- 26 nov. 2022
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Mathieu Claveau (Prendre la Mer, Agir pour la Forêt a envoyé son drone hier...
Mathieu Claveau (Prendre la mer, Agir pour la forêt), Morgane Ursault-Poupon (Médecins du Monde), Stan Thuret (Everial) et Marc Lepesqueux (Curium life forward) naviguent dans des alizés capricieux. Au nord de la route vers la Guadeloupe, une dorsale se promène provoquant des vents faibles et erratiques. Les sargasses sont également bien présentes et ralentissent les derniers Class40 : les skippers doivent rester sur le qui-vive à l’heure où 16 concurrents ont déjà touché terre !
Messages du bord
Mathieu Claveau (Prendre la mer, Agir pour la forêt)
« Salut à vous ! Je n'ai pas beaucoup écrit depuis quelques temps ! Il faut dire que depuis 3 jours c'est vraiment intense ! La nuit dernière a été particulièrement compliquée avec de nombreux changements de voile pour tenter d’avancer dans les divers grains. Nous étions avec Morgane (Ursault-Poupon) en limite nord. J'étais venu la contrôler pour me replacer entre elle et la bouée mais ce ne fut pas une mince affaire de repartir vers le sud ! Je n'arrive plus trop à comprendre quel phénomène météo était à l'œuvre ! Toujours est-il qu'hier a été une belle journée sous grand spi ! L'occasion de faire 2-3 vidéos de drone ! Et cette nuit, je me savais très fatigué et le vent devenait trop fort pour mon grand spi, j'ai préféré mettre directement le Code 5 pour aller dormir sereinement. Et j'ai écrasé toute la nuit. Il faut vraiment garder de la lucidité pour cette fin de course où la fatigue et les petits bobos s'accumulent. J'ai d'ailleurs cassé ma canne à algues ce qui est très pénalisant pour enlever les sargasses des safrans... Depuis 3 jours, j'ai des sargasses coincées dans le sail-drive du moteur et malgré plusieurs marches arrière pour tenter de les faire partir, elles sont toujours là... L'arrivée sur la Guadeloupe peut-être très piégeuse avec aussi de nombreux dangers et du trafic maritime. Le moral est bon même si j’ai quelques bobos aux coudes mais tout va bien ! A bientôt en Guadeloupe
Mathieu »
Morgane Ursault-Poupon (Médecins du Monde)
« Ça y est, je suis libérée !!! Les 24 dernières heures ont été cauchemardesques, j'ai fait un séjour en enfer ... J'avais le sentiment que le sort s'acharnait sur moi et que j'étais la seule dans cette zone de météo anarchique, sans foi, ni loi ... Je ne regardais plus les positions de mes concurrents pour ne pas me tordre le ventre ... L'ennemi Numéro 1 du marin s'appelle " Pétole". Cette pétole, c'est une zone sans vent qui te laisse seul face à toi même, seul face à la dérive. Mes nerfs ont été mis à rude épreuve : je passais parfois, en pleine nuit, d'une zone avec 3 nœuds de vent à 30 nœuds ! Oui je crois que l'enfer ressemble à ça ! J'en rajoute ? Bon ok peut-être un peu mais vraiment j'ai été très énervée, déprimée et triste et tout et tout .... Mais ça y est je revis !!!! Le vent stable est revenu et je glisse à nouveau, laissant derrière moi une belle trace régulière et non pas ces zigzags sans nom. Bon par contre " j'ai pris cher " côté positionnement, c'est le jeu ... Injuste, il est ce jeu. Mais comme tout va bien à bord et que tout est relatif et bien je ne vais pas me plaindre !!! Non je n'ai pas le droit, il y a des choses plus graves sur Terre. Tout va bien dans le meilleur des mondes. A plus :) Morgane »
Stan Thuret (Everial) : « on tient le bon bout »
« J’ai le souffle coupé. Je viens de faire un empannage, peut-être un de mes derniers. C’est toujours un peu chaud, il ne faut pas que le spi s’emmêle. Le soleil s’est levé depuis deux heures et je suis déjà en sueur. Il n’est même pas à 40° au-dessus de l’horizon et il fait très chaud. Là, on fait de l’ouest donc le soleil tape vraiment dans le tableau arrière, je vais devoir m’abriter dans ma cabine et utiliser mon petit ventilateur et mon brumisateur que j’ai depuis la Mini Transat. Il me reste une journée, 40 heures à tenir. Sinon, c’est le même paysage qu’hier, la mer est un peu plus formée, il y a 20 à 22 nœuds et la nuit a été calme. Mais là, il y encore plein de sargasses, ça s’accroche un peu partout et parfois je pars au tas à cause de ça. Résumé : il fait chaud, on tient le bon bout et on avance ! »
Marc Lepesqueux (Curium life forward) : “je vais finir ma 4e Route du Rhum »
« Encore quelques milles et ce sera ma 3e arrivée au bout de cette journée ! La nuit a été superbe, étoilée mais sombre avec pas de lune du tout. Nous sommes partis à la pleine lune et nous finissons à la nouvelle lune. Le bateau avançait vite et facilement malgré le vent instable. Il y a des rafales régulières, le bateau accélère à 16 à 18 nœuds. Le début de la nuit était vraiment très plaisant à barrer à regarder ma petite girouette et à écouter le bateau, installé dans mon pouf dehors avec ma télécommande pour lofer ou abattre.
Je vais finir ma quatrième Route du Rhum sans aérien ! Je devrais peut-être penser au Golden Globe, ce tour du monde sans électronique, juste avec un régulateur d'allure mécanique, à l'ancienne. Mais retourner dans le passé à ce point sur des voiliers plus lents, ce sera dur après avoir fait du Class40 ultra performant et très stable ! Un grand bravo à Yoann (Richomme) qui a été magistral en signant un somptueux doublé. Tout s’est déroulé comme il le voulait. Bravo à Ambrogio (Beccaria) pour ses débuts en Class40 sur un Class40 neuf et avec un nouvel architecte ! Une pensée aussi à Hervé Thomas qui n'a pas du tout la même situation météo depuis son arrêt aux Açores et qui doit trouver la Route du Rhum très longue. Félicitations aussi à Etienne Hochedé sur son trimaran qui, vu de l’extérieur, ne donne pas tous les signes de confiance. Pourtant, il tient tête à Philippe Poupon ! »
