- 28 nov. 2022
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© Alexis Courcoux
En franchissant la ligne dâarrivĂ©e de la 12e Ă©dition de La Route du Rhum â Destination Guadeloupe ce lundi matin Ă 05 heures 41 minutes 59 secondes heure locale (06h41 59â heure de Paris), Fabrice Payen (Ille-et-Vilaine Cap vers lâinclusion) termine 6e en Rhum Multi. Son temps de course est de 18 jours 16 heures 26 minutes et 59 secondes. Le Malouin a effectuĂ© les 3.542 milles du parcours entre Saint-Malo et Pointe-Ă -Pitre Ă la vitesse de 7,90 nĆuds sur lâorthodromie (la route directe). Le skipper dâIlle-et-Vilaine Cap vers lâinclusion a en rĂ©alitĂ© parcouru 4412,89 milles Ă la vitesse moyenne de 9,84 nĆuds. Son Ă©cart au 1er, LoĂŻc Escoffier (Lodigroup) est de 02 jours 09 heures 49 minutes et 36 secondes.
«Je me sens plein dâĂ©nergie mĂȘme si je suis trĂšs content dâĂȘtre allĂ© au bout. CâĂ©tait raisonnable. Je me suis tenu Ă plein de rĂšgles que je mâĂ©tais fixĂ©e avec beaucoup de mauvaise conscience. Je mây suis tenu. LâidĂ©e Ă©tait de prĂ©server le bateau, que ça soit une belle histoire. Câest trop dur dâabandonner et dâattendre quatre ans. Jâai fait la course dans mon coin, je ne me suis pas inquiĂ©tĂ© des positionnements des bateaux de ma catĂ©gorie. Jâavais mon routeur qui me cadrait pour ne pas faire de bĂȘtises. Quand jâai fait une route sud, je crois que je suis le seul Ă avoir fait ça. Il a fallu que je fasse une route sud parce que je me suis retrouvĂ© sur une patte pendant cinq jours. Je ne pouvais pas mettre ma prothĂšse. Jâavais des ampoules dues Ă lâĂ©chauffement, au frottement. Jâavais lâobligation que ça cicatrise pour ne pas que je me retrouve loin des routes des cargos avec une septicĂ©mie. CâĂ©tait cinq jours un peu bizarres oĂč je me suis senti encore plus fragile parce quâil ne fallait pas que jâaie trop Ă manĆuvrer. Mon routeur mâa fait une route spĂ©ciale, sans manĆuvres et voilĂ , ça bien fonctionnĂ©. Je ne me suis pas trop fait peur. CâĂ©tait moins violent quâil y a quatre ans au niveau de lâintensitĂ© du vent et de la mer, mais câĂ©tait du prĂšs avec de la mer dure quand mĂȘme. Jâai hĂ©sitĂ© Ă partir dans lâouest avec mes petits camarades mais on a choisi le sud. CâĂ©tait trĂšs violent aussi parce que les alizĂ©s Ă©taient trĂšs toniques et ça donnait 30-35 nĆuds de vent avec une mer trĂšs formĂ©e, trĂšs dynamique. Ce nâĂ©tait pas de tout repos mais jâavais dĂ©cidĂ© de ne pas mettre le gennaker en dessous de 24 nĆuds. Ăa ne correspondait Ă ma façon de naviguer. Le tour de lâĂźle de Guadeloupe sâest super bien passĂ© au dĂ©part. Ăa allait trĂšs vite, câĂ©tait trĂšs beau. Vraiment, câest magnifique par le nord de lâĂźle, moi qui ne connaissais pas de si prĂšs en tous cas. Et puis aprĂšs, Poupon, qui Ă©tait mon sparring partner. On se faisait des croisements depuis quelques jours. Il Ă©tait parti juste devant et finalement, je lâai trouvĂ© arrĂȘtĂ© avec un autre bateau. JâĂ©tais Ă 22 nĆuds. Je me disais que jâallais passer au large, mais finalement, le large nâa pas payĂ© du tout. On sâest retrouvĂ© empĂ©tolĂ©. Ăa a durĂ© un bon moment. Je nâai jamais vu ça. Jâai rĂ©visĂ© les fondamentaux de la voile pour pouvoir refaire partir un bateau. Et aprĂšs, Basse Terre câĂ©tait un cauchemar. Je me suis demandĂ© si je nâallais pas dĂ©marrer le moteur. JâĂ©tais trop prĂšs de la cĂŽte et je ne contrĂŽlais plus. Le vent avait tournĂ©, il Ă©tait tombĂ© et ça repartait aussi sec avec du vent fort. Câest vraiment une Ă©preuve Basse Terre. Jâai rĂ©ussi Ă mâĂ©chapper devant Philou. AprĂšs, jâai vu quâil sâĂ©tait arrĂȘtĂ© Ă la pointe du Fort pour une pĂ©nalitĂ©. Il Ă©tait en mode dĂ©gradĂ©, en mode convoyage. Mais en tous cas câĂ©tait une sacrĂ©e journĂ©e. CâĂ©tait beau de pouvoir naviguer prĂšs de lâĂźle. Ce que je retiendrai ? Jâai des images qui me restent : câest le passage par le chenal du Four au petit matin. Jâai trouvĂ© ça assez sympa. Et aprĂšs lâarrivĂ©e Ă MadĂšre. Je suis passĂ© trĂšs prĂšs. Et ensuite lâarrivĂ©e sur la Guadeloupe et la descente. CâĂ©tait magnifique, vraiment magique. Par contre, je nâai pas du tout envie dây retourner. Il y a quatre ans, jâavais dit que je faisais La Route du Rhum parce que câĂ©tait un rĂȘve et que ça avait du sens de la faire maintenant. Et je ne voulais en faire quâune. Jây suis retournĂ© avec un projet diffĂ©rent, qui a plus dâampleur. LâidĂ©e Ă©tait de terminer. Câest difficile La Route du Rhum. Il y en a qui peuvent en tĂ©moigner. Jâai trouvĂ© que ça a Ă©tĂ© trĂšs douloureux pour les concurrents cette annĂ©e. Il y a eu beaucoup dâabandons. Ăa me confortait dans lâidĂ©e de prĂ©server mon bateau et dâaller au bout. Je nâimaginais pas un scenario autre que celui dâarriver. Sinon câĂ©tait la fin du monde».
