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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Jean-Louis Carli #RDR2022


Le dénouement approche pour les leaders dans la catégorie Rhum ! Respectivement en tête en Rhum Multi et en Rhum Mono, Gilles Buekenhout (JESS) et Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice) sont en effet attendus ce jeudi soir à Pointe-à-Pitre pour le premier, probablement au petit matin samedi pour le second. En revanche, pour la queue de flotte, comme pour les poursuivants du skipper niçois, la donne est différente et la ligne d’arrivée encore très lointaine.


Solidement installé aux commandes de la course en Rhum Multi depuis la sortie du golfe de Gascogne, Gilles Buekenhout, très proche de la route directe, devrait se présenter en vainqueur de sa catégorie sur la ligne d’arrivée dans la nuit de jeudi à vendredi à Pointe-à-Pitre. En effet, il ne restait plus que 339,2 milles à parcourir au skipper belge en fin de matinée ce mercredi. Loin de se laisser aller à l’euphorie, ce dernier, qui navigue dans un alizé toujours instable accompagné de nombreux grains, se concentre sur sa fin de course. "La belle JESS en a assez de se faire baffer les joues gauche et droite selon les humeurs de cet océan mal rangé ! Quelques grains cette nuit, dont un très copieux à plus de 38 nœuds ! JESS pousse de ses étraves dans un bouillon d'écume qui submerge le pont. On est à 170 degrés du vent. On ne peut plus grand chose qu'attendre que le grain passe mais c'est long car vous avancez avec lui à 22-25 nœuds ...... L'anemo commence à diminuer, ouf il s'éloigne. Je suis trempé à la barre ... Réduire, être sous-toilé... JESS continue sa danse sur ses flots en déployant ses ailes aux vents qui reviennent à plus de gentillesse», écrivait-il ce matin. Dans son sillage, la bataille fait toujours rage au sein du petit groupe de cinq catamarans, composé de Lodigroup, We Explore, Metarom MG5, GDD et Guyader – Savéol. Sur Lodigroup, Loïc Escoffier est clairement passé à l’attaque. Après un petit recalage cette nuit, le malouin déboule dans le sud de la flotte et semble bien vouloir contester l'hégémonie du leader ; une offensive délibérée qui pourrait rebattre les cartes et ouvrir un nouveau chapitre hitchcockien sur cette fin de course.


Joint à la vacation de ce matin, Gwen Chapalain (Guyader – Savéol), qui s’est un peu fait décrocher par ses camarades de jeu, confiait avoir hâte d’arriver. «L’alizé est très compliqué, avec des grains. C’est stressant même si on s’amuse bien avec les autres catamarans. J’ai raté un petit truc au passage du front. Mes bouts de lattes sont partis. J’ai perdu un peu de temps et après, quand on a contourné l’anticyclone, j’étais chasseur donc j’ai pris un petit peu de risques. Ils m’ont décroché un peu mais c’est vraiment sympa et de bon augure pour que l’on continue à faire de la régate ensemble», a-t-il expliqué. Malgré tout, ce dernier est satisfait de la route qu’il trace depuis la nuit dernière. Avant d’ajouter : «Il y a vraiment des compromis. Marc Guillemot navigue assez bas et ça lui va assez bien. Pour l’instant, je ne me concentre pas trop sur ce qu’ils font. Je fais ma route et on verra bien comment ça se passe. Autrement, soit je vais être suiveur, soit je vais prendre des risques de chasseur, ce que j’avais fait l’autre jour. J’avais mis le curseur risque un peu trop fort. Mon principal boulot, c’est de terminer, ce qui n’est pas encore le cas».


Toujours en tête en Rhum Mono, Jean-Pierre Dick, positionné le plus proche de l’orthodromie, savoure ses derniers jours en mer et espère s’adjuger enfin sa première grande victoire en solitaire sur la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. «On est à deux jours et demi de l’arrivée à la tête à l’Anglais, l’alizé est là. Je suis bien positionné. Si tout se passe bien, je dois remporter cette course», a déclaré le skipper niçois à la vacation de ce matin. «Hier, il y avait pas mal de vent, on allait assez vite. Aujourd’hui il va falloir gérer la décroissance du vent, passer de voiles à un peu plus petites à des voiles un peu plus grandes. Ça va nécessiter des manœuvres, et générer éventuellement de la fatigue. Il ne va pas falloir d'erreurs, faire les choses une par une et naviguer en bon marin. Le fait de faire office de favori et de faire course en tête rajoute un peu de pression mais l’expérience fait aussi que l’on sait calmer le jeu. J’ai eu la chance d’avoir aussi d’autres premières places océaniques, surtout sur des courses en double comme la Barcelona World Race ou la Transat Jacques Vabre. Ça évite de ne pas être complètement excité par la victoire», a ajouté celui qui était le plus rapide de la flotte à la mi-journée. Comme la majorité des autres bateaux, sa progression sera néanmoins ralentie par la faiblesse de l’alizé mais aussi par son instabilité, qui forcera les marins à tirer encore de nombreux bords. Selon les prévisionnistes de Météo Consult, l’alizé de secteur est nord-est oscillera en effet entre 6 et 15 nœuds, avec des risques de molles notables en raison du passage assez lent de dépressions qui circuleront à l’intérieur. Dans ce contexte météorologique, les marins devront éviter de se rapprocher de l’orthodromie, ce qui les contraindra à rallonger leur route.


Si l’arrivée est proche pour Jean-Pierre Dick, c’est loin d’être le cas pour le gros de la flotte des Rhum Mono. A plus de 1000 derrière le leader, Olivier Nemsguern (ELORA), qui touche un vent plus régulier depuis deux jours, envisage une arrivée d’ici dix jours, après la fermeture de la ligne dimanche 4 décembre. «Le bateau est mieux toilé et glisse bien, c’est très agréable. Je suis en train de me recaler dans le sud pour éviter la molle qui descend du nord. Pas de nouvelle avarie à déplorer et physiquement, j’ai bien récupéré avant la dernière ligne droite. Je suis encore loin d’être arrivé. D’ici dix jours j’imagine, étant donné que les prévisions annoncent un vent un peu faiblard autour de 15 nœuds pour la dernière semaine».


**Ils ont dit : ** Gilles Buekenhout (JESS): «Bonjour à tous. Mon super iridium CERTUS 200 acheté pour la course est déjà HS !!! Fini les photos du matin ou du soir, désolé. Je propose qu'on aille voir ces messieurs de THALES, qui soit dit en passant, assurent notre défense militaire, pour leur faire part que leur matos est nul, coûteux, pas ergonomique. Bref, je ne suis pas content ! J’ai passé 3 heures de ma nuit à essayer de rebooter leur machin, self test, etc, pour voir un message disant que l'antenne est en mode "failure". Or, elle capte bien les satellites, il s'agit plutôt de leur programmation interne qui merdouille... Et ça, je ne suis pas informaticien. Bref ça m'a bien pourri la nuit ! Sinon, la belle JESS en a assez de se faire baffer les joues gauche et droite selon les humeurs de cet océan mal rangé ! Quelques grains cette nuit dont un très copieux à plus de 38 nœuds ! JESS pousse de ses étraves dans un bouillon d'écume qui submerge le pont. On est à 170 du vent, on ne peut plus grand chose, qu'attendre que le grain passe mais c'est long car vous avancez avec lui à 22-25 noeuds ...... l'anemo commence à diminuer ouf il s'éloigne, trempé à la barre ... réduire, être sous toilé en croisière oui en course ..., JESS continue sa danse sur ses flots en déployant ses ailes aux vents qui reviennent à plus de gentillesse. A dans quelques heures, demain matin je pense ! Gilles & JESS.»


Philippe Poupon (Flo) : “Flux de vent constant qui se situe entre l’anticyclone des Açores et le système de basse pression du Pot-au-Noir près de l’Equateur. Si le Pot-au-Noir est assez stable, l’anticyclone est mouvant en latitude et en longitude, soumis aux dépressions de l’Atlantique Nord. Voilà pour l’explication technique. Nous y voilà sur l’autoroute, avec des vents variés en force et des grains orageux apportant pluie et vent. Les variantes de direction sont faibles. On a choisi de se placer pour garder le meilleur vent, frôler sa bordure nord est souvent payante. Mais attention, à l’affaiblissement du vent si l’anticyclone se met à descendre. En multicoque, rien de paisible quand le vent se situe entre 25 et 30 nœuds de vent réel. La mer est formée et votre boîte à deux ou trois coques ne demande qu’à s’emballer. Survitesse en descendant une belle vague. Arrivé au creux de la vague, le flotteur sous le vent doit avec son volume le faire ressortir. On sent ce coup de frein quand le flotteur enfourne. Où se situe la limite? Dans l’appréciation du capitaine qui, avec son expérience, connaît son bateau dans ce genre de conditions. A partir de 25 nœuds de vent, on serre les fesses, et quand le bateau passe les 25 nœuds de vitesse avec des pointes à 27-28 et plus, et bien on file de l’huile, (expression maritime. Au XIXe siècle, les navires et notamment les baleiniers et phoquiers se servaient de l’huile à bord pour cuisiner et s’éclairer, mais aussi pour calmer les mers déchaînées selon la légende ). On est dans le cockpit avec l’écoute et la télécommande dans l’autre main. C’est un sport dangereux, il ne faut pas le nier. Quelles peuvent en être les conséquences? C’est simple. Un enfournement par l’avant? Un peu de chance et le bateau va s’arrêter et s’asseoir gentiment avec une forte poussée d’adrénaline. L’autre cas beaucoup plus dramatique est que le bateau passe cul par-dessus tête. On dit “mettre la cabane sur le chien”, expression qui doit venir de la vallée des fous. Evidemment, ce n’est pas vers quoi on veut aller. C’est notre angoisse. Et présentement, malgré l’expérience et quelques heures sur ce genre de bateau, et bien oui, j’ai la boule au ventre quand il part en survitesse avec ce flotteur qui enfourne. Voilà expliquée la peur des skippers des multicoques. Il paraît que les Ultim 32/23 peuvent marcher à 40 nœuds avec une stabilité incroyable grâce à leurs foils, et qu’au lieu d’enfourner, ils ont plutôt tendance à se cabrer. Génial ! Je suis admiratif des skippers des Ocean Fifty, plus petits que mon 60 pieds. Des bombasses ! Je ne sais pas si leurs foils rendent leur bateau plus stable. Mais vu leur vitesse sur cette course, je pense que ça n’a pas dû être de tout repos. Chapeau bas les mecs ! Perso, on va faire attention. Pas de prise de risque à l’heure qu’il est. On reste vigilant et on surveille les grains. Evidemment, je ne vous ai pas parlé de la nuit où tous les chats sont noirs et seul le radar nous informe d’un gros grain qui arrive. Sympa la vie de marin ! Les skippers de monocoques ont moins cette angoisse. Leur bateau peut partir au lof et mât dans l’eau avec une voile déchirée. Les bateaux sont conçus pour se redresser. Les skippers de monocoques ont moins cette angoisse. Le bateau peut partir au lof et mât. Bon vent à tous et soyez prudents sur l’autoroute des alizés. Philippe Poupon, skipper du FLO.


Olivier Nemsguern (ELORA): « C’est vraiment sympa à bord depuis 48h avec un vent plus régulier. Le bateau est mieux toilé et glisse bien, c’est très agréable. Je suis en train de me recaler dans le sud pour éviter la molle qui descend du nord. Pas de nouvelle avarie à déplorer et physiquement, j’ai bien récupéré avant la dernière ligne droite. Je suis encore loin d’être arrivé. D’ici dix jours j’imagine, étant donné que les prévisions annoncent un vent un peu faiblard autour de 15 nœuds pour la dernière semaine. A cet égard, la date de clôture de la ligne a bien été repoussée de trois jours pour tenir compte du décalage du départ ? A bientôt. Olivier.»


Halvard Mabire (GDD): “Bonjour. Je n’en suis pas encore là mais on me demande de parler du Tour de la Guadeloupe qui précède l'arrivée. Ce doit être d'actualité avec les arrivées massives des IMOCA, avec évidemment quelques Class40 parmi eux. Ceux dont les parents leur ont fait sauter une classe car le programme qu'on voulait leur faire suivre n'était pas assez rapide pour eux. Le parcours de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe ne comporte essentiellement que trois marques dont une bouée à Fréhel. Après vous allez où vous voulez, ou plutôt où vous pouvez, mais vous devez laisser ensuite le caillou de la Tête à l'Anglais, situé à la pointe nord-ouest de la Guadeloupe, à bâbord (sur votre gauche) et ensuite laisser à tribord une bouée gonflable (bien plus souvent franchement gonflante, d'ailleurs) située devant Basse-Terre. Autrement dit, le parcours de la Route du Rhum n'est pas très logique, car la route directe consisterait à viser la pointe sud-est de la Guadeloupe pour arriver ensuite directement à Pointe-à-Pitre. Mais voilà, comme le nom de la course est aussi "Destination Guadeloupe", les gentils organisateurs ont par conséquent décidé que les concurrents devaient faire un peu de tourisme et découvrir la belle île de Basse-Terre vue de la mer (à part que la nuit on ne voit rien). Signalons au passage que Basse-Terre, comme son nom ne l'indique pas, est beaucoup, beaucoup plus haute que Grande-Terre. Mais les noms de lieux obéissent souvent plus à des logiques administratives que géographiques, et c'est pour ça qu'ils sont si souvent illogiques. Donc côté tourisme, il faut reconnaître que c'est beau et la Direction de Course n'a pas tort de nous faire passer par là. D'autant plus que la nouvelle génération de skippers ne vient plus pour voyager ou pour découvrir des horizons nouveaux, mais uniquement pour en découdre sur l'eau et que bien souvent la ligne d'arrivée sitôt franchie, ils sautent dans un avion pour répondre aux diverses obligations de la plus grande urgence qui les attendent à la "capitale" (qui peut être aussi bien Paris que Port-La-Forêt ou Lorient). Donc, si ça se trouve, ils ne verraient même pas ce côté de la Guadeloupe si le parcours ne les faisait pas passer par là. Par contre, côté course c'est une autre histoire! Ou comment éventuellement chambouler un classement et remettre en cause tous les efforts fournis pendant toute la traversée de l'Atlantique, ce qui n'est pas rien tout de même. En effet, comme mentionné ci-dessus, cette partie de la Guadeloupe est très haute et en nous obligeant à passer sous le vent il est évident que l'on ne risque pas d'avoir une bonne petite brise régulière qui va tranquillou nous pousser jusqu'à la ligne d'arrivée. En fait, passé la Tête à l'Anglais, c'est carrément une autre course qui commence, bien plus aléatoire que la transat que l'on vient de se cogner. Et en plus, on a déjà quelques milles dans les pattes et on ne peut pas dire que l'on est dans la meilleure forme pour aborder ce tronçon. Un tronçon où pourtant une vigilance permanente sera de mise pour aller chercher les moindres souffles d'air qui arriveront de n'importe où et souffleront dans n'importe quelle direction. Bref, il y a un petit côté loterie qui fait que lorsque l'on passe ce tour de Guadeloupe "comme une lettre à la poste" (en tous cas c'était comme ça "dans le temps", maintenant elles ont du mal à passer les lettres à la Poste), le premier truc à faire est peut-être de demander à votre femme ce qu'elle faisait pendant que vous étiez sur l'eau. Car une veine de cocu sera certainement plus utile que des fichiers de vent ou des logiciels de navigation pour parcourir cette trentaine de milles avant la bouée de Basse-Terre. Marque "trop loin", ou en tous cas toujours trop près de terre. Passé la fameuse bouée , vous avez intérêt à avoir encore un peu d'énergie en réserve, car on n'est pas loin du Canal des Saintes, et là, pas de surprise, normalement on est au près et éventuellement on peut en prendre plein la gueule. Le(s)Ti-Punch de l'arrivée se mérite(nt). Mais moi je n'en suis pas encore là. Ce ne sera pas avant vendredi soir, au mieux, et d'ici là ils auront peut être eu le temps de raboter la Soufrière (Attention il y en a qui en seraient capables!, il y a bien des cons qui ont commencé à remblayer la Grande Rade de Cherbourg.) A bientôt.


Laurent Eitheimer (Happy) : «Après un départ venté et pluvieux, nous voilà vraiment dans les alizés. Chaud, beau (sans grains depuis deux jours) : un vent soutenu d’est nord-est. Une grande houle et des fréquents départ au surf, au début, c’est impressionnant. On se demande si cela ne va pas se finir par un planté phénoménal dans le creux de la vague, mais non, tout se termine bien les flotteurs type hobbie cat de Happy. On tendance à faire remonter l’étrave. Comme m’a dit un célèbre constructeur trinitain le jour du départ pour Saint-Malo, c’est une pirogue ce bateau ou plutôt trois pirogue relié ensemble. Pas faux. Pour l’instant, on fait marcher la Pirogue du mieux possible afin de ne pas passer pour un jambon vis-à-vis des bateaux les plus proche de Happy en conception et année de construction nous sommes quatre à faire la route du Rhum Moxie – Bati Amor, Acapella – La Chaîne de l’Espoir et l’Aile Bleue (Château du Launay, ndlr). Encore une petite dizaine de jours de course. Bonne journée. Envoyé d’Happy.»

  • 23 nov. 2022
  • 11 min de lecture

© Jean-Louis Carli #RDR2022


Le dénouement approche pour les leaders dans la catégorie Rhum ! Respectivement en tête en Rhum Multi et en Rhum Mono, Gilles Buekenhout (JESS) et Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice) sont en effet attendus ce jeudi soir à Pointe-à-Pitre pour le premier, probablement au petit matin samedi pour le second. En revanche, pour la queue de flotte, comme pour les poursuivants du skipper niçois, la donne est différente et la ligne d’arrivée encore très lointaine.


Solidement installé aux commandes de la course en Rhum Multi depuis la sortie du golfe de Gascogne, Gilles Buekenhout, très proche de la route directe, devrait se présenter en vainqueur de sa catégorie sur la ligne d’arrivée dans la nuit de jeudi à vendredi à Pointe-à-Pitre. En effet, il ne restait plus que 339,2 milles à parcourir au skipper belge en fin de matinée ce mercredi. Loin de se laisser aller à l’euphorie, ce dernier, qui navigue dans un alizé toujours instable accompagné de nombreux grains, se concentre sur sa fin de course. "La belle JESS en a assez de se faire baffer les joues gauche et droite selon les humeurs de cet océan mal rangé ! Quelques grains cette nuit, dont un très copieux à plus de 38 nœuds ! JESS pousse de ses étraves dans un bouillon d'écume qui submerge le pont. On est à 170 degrés du vent. On ne peut plus grand chose qu'attendre que le grain passe mais c'est long car vous avancez avec lui à 22-25 nœuds ...... L'anemo commence à diminuer, ouf il s'éloigne. Je suis trempé à la barre ... Réduire, être sous-toilé... JESS continue sa danse sur ses flots en déployant ses ailes aux vents qui reviennent à plus de gentillesse», écrivait-il ce matin. Dans son sillage, la bataille fait toujours rage au sein du petit groupe de cinq catamarans, composé de Lodigroup, We Explore, Metarom MG5, GDD et Guyader – Savéol. Sur Lodigroup, Loïc Escoffier est clairement passé à l’attaque. Après un petit recalage cette nuit, le malouin déboule dans le sud de la flotte et semble bien vouloir contester l'hégémonie du leader ; une offensive délibérée qui pourrait rebattre les cartes et ouvrir un nouveau chapitre hitchcockien sur cette fin de course.


Joint à la vacation de ce matin, Gwen Chapalain (Guyader – Savéol), qui s’est un peu fait décrocher par ses camarades de jeu, confiait avoir hâte d’arriver. «L’alizé est très compliqué, avec des grains. C’est stressant même si on s’amuse bien avec les autres catamarans. J’ai raté un petit truc au passage du front. Mes bouts de lattes sont partis. J’ai perdu un peu de temps et après, quand on a contourné l’anticyclone, j’étais chasseur donc j’ai pris un petit peu de risques. Ils m’ont décroché un peu mais c’est vraiment sympa et de bon augure pour que l’on continue à faire de la régate ensemble», a-t-il expliqué. Malgré tout, ce dernier est satisfait de la route qu’il trace depuis la nuit dernière. Avant d’ajouter : «Il y a vraiment des compromis. Marc Guillemot navigue assez bas et ça lui va assez bien. Pour l’instant, je ne me concentre pas trop sur ce qu’ils font. Je fais ma route et on verra bien comment ça se passe. Autrement, soit je vais être suiveur, soit je vais prendre des risques de chasseur, ce que j’avais fait l’autre jour. J’avais mis le curseur risque un peu trop fort. Mon principal boulot, c’est de terminer, ce qui n’est pas encore le cas».


Toujours en tête en Rhum Mono, Jean-Pierre Dick, positionné le plus proche de l’orthodromie, savoure ses derniers jours en mer et espère s’adjuger enfin sa première grande victoire en solitaire sur la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. «On est à deux jours et demi de l’arrivée à la tête à l’Anglais, l’alizé est là. Je suis bien positionné. Si tout se passe bien, je dois remporter cette course», a déclaré le skipper niçois à la vacation de ce matin. «Hier, il y avait pas mal de vent, on allait assez vite. Aujourd’hui il va falloir gérer la décroissance du vent, passer de voiles à un peu plus petites à des voiles un peu plus grandes. Ça va nécessiter des manœuvres, et générer éventuellement de la fatigue. Il ne va pas falloir d'erreurs, faire les choses une par une et naviguer en bon marin. Le fait de faire office de favori et de faire course en tête rajoute un peu de pression mais l’expérience fait aussi que l’on sait calmer le jeu. J’ai eu la chance d’avoir aussi d’autres premières places océaniques, surtout sur des courses en double comme la Barcelona World Race ou la Transat Jacques Vabre. Ça évite de ne pas être complètement excité par la victoire», a ajouté celui qui était le plus rapide de la flotte à la mi-journée. Comme la majorité des autres bateaux, sa progression sera néanmoins ralentie par la faiblesse de l’alizé mais aussi par son instabilité, qui forcera les marins à tirer encore de nombreux bords. Selon les prévisionnistes de Météo Consult, l’alizé de secteur est nord-est oscillera en effet entre 6 et 15 nœuds, avec des risques de molles notables en raison du passage assez lent de dépressions qui circuleront à l’intérieur. Dans ce contexte météorologique, les marins devront éviter de se rapprocher de l’orthodromie, ce qui les contraindra à rallonger leur route.


Si l’arrivée est proche pour Jean-Pierre Dick, c’est loin d’être le cas pour le gros de la flotte des Rhum Mono. A plus de 1000 derrière le leader, Olivier Nemsguern (ELORA), qui touche un vent plus régulier depuis deux jours, envisage une arrivée d’ici dix jours, après la fermeture de la ligne dimanche 4 décembre. «Le bateau est mieux toilé et glisse bien, c’est très agréable. Je suis en train de me recaler dans le sud pour éviter la molle qui descend du nord. Pas de nouvelle avarie à déplorer et physiquement, j’ai bien récupéré avant la dernière ligne droite. Je suis encore loin d’être arrivé. D’ici dix jours j’imagine, étant donné que les prévisions annoncent un vent un peu faiblard autour de 15 nœuds pour la dernière semaine».


**Ils ont dit : ** Gilles Buekenhout (JESS): «Bonjour à tous. Mon super iridium CERTUS 200 acheté pour la course est déjà HS !!! Fini les photos du matin ou du soir, désolé. Je propose qu'on aille voir ces messieurs de THALES, qui soit dit en passant, assurent notre défense militaire, pour leur faire part que leur matos est nul, coûteux, pas ergonomique. Bref, je ne suis pas content ! J’ai passé 3 heures de ma nuit à essayer de rebooter leur machin, self test, etc, pour voir un message disant que l'antenne est en mode "failure". Or, elle capte bien les satellites, il s'agit plutôt de leur programmation interne qui merdouille... Et ça, je ne suis pas informaticien. Bref ça m'a bien pourri la nuit ! Sinon, la belle JESS en a assez de se faire baffer les joues gauche et droite selon les humeurs de cet océan mal rangé ! Quelques grains cette nuit dont un très copieux à plus de 38 nœuds ! JESS pousse de ses étraves dans un bouillon d'écume qui submerge le pont. On est à 170 du vent, on ne peut plus grand chose, qu'attendre que le grain passe mais c'est long car vous avancez avec lui à 22-25 noeuds ...... l'anemo commence à diminuer ouf il s'éloigne, trempé à la barre ... réduire, être sous toilé en croisière oui en course ..., JESS continue sa danse sur ses flots en déployant ses ailes aux vents qui reviennent à plus de gentillesse. A dans quelques heures, demain matin je pense ! Gilles & JESS.»


Philippe Poupon (Flo) : “Flux de vent constant qui se situe entre l’anticyclone des Açores et le système de basse pression du Pot-au-Noir près de l’Equateur. Si le Pot-au-Noir est assez stable, l’anticyclone est mouvant en latitude et en longitude, soumis aux dépressions de l’Atlantique Nord. Voilà pour l’explication technique. Nous y voilà sur l’autoroute, avec des vents variés en force et des grains orageux apportant pluie et vent. Les variantes de direction sont faibles. On a choisi de se placer pour garder le meilleur vent, frôler sa bordure nord est souvent payante. Mais attention, à l’affaiblissement du vent si l’anticyclone se met à descendre. En multicoque, rien de paisible quand le vent se situe entre 25 et 30 nœuds de vent réel. La mer est formée et votre boîte à deux ou trois coques ne demande qu’à s’emballer. Survitesse en descendant une belle vague. Arrivé au creux de la vague, le flotteur sous le vent doit avec son volume le faire ressortir. On sent ce coup de frein quand le flotteur enfourne. Où se situe la limite? Dans l’appréciation du capitaine qui, avec son expérience, connaît son bateau dans ce genre de conditions. A partir de 25 nœuds de vent, on serre les fesses, et quand le bateau passe les 25 nœuds de vitesse avec des pointes à 27-28 et plus, et bien on file de l’huile, (expression maritime. Au XIXe siècle, les navires et notamment les baleiniers et phoquiers se servaient de l’huile à bord pour cuisiner et s’éclairer, mais aussi pour calmer les mers déchaînées selon la légende ). On est dans le cockpit avec l’écoute et la télécommande dans l’autre main. C’est un sport dangereux, il ne faut pas le nier. Quelles peuvent en être les conséquences? C’est simple. Un enfournement par l’avant? Un peu de chance et le bateau va s’arrêter et s’asseoir gentiment avec une forte poussée d’adrénaline. L’autre cas beaucoup plus dramatique est que le bateau passe cul par-dessus tête. On dit “mettre la cabane sur le chien”, expression qui doit venir de la vallée des fous. Evidemment, ce n’est pas vers quoi on veut aller. C’est notre angoisse. Et présentement, malgré l’expérience et quelques heures sur ce genre de bateau, et bien oui, j’ai la boule au ventre quand il part en survitesse avec ce flotteur qui enfourne. Voilà expliquée la peur des skippers des multicoques. Il paraît que les Ultim 32/23 peuvent marcher à 40 nœuds avec une stabilité incroyable grâce à leurs foils, et qu’au lieu d’enfourner, ils ont plutôt tendance à se cabrer. Génial ! Je suis admiratif des skippers des Ocean Fifty, plus petits que mon 60 pieds. Des bombasses ! Je ne sais pas si leurs foils rendent leur bateau plus stable. Mais vu leur vitesse sur cette course, je pense que ça n’a pas dû être de tout repos. Chapeau bas les mecs ! Perso, on va faire attention. Pas de prise de risque à l’heure qu’il est. On reste vigilant et on surveille les grains. Evidemment, je ne vous ai pas parlé de la nuit où tous les chats sont noirs et seul le radar nous informe d’un gros grain qui arrive. Sympa la vie de marin ! Les skippers de monocoques ont moins cette angoisse. Leur bateau peut partir au lof et mât dans l’eau avec une voile déchirée. Les bateaux sont conçus pour se redresser. Les skippers de monocoques ont moins cette angoisse. Le bateau peut partir au lof et mât. Bon vent à tous et soyez prudents sur l’autoroute des alizés. Philippe Poupon, skipper du FLO.


Olivier Nemsguern (ELORA): « C’est vraiment sympa à bord depuis 48h avec un vent plus régulier. Le bateau est mieux toilé et glisse bien, c’est très agréable. Je suis en train de me recaler dans le sud pour éviter la molle qui descend du nord. Pas de nouvelle avarie à déplorer et physiquement, j’ai bien récupéré avant la dernière ligne droite. Je suis encore loin d’être arrivé. D’ici dix jours j’imagine, étant donné que les prévisions annoncent un vent un peu faiblard autour de 15 nœuds pour la dernière semaine. A cet égard, la date de clôture de la ligne a bien été repoussée de trois jours pour tenir compte du décalage du départ ? A bientôt. Olivier.»


Halvard Mabire (GDD): “Bonjour. Je n’en suis pas encore là mais on me demande de parler du Tour de la Guadeloupe qui précède l'arrivée. Ce doit être d'actualité avec les arrivées massives des IMOCA, avec évidemment quelques Class40 parmi eux. Ceux dont les parents leur ont fait sauter une classe car le programme qu'on voulait leur faire suivre n'était pas assez rapide pour eux. Le parcours de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe ne comporte essentiellement que trois marques dont une bouée à Fréhel. Après vous allez où vous voulez, ou plutôt où vous pouvez, mais vous devez laisser ensuite le caillou de la Tête à l'Anglais, situé à la pointe nord-ouest de la Guadeloupe, à bâbord (sur votre gauche) et ensuite laisser à tribord une bouée gonflable (bien plus souvent franchement gonflante, d'ailleurs) située devant Basse-Terre. Autrement dit, le parcours de la Route du Rhum n'est pas très logique, car la route directe consisterait à viser la pointe sud-est de la Guadeloupe pour arriver ensuite directement à Pointe-à-Pitre. Mais voilà, comme le nom de la course est aussi "Destination Guadeloupe", les gentils organisateurs ont par conséquent décidé que les concurrents devaient faire un peu de tourisme et découvrir la belle île de Basse-Terre vue de la mer (à part que la nuit on ne voit rien). Signalons au passage que Basse-Terre, comme son nom ne l'indique pas, est beaucoup, beaucoup plus haute que Grande-Terre. Mais les noms de lieux obéissent souvent plus à des logiques administratives que géographiques, et c'est pour ça qu'ils sont si souvent illogiques. Donc côté tourisme, il faut reconnaître que c'est beau et la Direction de Course n'a pas tort de nous faire passer par là. D'autant plus que la nouvelle génération de skippers ne vient plus pour voyager ou pour découvrir des horizons nouveaux, mais uniquement pour en découdre sur l'eau et que bien souvent la ligne d'arrivée sitôt franchie, ils sautent dans un avion pour répondre aux diverses obligations de la plus grande urgence qui les attendent à la "capitale" (qui peut être aussi bien Paris que Port-La-Forêt ou Lorient). Donc, si ça se trouve, ils ne verraient même pas ce côté de la Guadeloupe si le parcours ne les faisait pas passer par là. Par contre, côté course c'est une autre histoire! Ou comment éventuellement chambouler un classement et remettre en cause tous les efforts fournis pendant toute la traversée de l'Atlantique, ce qui n'est pas rien tout de même. En effet, comme mentionné ci-dessus, cette partie de la Guadeloupe est très haute et en nous obligeant à passer sous le vent il est évident que l'on ne risque pas d'avoir une bonne petite brise régulière qui va tranquillou nous pousser jusqu'à la ligne d'arrivée. En fait, passé la Tête à l'Anglais, c'est carrément une autre course qui commence, bien plus aléatoire que la transat que l'on vient de se cogner. Et en plus, on a déjà quelques milles dans les pattes et on ne peut pas dire que l'on est dans la meilleure forme pour aborder ce tronçon. Un tronçon où pourtant une vigilance permanente sera de mise pour aller chercher les moindres souffles d'air qui arriveront de n'importe où et souffleront dans n'importe quelle direction. Bref, il y a un petit côté loterie qui fait que lorsque l'on passe ce tour de Guadeloupe "comme une lettre à la poste" (en tous cas c'était comme ça "dans le temps", maintenant elles ont du mal à passer les lettres à la Poste), le premier truc à faire est peut-être de demander à votre femme ce qu'elle faisait pendant que vous étiez sur l'eau. Car une veine de cocu sera certainement plus utile que des fichiers de vent ou des logiciels de navigation pour parcourir cette trentaine de milles avant la bouée de Basse-Terre. Marque "trop loin", ou en tous cas toujours trop près de terre. Passé la fameuse bouée , vous avez intérêt à avoir encore un peu d'énergie en réserve, car on n'est pas loin du Canal des Saintes, et là, pas de surprise, normalement on est au près et éventuellement on peut en prendre plein la gueule. Le(s)Ti-Punch de l'arrivée se mérite(nt). Mais moi je n'en suis pas encore là. Ce ne sera pas avant vendredi soir, au mieux, et d'ici là ils auront peut être eu le temps de raboter la Soufrière (Attention il y en a qui en seraient capables!, il y a bien des cons qui ont commencé à remblayer la Grande Rade de Cherbourg.) A bientôt.


Laurent Eitheimer (Happy) : «Après un départ venté et pluvieux, nous voilà vraiment dans les alizés. Chaud, beau (sans grains depuis deux jours) : un vent soutenu d’est nord-est. Une grande houle et des fréquents départ au surf, au début, c’est impressionnant. On se demande si cela ne va pas se finir par un planté phénoménal dans le creux de la vague, mais non, tout se termine bien les flotteurs type hobbie cat de Happy. On tendance à faire remonter l’étrave. Comme m’a dit un célèbre constructeur trinitain le jour du départ pour Saint-Malo, c’est une pirogue ce bateau ou plutôt trois pirogue relié ensemble. Pas faux. Pour l’instant, on fait marcher la Pirogue du mieux possible afin de ne pas passer pour un jambon vis-à-vis des bateaux les plus proche de Happy en conception et année de construction nous sommes quatre à faire la route du Rhum Moxie – Bati Amor, Acapella – La Chaîne de l’Espoir et l’Aile Bleue (Château du Launay, ndlr). Encore une petite dizaine de jours de course. Bonne journée. Envoyé d’Happy.»

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