maintenant il faut s’adapter. Ce report chamboule énormément de choses : la manière dont on va aborder le départ, les questions logistiques avec nos partenaires... Ce ne sont pas des décisions sans contraintes. Il va falloir beaucoup travailler pour que la fête reste la plus belle possible. »


Pip Hare (Medallia) « Personne n’avait trop envie d’entrer là-dedans mais je ne m’attendais pas à cette décision. Cela me surprend et je suis en train de composer avec cela. Je croyais qu’ils allaient nous laisser le choix de partir ou non. Cela devient compliqué pour les équipes comme la nôtre. »


Nicolas Troussel (Corum L’épargne) « C’est une sage décision de l’organisation et de la Direction de course. Ce sont des conditions inhabituelles. 55 nœuds au près, ça aurait été une découverte peut-être enrichissante, mais nos bateaux sont plutôt faits pour glisser au vent arrière. On s’était préparé au coup de vent, on avait préparé le bateau en fonction. Avant cette décision, nous n’étions pas les plus à plaindre en IMOCA mais dans une course où il y a des petits bateaux et des multicoques, cela reste très compliqué à gérer. De toutes façons, ça n’aurait pas été un bon moment à passer. Maintenant, j’espère qu’on aura un beau départ mardi ou mercredi. »


Manu Cousin (Groupe Sétin) « Je pense que c’est une sage décision, cela n’a pas dû être facile pour la Direction de course de la prendre. Nous sommes tous soulagés, c’était vraiment des conditions difficiles et compliquées. La Direction de course a raison de dire qu’en reportant de deux jours, on aura une vraie coure. Le gros risque était d’avoir une flotte complètement scindée avec des problèmes en pagaille, du danger. Le départ repoussé nous permettra sans doute de naviguer en compétition de bout en bout. J’ai remarqué que les visages des skippers en entrant de salle et en sortant, n’étaient pas les mêmes. Il y avait de la gravité et maintenant il y a du soulagement. »


Kevin Escoffier (Holcim-PRB) « C’est la bonne décision, tout le monde est d’accord là-dessus, que ce soit nos météorologues, les skippers et l’organisation. C’est un évènement qui est suffisamment beau en soit pour ne pas rajouter d’accidents à l’histoire. Il y a plusieurs choses. Il n’y pas que la tempête qui est l’ancien cyclone Martin, il y a aussi le départ au près avec 138 bateaux dans 25-30 nœuds de vent. Des bateaux avec des vitesses différentes qui se croisent, et puis un front qui a un timing de passage non pas au large mais à la pointe Bretagne. Pour s’abriter, il fallait passer dans des zones à fort courant, dans le chenal du four, le raz de Sein… Cela faisait trop de paramètres cumulés qui pouvaient engendrer des accidents, des collisions et ce n’est souhaitable pour personne. Si on veut être responsable, c’est la bonne décision. Ma tête et mon sac étaient prêts, le bateau aussi. J’étais encore au sport ce matin, toute l’organisation était faite pour partir demain matin. Il va y avoir de la réorganisation. »

bottom of page