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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Alexis Courcoux #RDR22


Après une longue carrière de coureur au large couronnée de succès et une pause de quatre ans, Jean-Pierre Dick revient à 57 ans sur La Route du Rhum – Destination Guadeloupe avec son plan Verdier de 2010. En lice en Rhum Mono, le skipper niçois figure parmi les grands favoris de sa catégorie. Rencontre.


Qu’est ce qui t’a poussé à revenir cette année en catégorie Rhum ? Je sentais que mon histoire avec la course n’était pas terminée. J’ai loupé quelques rendez-vous. En 2010, j’avais vraiment le bateau pour gagner. Il était quasi neuf mais j’ai eu quelques black-out dans le bateau, des problèmes électriques extrêmement graves qui m’ont empêché de me concentrer vraiment sur la course. Et je me suis fait chiper la 3ème place par Marc Guillemot pendant le tour de l’île, à la fin de la course. Je reviens 12 ans après dans l’optique de passer un peu cette désillusion. Et puis c’est une épreuve majeure du circuit qui m’a fait rêver quand j’étais gamin. Je me souviens encore du moment où Mike Birch a gagné, de la disparition d’Alain Colas aussi. A l’époque, j’avais 13 ans. J’écoutais Radio Monte Carlo sur mon lit, les jambes en l’air.


Participer cette fois en catégorie Rhum, c’est aussi un retour aux sources pour toi ? Oui, à trois niveaux. Tout d’abord, c’est le lion qui est en moi, le compétiteur reprend la compétition à haut niveau sur La Route du Rhum. Ensuite, ma ville natale, Nice, est impliquée dans le projet. J’ai décidé d’ajouter Notre Méditerranée dans le nom du bateau. C’est une mer fermée qui est en grand danger. On a vu l’été dernier qu’elle se tropicalisait avec la chaleur. Je voulais vraiment sensibiliser à la cause méditerranéenne et insister sur la biodiversité qui est encore exceptionnelle avec la baleine sur les voiles. Enfin, mon père a disparu il a 30 ans. C’était important pour moi de marquer le pas. Cette baleine symbolise aussi une œuvre qui a été réalisée pour lui il y a dix ans.


Quelle est ta démarche sur cette 12ème édition de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ? Elle est un peu plus originale, avec un bateau dans une optique différente de celle des IMOCA, axés pure performance. J’ai malgré tout envie de gagner dans ma catégorie. C’est important pour moi.


Tu fais partie des favoris en Rhum Mono. Quel regard portes-tu sur le plateau ? J’ai deux grands types de concurrents. Les premiers, Formatives ESI Business School pour Ocean As Common et Cap au Cap Location, sont très forts au près dans de la mer formée et du vent du fort. Ce sont des conditions que l’on peut potentiellement rencontrer pendant une semaine sur la course. Les Open 50, plus légers et faciles à manœuvrer, auront aussi leur carte à jouer. Je devrais me situer un peu entre les deux. Il ne faudra pas perdre le rythme par rapport aux deux grands cigares pendant la partie de près et continuer à accélérer au portant. Après, l’élément clef, c’est la fiabilité. Il faut que le bateau traverse. Il ne faut pas avoir d’avarie majeure. On ne sait jamais ce qu’il peut arriver sur un bateau aussi sophistiqué dans des mers aussi fortes et ventées.


Peux-tu nous parler de ton bateau ? Après le Vendée 2017, quand j’ai arrêté les grandes courses océaniques, j’ai eu envie d’apprendre à des managers à naviguer au large. C’est ce que je fais depuis quatre ans maintenant. Je voulais un bateau qui reprennent les côtés extraordinaires des IMOCA – performance, puissance, coque très planante, quille pendulaire -, tout en étant plus confortable pour l’équipage. Le cahier des charges du bateau, qui a été conçu pour huit personnes il y a 12 ans, était de pouvoir passer d’un mode plaisir à la voile à un mode cruising en l’espace d’un quart d’heure. Il est très convivial, avec un espace de vie assez unique. Il y a des toilettes, de l’eau sous pression, une douche chaude…Et pour le matossage, la structure cuisine/table à carte pivote d’un bord à l’autre. Le design intérieur est très novateur. 153 coussins, que l’on a ôté pour la course, donnent un caractère très original au bateau. A l’origine, l’idée était de faire une petite série de fast cruisers. Malheureusement, le succès n’a pas été au rendez-vous d’un point de vue commercial. J’ai donc décidé de l’utiliser pour de la course au large. On a effectué des modifications cette année pour le mettre en configuration solitaire. C’était un vrai challenge, que l’équipe a relevé !


Justement, as-tu déjà fait une transatlantique en solitaire à bord du bateau ? Jamais. C’est la première fois que le bateau va naviguer dans des conditions de mer aussi difficiles au près.


La météo s’annonce musclée au départ, dans quel état d’esprit es-tu ? Il y a forcément une appréhension. Mais qui n’en a pas en partant sur une course comme celle-là ? Il y a toujours une part de risque. On va essayer de le prendre de la manière la plus zen possible. On verra comment ça va se passer.


Outre la Méditerranée, tu soutiens une autre cause chère à tes yeux… Je suis parrain depuis de nombreuses années l’Alliance Syndrome de Dravet, association de familles d’enfants porteurs de cette maladie génétique rare provoquant de sévères crises d’épilepsie. On échange avant et après les courses. C’est important pour moi mais aussi pour le team d’avoir ce lien. Le petit bonheur que l’on peut apporter à ces enfants ne serait-ce qu’une demi-journée rend nos projets moins futiles. Le regard des enfants est important. J’emporte avec moi des dessins plastifiés réalisés par les enfants. C’est une motivation supplémentaire.

  • 2 nov. 2022
  • 4 min de lecture

© Alexis Courcoux #RDR22


Après une longue carrière de coureur au large couronnée de succès et une pause de quatre ans, Jean-Pierre Dick revient à 57 ans sur La Route du Rhum – Destination Guadeloupe avec son plan Verdier de 2010. En lice en Rhum Mono, le skipper niçois figure parmi les grands favoris de sa catégorie. Rencontre.


Qu’est ce qui t’a poussé à revenir cette année en catégorie Rhum ? Je sentais que mon histoire avec la course n’était pas terminée. J’ai loupé quelques rendez-vous. En 2010, j’avais vraiment le bateau pour gagner. Il était quasi neuf mais j’ai eu quelques black-out dans le bateau, des problèmes électriques extrêmement graves qui m’ont empêché de me concentrer vraiment sur la course. Et je me suis fait chiper la 3ème place par Marc Guillemot pendant le tour de l’île, à la fin de la course. Je reviens 12 ans après dans l’optique de passer un peu cette désillusion. Et puis c’est une épreuve majeure du circuit qui m’a fait rêver quand j’étais gamin. Je me souviens encore du moment où Mike Birch a gagné, de la disparition d’Alain Colas aussi. A l’époque, j’avais 13 ans. J’écoutais Radio Monte Carlo sur mon lit, les jambes en l’air.


Participer cette fois en catégorie Rhum, c’est aussi un retour aux sources pour toi ? Oui, à trois niveaux. Tout d’abord, c’est le lion qui est en moi, le compétiteur reprend la compétition à haut niveau sur La Route du Rhum. Ensuite, ma ville natale, Nice, est impliquée dans le projet. J’ai décidé d’ajouter Notre Méditerranée dans le nom du bateau. C’est une mer fermée qui est en grand danger. On a vu l’été dernier qu’elle se tropicalisait avec la chaleur. Je voulais vraiment sensibiliser à la cause méditerranéenne et insister sur la biodiversité qui est encore exceptionnelle avec la baleine sur les voiles. Enfin, mon père a disparu il a 30 ans. C’était important pour moi de marquer le pas. Cette baleine symbolise aussi une œuvre qui a été réalisée pour lui il y a dix ans.


Quelle est ta démarche sur cette 12ème édition de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe ? Elle est un peu plus originale, avec un bateau dans une optique différente de celle des IMOCA, axés pure performance. J’ai malgré tout envie de gagner dans ma catégorie. C’est important pour moi.


Tu fais partie des favoris en Rhum Mono. Quel regard portes-tu sur le plateau ? J’ai deux grands types de concurrents. Les premiers, Formatives ESI Business School pour Ocean As Common et Cap au Cap Location, sont très forts au près dans de la mer formée et du vent du fort. Ce sont des conditions que l’on peut potentiellement rencontrer pendant une semaine sur la course. Les Open 50, plus légers et faciles à manœuvrer, auront aussi leur carte à jouer. Je devrais me situer un peu entre les deux. Il ne faudra pas perdre le rythme par rapport aux deux grands cigares pendant la partie de près et continuer à accélérer au portant. Après, l’élément clef, c’est la fiabilité. Il faut que le bateau traverse. Il ne faut pas avoir d’avarie majeure. On ne sait jamais ce qu’il peut arriver sur un bateau aussi sophistiqué dans des mers aussi fortes et ventées.


Peux-tu nous parler de ton bateau ? Après le Vendée 2017, quand j’ai arrêté les grandes courses océaniques, j’ai eu envie d’apprendre à des managers à naviguer au large. C’est ce que je fais depuis quatre ans maintenant. Je voulais un bateau qui reprennent les côtés extraordinaires des IMOCA – performance, puissance, coque très planante, quille pendulaire -, tout en étant plus confortable pour l’équipage. Le cahier des charges du bateau, qui a été conçu pour huit personnes il y a 12 ans, était de pouvoir passer d’un mode plaisir à la voile à un mode cruising en l’espace d’un quart d’heure. Il est très convivial, avec un espace de vie assez unique. Il y a des toilettes, de l’eau sous pression, une douche chaude…Et pour le matossage, la structure cuisine/table à carte pivote d’un bord à l’autre. Le design intérieur est très novateur. 153 coussins, que l’on a ôté pour la course, donnent un caractère très original au bateau. A l’origine, l’idée était de faire une petite série de fast cruisers. Malheureusement, le succès n’a pas été au rendez-vous d’un point de vue commercial. J’ai donc décidé de l’utiliser pour de la course au large. On a effectué des modifications cette année pour le mettre en configuration solitaire. C’était un vrai challenge, que l’équipe a relevé !


Justement, as-tu déjà fait une transatlantique en solitaire à bord du bateau ? Jamais. C’est la première fois que le bateau va naviguer dans des conditions de mer aussi difficiles au près.


La météo s’annonce musclée au départ, dans quel état d’esprit es-tu ? Il y a forcément une appréhension. Mais qui n’en a pas en partant sur une course comme celle-là ? Il y a toujours une part de risque. On va essayer de le prendre de la manière la plus zen possible. On verra comment ça va se passer.


Outre la Méditerranée, tu soutiens une autre cause chère à tes yeux… Je suis parrain depuis de nombreuses années l’Alliance Syndrome de Dravet, association de familles d’enfants porteurs de cette maladie génétique rare provoquant de sévères crises d’épilepsie. On échange avant et après les courses. C’est important pour moi mais aussi pour le team d’avoir ce lien. Le petit bonheur que l’on peut apporter à ces enfants ne serait-ce qu’une demi-journée rend nos projets moins futiles. Le regard des enfants est important. J’emporte avec moi des dessins plastifiés réalisés par les enfants. C’est une motivation supplémentaire.

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