- 15 nov. 2022
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Martin Le Pape.
[Les mots du large] Un leader, Yoann Richomme (Paprec Arkea) qui creuse les écarts sur une meute de poursuivants lâchée à ses trousses à travers les Açores, et quelques dissidents qui plongent au Sud, pour certains diminués par des avaries sérieuses, la course prend une nouvelle tournure après 6 jours de mer. Sur l’échiquier Atlantique, chacun pose ses pions avec l’espoir tenace de naviguer vers des jours meilleurs. Retour sur les mots d’hier qui en disent long sur le niveau d’exigence d’une traversée rythmée par d’impitoyables passages de fronts.
Antoine Carpentier (Redman) : « je fonce à travers les Açores » « Cette première semaine de course ne nous aura pas épargnés. Hier après-midi j ai eu mon premier vrai souci. Mon câble de j2 ( la voile d’avant de gros temps ) s’est cassée heureusement je m’en suis rendu compte avant qu'il ne se rompt complètement. Ce qui m’a permis de ranger la voile sans perdre trop de temps. Par contre, ça m’oblige à prendre la route Sud dès aujourd’hui. Dans mon malheur, je pense que c’est ce qu’il faut faire pour rallier l’arrivée le plus rapidement possible. Je n ai perdu que très peu de temps comparé à s il s était rompu hier matin. J’ai l'impression que ce dernier front passé a été le plus costaud des trois que nous avons passés. Le vent était très instable en force et en direction. On a eu des rafales jusqu’à 38 nœuds et un vent moyen de 30 noeuds ! Des vagues dans un sens et une houle dans un autre sens. Je m’étais positionné le plus au Sud possible pour être le plus épargné et malgré cela j’ai subi de la casse. Ceci dit les bateaux qui étaient restés au Nord ont eu de plus grosses avaries que moi. Une pensée pour François (Jambou) qui a démâté. Et Matthieu (Perraut) qui n’a pas l’air d avancer très vite. Actuellement, je fonce à travers les îles des Acores avec pour objectif de trouver un passage pour rejoindre les alizés. »
Martin Le Pape (Fondation Stargardt) : “c’est la guerre” « C’est la galère. C’est la guerre de chez la guerre. Il y a 40 nœuds. J’ai trois ris dans la Grand Voile, sous J2. On se fait défoncer par les vagues. J’ai fissuré une varangue. J’ai eu l’architecte, il dit que ça va passer. Il faudra que je répare plus tard mais là, c’est l’enfer. Je n’ai jamais vu ça. Il est temps que ça se termine. »
Xavier Macaire (Groupe SNEF) : "j'ai décidé de la jouer très safe" « J'étais content d’être en tête hier matin et la nuit d’avant. J’ai réussi à bien me positionner et passer les premiers fronts bien comme il faut, c’était chouette, ça m’a bien motivé pour ce début de course ! Cette nuit c’était un peu plus dur, troisième dépression, troisième front à passer. Ça s’annonçait vraiment musclé, j’ai donc décidé de la jouer très safe, j’ai bien réduit la toile et anticipé mes manoeuvres, c’est passé sans encombre. Par contre je ne suis pas très content, j’ai perdu un peu, je n’étais pas très bien positionné, pas très rapide. Mais l’essentiel c’est que le bateau et le bonhomme vont bien ! Il reste encore un bon bout de chemin, j’ai bien hâte qu’on puisse prendre le portant et retrouver le soleil car on a déjà traversé trois dépressions, ça secoue pas mal ! Petit truc embêtant depuis le deuxième jour de course : mon aérien a lâché. J’en avais un de spare mais il n’a pas tenu non plus, donc je navigue sans anémomètre et sans aérien, c’est handicapant notamment pour le pilote automatique. Si la mer se calme, je pourrai peut-être intervenir en haut du mât et essayer de le changer, j’en ai un autre à bord. On verra ça plus tard, là la mer est démontée, il y a 3 à 4 mètres de houle donc ce n’est pas le moment de faire ça. »
Emmanuel Le Roch (Edenred) : “me voilà sorti de la tranchée !” "Ça y est, me voilà sorti de la tranchée ! Le front a été long à traverser ! La mer a été plus gênante que le vent finalement. Heureusement car nos bateaux détestent cette mer croisée. À chaque vague, tu as l’impression que ton bateau se détruit sous tes pieds. À priori pas de bobos sur le bateau même si je n’ai pas encore fait un tour détaillé du bateau car ça secoue encore beaucoup. Mais je suis content que ça se termine ce coup de vent !! J’avais bien anticipé le sommeil avant car ça été une nuit blanche et aujourd’hui aussi. Je crois qu'il va être temps d’aller faire une petite sieste !”
Marc Lespequeux (CURIUM Life forward) : “vivement l’alizé” “Je suis sous J2 et GV 1 ris au près avec le mode barre cad barre attachée. Le soleil permet de recharger les batteries. J'ai un alternateur qui ne charge plus depuis le front et pas des quantités de gasoil dingues, il doit me rester 30 l. Il y a un peu plus de vent et c'est surprenant mais c'est plus confortable. Sur nos scows, il faut naviguer sur la tranche pour aller vite et moins taper. Cela tape moins mais tu es sur la tranche... Les nordistes ont viré en partie. Il semble qu'un n'ait pas une route normale. J'ai Ian Lipinski (Crédit Mutuel) qui se rabat sur moi, certainement à cause de son J2 et Cédric Chateau (Sogestran-Seafrigo) qui glisse au 170. On va essayer de traverser sans aérien avec l'espoir de le retrouver moins fou au portant et dans de la mer plus tranquille. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Cette option, c’était pour préserver le bateau et un peu le matos. Elle doit me coûter près de 24h sauf si l'anticyclone des Bermudes glisse vers les Açores et englue les nordistes, ce qui est peu probable. Côté sanitaire, ma gorge va un peu mieux. Vivement l'alizé mais il va falloir patienter 3 jours sauf erreur. Sinon, j’ai discuté avec Armel Le Cléac’h qui est passé ce 1 mille devant moi à 27 nds. Pas facile de discuter longtemps ! C'était sympa.”
Mikael Mergui (Centrakor), arrivé à La Corogne : “J’avais de l’eau jusqu’aux chevilles” « J’ai eu mon petit lot d’avaries depuis le départ de Saint-Malo. La dernière en date était une cloison abîmée que j'aurais pu réparer en mer. Mais elle était démontée et les chocs étaient si violents que ça a cassé les supports des batteries et détruit une vanne de ballast. Elle s'est vidée dans le bateau à l'arrière…. Ça tapait très fort, j'avais de l'eau jusqu’aux chevilles avec environ 750 litres de flotte dans le bateau. J'ai voulu mettre la pompe de cale en route mais elle recrachait l'eau à l’intérieur. (...) Je ne vais pas faire venir mon équipe car ça fait loin de la Méditerranée, mais les équipes de la Boulangère et Lalou Multi sont sur place. J’espère pouvoir repartir jeudi avec une météo qui ne s’annonce pas trop mal : on pourrait glisser le long des côtes du Portugal et peut-être attraper les alizés au niveau de Madère. Il est certain que mon objectif sportif s’éloigne mais je me concentre désormais sur le fait de terminer la course. Ce n’est pas un échec et j'essaie de prendre la situation avec philosophie. Je m'étais dit que la prochaine fois que je poserai le pied sur terre c'est en Guadeloupe avec un Ti Punch à la main, ça reste un objectif mais décalé dans le temps ! ».
