- 22 nov. 2022
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Yoann Richomme (Paprec Arkea). Crédit Vincent Olivaud
Alors que le tiercé gagnant chez les IMOCA est désormais connu et que les arrivées continuent de se succéder à Pointe-à-Pitre, le prochain gros temps fort de cette 12e édition de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe sera assurément l’arrivée des premiers Class40. Pas plus tard que la nuit prochaine, entre 3h et 5h (heure de Paris), Yoann Richomme (Paprec Arkéa) devrait déborder la Tête à l’Anglais avant d’entamer le tour de la Guadeloupe puis de se présenter victorieux sur la ligne. Les 400 derniers milles qu’il lui reste à parcourir s’annoncent cependant à hauts risques. D’une part, parce que les alizés sont montés d’un cran depuis hier et soufflent de manière très instable, avec des grains de plus en plus fréquents et parfois violents. D’autre part, parce que le tour de la Guadeloupe, même avec une avance confortable de près de 90 milles sur la concurrence, réserve toujours bien des surprises. Pour résumer : bien que le « bout du tunnel » approche, plus que jamais la vigilance s’impose.
Ce qu’il faut retenir :
- Justine Mettraux (Teamwork.net), - la première femme de la course - est arrivée ce matin à 3h41 (heure de Paris). Dix-neuf solitaires ont désormais bouclé les 3 542 milles du parcours de cette 12e Route du Rhum – Destination Guadeloupe : 7 Ultim 32/23, 5 Ocean Fifty et 7 IMOCA.
- 93 marins sont toujours en mer.
- Ce mardi, les arrivées d’une dizaine d’IMOCA devraient se succéder à Pointe-à-Pitre. Le 6e et dernier Ocean Fifty, Gilles Lamiré (Groupe GCA – 1001 Sourires) est également attendu sur la ligne d’arrivée.
-Le premier Class40, Yoann Richomme (Paprec Arkea) devrait déborder à la Tête à l’Anglais en deuxième partie de la nuit prochaine, entre 3 et 5 heures.
-Pour mémoire : le record sur le parcours entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre en Class40, établit par Yoann Richomme à bord de Veedol en 2018, est de 16 jours, 3 heures, 22 minutes et 44 secondes.
-Après déjà une première escale technique de 24 heures à Punta Delgada, Donald Alexander (Class40 Conscious Planet), toujours confronté aux mêmes problèmes d’alimentation d’énergie, a fait le choix de rejoindre de nouveau les Açores. Il est attendu sur place dans la journée.
« C’est haché, c’est saccadé, c’est très « Paris-Dakar » comme navigation ! », a déclaré Yoann Richomme (Paprec Arkéa), toujours lancé à plus de 15 nœuds de moyenne au portant, en direction de la pointe nord de la Guadeloupe, ce mardi. « Il y a entre 22 et 27 nœuds avec de grosses rafales et des grains assez puissants. Ça tape fort, il y a des vagues dans tous les sens. On se fait bringuebaler de manière assez exceptionnelle, avec de gros plantés dans les vagues qui arrêtent brutalement le bateau. C’est toujours hyper intense mais on voit le bout du tunnel. En principe, dans 24 heures, je serai à la Tête à l’Anglais », a commenté le leader de la flotte des Class40 de cette 12e Route du Rhum – Destination Guadeloupe qui continue sa folle cavalcade sur un champ de bosses avec une avance très confortable sur son plus proche poursuivant. Une avance qui a toutefois fondu de 120 à 90 milles ces dernières 24 heures. « Depuis quelques temps, derrière, ils ont un meilleur vent et un meilleur angle que moi. Il y a de la marge mais je garde malgré tout un œil dans le rétroviseur parce qu’ils se rapprochent doucement. Je fais attention à bien me positionner par rapport à eux au cas où il y aurait des moments moins faciles à cause du vent », a ajouté le vainqueur en titre qui file tout schuss vers un deuxième sacre, mais qui n’oublie pas que tant que la ligne n’est pas franchie, tout peut arriver. « Il y a la peur de casser, surtout vu les conditions », a concédé le leader qui a effectué un premier gros recalage dans le nord-ouest hier après-midi, et qui va ajuster progressivement son atterrissage sur la Guadeloupe au fil de la journée. « Ça devait être le dernier bord mais le vent ne s’oriente pas tout à fait comme prévu. Je pense donc que je vais avoir quelques empannages à faire avant d’arriver au nord de Grande-Terre », a détaillé le navigateur.
Tous les espoirs sont permis
Même programme pour ses adversaires qui ont, eux aussi, effectué un premier recalage, et composent avec des conditions éprouvantes, autant pour les bateaux que pour les organismes. « Hier, le vent a varié entre 11 et 32 nœuds. Ce matin, il reste très instable, en force mais aussi en direction. C’est exigeant », a relaté Corentin Douguet (Quéguiner – Innoveo) qui doit, comme les autres, constamment adapter ses réglages et son plan de voilure. « Sur un Class40, passer d’un spi à l’autre, ça prend trente minutes. On ne s’amuse donc pas à changer de voile en permanence mais on fait au mieux. Ça distribue un peu les bons et les mauvais points. Il faut un peu de réussite dans un plan comme ça », a détaillé le Nantais qui s’est montré le plus rapide du peloton ces dernières 24 heures, avec pas moins de 300 milles avalés entre 5 heures hier et la même heure aujourd’hui. « Hier, c’était jackpot, j’allais vite. J’étais au bon endroit au bon moment. Depuis que je suis de nouveau en bâbord amure, c’est moins fameux, je ne suis pas dans le bon couloir de vent. C’est en fait très hétérogène sur le plan d’eau. Chacun fait de son mieux dans l’instant avec le vent qu’il a. Dans ce contexte, il peut se passer encore pas mal de choses », a assuré le skipper de Quéguiner – Innoveo qui a donc réduit une part de son retard sur le leader mais aussi distancé son principal rival, le skipper d’Allagrande – Pirelli, d’une dizaine de milles. « Avec Ambrogio (Beccaria), ça va se jouer, un coup pour moi, un coup pour lui, jusqu’à l’arrivée en Guadeloupe. C’est l’adversaire du moment », a souligné Corentin Douguet, bien conscient que ce qui s’annonce déterminant, c’est bien sûr le tour de l’île Papillon. « On commence à être vraiment proche de la route directe. Il n’y a donc plus grand-chose à faire, sinon faire marcher la machine au plus vite, ce qui n’est pas simple avec tous ces grains. On passe notre temps à faire des plantés et le bateau part en survitesse. On va toutefois essayer de finir le job correctement ! », a promis le marin qui n’a d’autre choix que de continuer à jouer les équilibristes, tout comme l’ensemble de la flotte. « En ce moment, vu le rythme imposé, mieux vaut jouer la carte du bon marin », a confirmé Antoine Carpentier (Redman), au coude à coude avec Alberto Bona (IBSA) et à la bagarre pour la cinquième place avec Luke Berry (Lamotte – Module Création) puis Xavier Macaire (Groupe SNEF), décalés 75 milles dans son nord. « Il y a des grains assez violents et assez fréquents. Il faut faire preuve d’anticipation. Plus on charge, plus on a des risques de casser », a ajouté le Morbihannais qui imprime malgré tout une grosse cadence avec l’espoir de recoller au score des copains de devant dans les derniers milles car ainsi que l’a rappelé Corentin Douguet lors de la vacation de 5 heures : « On fait des courses de bateaux à voile et, par définition, ce qu’il peut se passer peut-être parfois complètement délirant. »
