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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Antoine Auriol / TeamMalizia


37 IMOCA vont faire leur entrée ce mercredi à Saint-Malo, avec une parade qui débutera à partir de 15h. Cette 12e édition de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe réunit un plateau exceptionnel avec notamment sept bateaux neufs engagés. Michel Desjoyeaux, Yann Eliès, Alain Gautier et Vincent Riou livrent leur regard sur ce plateau et racontent des souvenirs de leurs participations à la transat en solitaire.


Michel Desjoyeaux (3 participations - vainqueur en 2002 en multicoque)


« Tout peut arriver sur ce sprint infernal »


Sur le plateau des IMOCA


« C’est une bonne nouvelle, le support IMOCA est sympa. L’économie de la voile se porte bien. Avec 38 bateaux, tu as un peu de tout, des bateaux neufs ou des machines bien fiabilisées avec des gens qui connaissent parfaitement la musique. Il y a beaucoup de bateaux de génération intermédiaires. Un plateau assez disparate mais il en faut pour tous les goûts… Du point de vue des marins, il y a des jeunes rafraîchissant comme Guirec Soudée ou Benjamin Ferré. Quand il y a du nombre, il n’y a pas que des régatiers et cela fait du bien. Sur le Rhum, le pronostic n’est jamais évident, car tout peut arriver sur ce sprint infernal : casse, fatigue extrême, météo capricieuse. Je vais suivre tout ça de près et je vais me régaler ! »


Souvenirs…


« Quand tu fais la Route du Rhum ou le Vendée Globe, tu te découvres une grande famille avec beaucoup de passionnés et un public large et nombreux. Il faut être très organisé et savoir se poser. La dernière semaine, il faut être à l’écoute de soi après avoir fait plaisir à tout le monde, se poser carrément. C’est la méthode Mich’ Desj’ ! J’ai une relation particulière avec le Rhum, je l’ai fait trois fois. Ma première Route du Rhum, en 2002, était avec Géant (trimaran Orma) et ce fut un parcours d’obstacles incroyable car nous avions mis à l’eau quelques jours avant le départ. Pour ma qualification, j’ai pris 55 nœuds et j’ai mis une demi-journée à découvrir qu’il n’y avait plus de dérive, plus de bras de liaison, et c’était une semaine avant l’obligation d’être à Saint-Malo. Nous avions mis à l’eau sous les projecteurs et rencontrés 45 nœuds dans la baie d’Audierne. Je me souviens d’être arrivé à Saint -Malo et d’entrer dans le bassin à 6h. Tous les bateaux étaient là, je me disais : « j’ai le droit d’en faire partie ! ». Ce fut un moment magique… L’arrivée en Guadeloupe est aussi un moment absolument magique. »


Yann Eliès (2 participations - 2e en 2018 – IMOCA)


« Pas d’erreur de casting entre les skippers et leur bateau »


Analyse du plateau


« C’est énorme, c’est du jamais vu sur une Route du Rhum, c’est l’âge d’or de la classe IMOCA. Il n’y a pas beaucoup d’erreurs de casting entre les skippers et leur bateau, on l’a vu sur la Vendée Arctique Les Sables d’Olonne. Ce qui est sympa, c’est qu’il y a encore de vrais aventuriers. C’est une classe qui arrive à regrouper différents types de participants : la crème de la crème des marins des temps modernes, l’aventurier, l’amateur éclairé. C’est enthousiasmant ! Les 7 bateaux neufs seront intéressants à suivre, mais ce qui est sûr c’est que ceux qui naviguent sur leur monture du Vendée Globe, je pense à Charlie Dalin notamment, auront à cœur de gagner et seront sans doute en meilleure posture pour le faire car ils connaissent parfaitement leur bateau. »


Souvenirs…


« Ma première image, c’est autour du bassin avec mon père. J’avais 8 ans. On flânait, on regardait les bateaux. Mon père était un compétiteur, il connaissait Philippe Poupon. Pour moi, c’était de l’ordre de l’imaginaire. Nous allions au large de Bréhat voir passer les bateaux, à la tombée de la nuit. Certains nous reconnaissaient et nous faisaient coucou. C’est toujours émouvant de voir les bateaux s’engouffrer dans la nuit, car on sait qu’il peut y avoir des drames en course au large…. Je me souviens également de la dureté de la semaine avant le départ. C’est comme si en tant que skipper, on entrait dans le village comme dans une arène. J’ai eu du mal à gérer tout cela en 2018. Dès que je descendais de mon appart’, j’avais peur. Ma première Route du Rhum en MOD70, j’ai le souvenir d’un soulagement total en arrivant en Guadeloupe. C’est beau, sauvage, il y a des odeurs mais tu sais que le défi physique n’est pas encore terminé car le contournement de l’île papillon est long. Tu n’as pas beaucoup dormi et il peut vite arriver une bêtise comme c’est arrivé à Alex Thomson ou Claude Bistoquet. La Route du Rhum, c’est probablement la course d’une vie, tellement de légendes et d'histoires y ont été écrites. »


Alain Gautier (3 participations, 2e en 1998 - multicoque)


« L'aspect esthétique à Saint-Malo est magique »


« C’est sûr que le plateau des IMOCA est largement plus impressionnant que lors de l’édition 1994 ! 1994, c’était la première année où il y avait de vrais IMOCA car la classe a été créée en 1991 avec notamment Isabelle Autissier et Christophe Auguin. A l’époque, je courais sur Bagages Superior. Il y avait Halvard Mabire, Jean Maurel, Yves Parlier (qui termine troisième et premier monocoque). Halvard Mabire avait perdu sa quille et avait chaviré. Comparativement, c’est incroyable ! Dans le bassin de Saint-Malo, l’aspect esthétique est magique : les bateaux sont alignés sur le même ponton, sur la même ligne. »


« Il va forcément y avoir des enjeux dans chaque catégorie d’IMOCA, tout le monde n’a pas les armes pour gagner. Chacun peut avoir son envie de faire mieux que les autres dans sa catégorie. Niveau qualification, cela reste important de finir la Route du Rhum, car elle apporte des milles pour ceux qui en ont besoin et une qualification éventuelle pour les bateaux neuf. Une fois que tu as coché cette case, tu te sens plus serein après. »


Souvenirs…


« La Route du Rhum a une place très importante à mes yeux car c’est à Saint-Malo que j’ai pris conscience à quel point c’était quelque chose de fort de partir en solitaire. Quand j’étais jeune, j’avais accompagné mon frère en 1978 qui partait sur un First 30. C’était fou ! J’avais croisé Mike Birch, tous les grands skippers de l’époque. Ces 10 jours à Saint-Malo ont été un déclic, car je n’étais pas forcément passionné de voile. Je me souviens d’avoir écouté la radio sous mon oreiller en pleine nuit pour ne pas faire de bruit dans la maison : un suspense de dingue entre Mike Birch et Michel Malinovski ! La légende du Rhum était bien née et mon envie d’y aller aussi… »


Vincent Riou (3 participations, 4e en 2018 – IMOCA)


« Le niveau a vraiment grimpé d'un cran »


Sur le plateau IMOCA


« Quelle belle classe ! Je connais bien le plateau car je suis beaucoup à Port-La-Forêt pour suivre les entraînements. Il y a vraiment de tout et c’est ce qui fait la beauté du plateau, sportivement, technologiquement et humainement. Le niveau a tout de même grimpé d’un cran avec des équipes conséquentes qui entourent les bateaux et les skippers. Il y a 15-20 équipes véritablement pro. Le succès du Vendée Globe fait que forcément des projets se sont montés avec des partenaires complètement investis. Il va y avoir du sport sur La Route du Rhum, ce sera passionnant ! »


Souvenirs…


« Ce qui est marquant, c’est le jour du départ. Comme tu ne navigues pas pendant 15 jours, il se passe une sorte de rupture. Tu passes de la lumière à l’ombre ! Plongé dans l’effervescence du village durant une longue période, tu te retrouves seul, tout seul. C’est assez étrange comme sensation, et beaucoup de skippers ont du mal à se mettre dans le bain, parfois même craquent complètement. Après la course folle dans l’Atlantique, le tour de la Guadeloupe est quelque chose d’incroyable et d’hyper stressant. C’est technique finalement, car tu passes très près de la terre, parfois à 50 m du rivage. Tu vois même les gens sur les terrasses ! Les skippers passent de l’océanique au côtier. Il ne faut pas s’endormir, rester vigilant jusqu’au canal des Saintes… »

  • 26 oct. 2022
  • 6 min de lecture

© Antoine Auriol / TeamMalizia


37 IMOCA vont faire leur entrée ce mercredi à Saint-Malo, avec une parade qui débutera à partir de 15h. Cette 12e édition de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe réunit un plateau exceptionnel avec notamment sept bateaux neufs engagés. Michel Desjoyeaux, Yann Eliès, Alain Gautier et Vincent Riou livrent leur regard sur ce plateau et racontent des souvenirs de leurs participations à la transat en solitaire.


Michel Desjoyeaux (3 participations - vainqueur en 2002 en multicoque)


« Tout peut arriver sur ce sprint infernal »


Sur le plateau des IMOCA


« C’est une bonne nouvelle, le support IMOCA est sympa. L’économie de la voile se porte bien. Avec 38 bateaux, tu as un peu de tout, des bateaux neufs ou des machines bien fiabilisées avec des gens qui connaissent parfaitement la musique. Il y a beaucoup de bateaux de génération intermédiaires. Un plateau assez disparate mais il en faut pour tous les goûts… Du point de vue des marins, il y a des jeunes rafraîchissant comme Guirec Soudée ou Benjamin Ferré. Quand il y a du nombre, il n’y a pas que des régatiers et cela fait du bien. Sur le Rhum, le pronostic n’est jamais évident, car tout peut arriver sur ce sprint infernal : casse, fatigue extrême, météo capricieuse. Je vais suivre tout ça de près et je vais me régaler ! »


Souvenirs…


« Quand tu fais la Route du Rhum ou le Vendée Globe, tu te découvres une grande famille avec beaucoup de passionnés et un public large et nombreux. Il faut être très organisé et savoir se poser. La dernière semaine, il faut être à l’écoute de soi après avoir fait plaisir à tout le monde, se poser carrément. C’est la méthode Mich’ Desj’ ! J’ai une relation particulière avec le Rhum, je l’ai fait trois fois. Ma première Route du Rhum, en 2002, était avec Géant (trimaran Orma) et ce fut un parcours d’obstacles incroyable car nous avions mis à l’eau quelques jours avant le départ. Pour ma qualification, j’ai pris 55 nœuds et j’ai mis une demi-journée à découvrir qu’il n’y avait plus de dérive, plus de bras de liaison, et c’était une semaine avant l’obligation d’être à Saint-Malo. Nous avions mis à l’eau sous les projecteurs et rencontrés 45 nœuds dans la baie d’Audierne. Je me souviens d’être arrivé à Saint -Malo et d’entrer dans le bassin à 6h. Tous les bateaux étaient là, je me disais : « j’ai le droit d’en faire partie ! ». Ce fut un moment magique… L’arrivée en Guadeloupe est aussi un moment absolument magique. »


Yann Eliès (2 participations - 2e en 2018 – IMOCA)


« Pas d’erreur de casting entre les skippers et leur bateau »


Analyse du plateau


« C’est énorme, c’est du jamais vu sur une Route du Rhum, c’est l’âge d’or de la classe IMOCA. Il n’y a pas beaucoup d’erreurs de casting entre les skippers et leur bateau, on l’a vu sur la Vendée Arctique Les Sables d’Olonne. Ce qui est sympa, c’est qu’il y a encore de vrais aventuriers. C’est une classe qui arrive à regrouper différents types de participants : la crème de la crème des marins des temps modernes, l’aventurier, l’amateur éclairé. C’est enthousiasmant ! Les 7 bateaux neufs seront intéressants à suivre, mais ce qui est sûr c’est que ceux qui naviguent sur leur monture du Vendée Globe, je pense à Charlie Dalin notamment, auront à cœur de gagner et seront sans doute en meilleure posture pour le faire car ils connaissent parfaitement leur bateau. »


Souvenirs…


« Ma première image, c’est autour du bassin avec mon père. J’avais 8 ans. On flânait, on regardait les bateaux. Mon père était un compétiteur, il connaissait Philippe Poupon. Pour moi, c’était de l’ordre de l’imaginaire. Nous allions au large de Bréhat voir passer les bateaux, à la tombée de la nuit. Certains nous reconnaissaient et nous faisaient coucou. C’est toujours émouvant de voir les bateaux s’engouffrer dans la nuit, car on sait qu’il peut y avoir des drames en course au large…. Je me souviens également de la dureté de la semaine avant le départ. C’est comme si en tant que skipper, on entrait dans le village comme dans une arène. J’ai eu du mal à gérer tout cela en 2018. Dès que je descendais de mon appart’, j’avais peur. Ma première Route du Rhum en MOD70, j’ai le souvenir d’un soulagement total en arrivant en Guadeloupe. C’est beau, sauvage, il y a des odeurs mais tu sais que le défi physique n’est pas encore terminé car le contournement de l’île papillon est long. Tu n’as pas beaucoup dormi et il peut vite arriver une bêtise comme c’est arrivé à Alex Thomson ou Claude Bistoquet. La Route du Rhum, c’est probablement la course d’une vie, tellement de légendes et d'histoires y ont été écrites. »


Alain Gautier (3 participations, 2e en 1998 - multicoque)


« L'aspect esthétique à Saint-Malo est magique »


« C’est sûr que le plateau des IMOCA est largement plus impressionnant que lors de l’édition 1994 ! 1994, c’était la première année où il y avait de vrais IMOCA car la classe a été créée en 1991 avec notamment Isabelle Autissier et Christophe Auguin. A l’époque, je courais sur Bagages Superior. Il y avait Halvard Mabire, Jean Maurel, Yves Parlier (qui termine troisième et premier monocoque). Halvard Mabire avait perdu sa quille et avait chaviré. Comparativement, c’est incroyable ! Dans le bassin de Saint-Malo, l’aspect esthétique est magique : les bateaux sont alignés sur le même ponton, sur la même ligne. »


« Il va forcément y avoir des enjeux dans chaque catégorie d’IMOCA, tout le monde n’a pas les armes pour gagner. Chacun peut avoir son envie de faire mieux que les autres dans sa catégorie. Niveau qualification, cela reste important de finir la Route du Rhum, car elle apporte des milles pour ceux qui en ont besoin et une qualification éventuelle pour les bateaux neuf. Une fois que tu as coché cette case, tu te sens plus serein après. »


Souvenirs…


« La Route du Rhum a une place très importante à mes yeux car c’est à Saint-Malo que j’ai pris conscience à quel point c’était quelque chose de fort de partir en solitaire. Quand j’étais jeune, j’avais accompagné mon frère en 1978 qui partait sur un First 30. C’était fou ! J’avais croisé Mike Birch, tous les grands skippers de l’époque. Ces 10 jours à Saint-Malo ont été un déclic, car je n’étais pas forcément passionné de voile. Je me souviens d’avoir écouté la radio sous mon oreiller en pleine nuit pour ne pas faire de bruit dans la maison : un suspense de dingue entre Mike Birch et Michel Malinovski ! La légende du Rhum était bien née et mon envie d’y aller aussi… »


Vincent Riou (3 participations, 4e en 2018 – IMOCA)


« Le niveau a vraiment grimpé d'un cran »


Sur le plateau IMOCA


« Quelle belle classe ! Je connais bien le plateau car je suis beaucoup à Port-La-Forêt pour suivre les entraînements. Il y a vraiment de tout et c’est ce qui fait la beauté du plateau, sportivement, technologiquement et humainement. Le niveau a tout de même grimpé d’un cran avec des équipes conséquentes qui entourent les bateaux et les skippers. Il y a 15-20 équipes véritablement pro. Le succès du Vendée Globe fait que forcément des projets se sont montés avec des partenaires complètement investis. Il va y avoir du sport sur La Route du Rhum, ce sera passionnant ! »


Souvenirs…


« Ce qui est marquant, c’est le jour du départ. Comme tu ne navigues pas pendant 15 jours, il se passe une sorte de rupture. Tu passes de la lumière à l’ombre ! Plongé dans l’effervescence du village durant une longue période, tu te retrouves seul, tout seul. C’est assez étrange comme sensation, et beaucoup de skippers ont du mal à se mettre dans le bain, parfois même craquent complètement. Après la course folle dans l’Atlantique, le tour de la Guadeloupe est quelque chose d’incroyable et d’hyper stressant. C’est technique finalement, car tu passes très près de la terre, parfois à 50 m du rivage. Tu vois même les gens sur les terrasses ! Les skippers passent de l’océanique au côtier. Il ne faut pas s’endormir, rester vigilant jusqu’au canal des Saintes… »

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