- 31 oct. 2022
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©Alexis Courcoux
Après une première participation soldée par un abandon en 2018 sur une édition marquée par des conditions dantesques lors des premiers jours de course, David Ducosson (Trilogik – Dys de Cœur) et Christophe Bogrand (Château du Launay) reviennent cette année sur La Route du Rhum – Destination Guadeloupe avec la même envie : arriver de l’autre côté après avoir fait une belle course. Interview croisée.
Que représente pour vous La Route du Rhum – Destination Guadeloupe et qu’est-ce qui vous a poussé à y participer ?
David Ducosson : Je suis Guadeloupéen. J’ai vécu beaucoup d’arrivées de Route du Rhum, mais mon envie de la faire est venue sur le tard, quand j’ai croisé la route de deux coureurs au large : Anne Caseneuve et de Christophe Houdet. Anne était dans ma promotion, quand j’ai passé mon diplôme de skipper professionnel en 1998. A l’époque, je faisais des convoyages, j’étais skipper sur des bateaux de plaisance. Ils m’ont fait découvrir la course au large. Je suis venu en Bretagne dans les années 2000 pour participer à la construction du bateau d’Anne. Ça m’a mis le doigt dans l’engrenage. J’ai ensuite été préparateur pour plusieurs guadeloupéens, dont Claude Thélier et Philippe Fiston. A un moment, je me suis dit que je n’étais pas plus mauvais qu’un autre. Pour pas moi ?
Christophe Bogrand : C’est un rêve de pouvoir la réaliser. J’ai suivi attentivement toutes les éditions depuis 1982. A l’époque, je n’imaginais pas pouvoir y participer un jour. C’est vraiment cette communion entre le bateau et le marin qui m’a amené à m’inscrire sur cette course mythique, sur laquelle on peut se confronter avec des bateaux de notre génération, mais aussi avec d’autres beaucoup plus modernes.
Comment s’est passée l’édition 2018 ?
David Ducosson : Le fils d’Anne Caseneuve m’avait proposé de me confier son bateau si je trouvais un budget pour le mettre en étant de course. J’avais un tout petit budget et j’ai rencontré beaucoup de galères pendant la préparation. On n’avait pas eu le temps de tout valider. Je n’avais pas assez testé les voiles. Lors du premier passage de front, le J1 s’est déroulé partiellement. Je ne pouvais plus progresser au près. J’ai été obligé de faire demi-tour jusqu’à Lorient. J’ai ensuite attendu pendant plusieurs jours une fenêtre pour quitter le quai. En repartant, j’ai eu de multiples problèmes de barre, de pilote automatique. Les problèmes se sont enchaînés et j’ai décidé de rentrer avant que ça ne soit pas trop la catastrophe. Le bateau n’était plus en étant de traverser l’Atlantique.
Christophe Bogrand : On a pris ce départ avec ce bateau de 1982, avec le mât d’origine. Je m’étais arrêté pendant cinq jours lors du premier gros coup de vent avant de repartir. Malheureusement, une cadène d’étai a lâché deux jours après être reparti et j’ai perdu le mât. Ça m’a fait énormément de mal car il faisait partie intégrante du bateau.
Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir cette année ?
David Ducosson : J’ai mis beaucoup de temps à me remettre de mon abandon. Moralement, ça n’a pas été facile. Quand on s’engage sur une Route du Rhum, on se met en quatre pour préparer le bateau. On dépense beaucoup d’énergie, d’argent aussi. Quand tout s’arrête, c’est un peu dur de rebondir. Je n’ai pas pensé repartir sur la course pendant deux ans. L’envie est venue petit à petit. Aujourd’hui, j’ai envie de terminer l’aventure et d’arriver à Pointe-à-Pitre après avoir fait une belle course.
Christophe Bogrand : Un peu un esprit de revanche, mais pas que. Comme je n’ai pas pu traverser il y a quatre ans, je m’étais promis de le faire au moins dans les années qui suivent. J’avais emmené le bateau de l’autre côté hors course en 2020, avant le Covid-19. Je l’ai ramené des Bahamas jusqu’à Lorient l’an dernier. On s’était aussi engagé à reprendre le départ de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe en 2022. Nous voilà !
Quelles sont vos ambitions ?
David Ducosson : Je ne mets pas de pression. C’est un projet assez personnel. J’ai acheté le bateau et créé une société pour pouvoir l’exploiter ensuite en Guadeloupe. L’idée est de proposer des sorties en mer pour faire découvrir les joies de la navigation en bateau de course. Mon objectif est de boucler la boucle.
Christophe Bogrand : Arriver de l’autre côté de l’Atlantique. Je pense que l’on se connaît bien avec le bateau. C’est la 7ème année que l’on navigue ensemble. J’ai envie de battre avec les autres concurrents, mais je ne mets aucune pression, aucun objectif de résultat. Je vais faire marcher le bateau du mieux possible à toutes les allures. J’aimerais bien, si on est vraiment performant, traverser en 17 jours, et entre 17 et 22 jours si la météo n’est pas idéale. C’est ça la magie d’une transat : on sait quand on part, pas quand on arrive !
