- 30 oct. 2022
- 3 min de lecture
Guy Pronier (Terranimo) ou La promesse à soi-même ©Arnaud Pilpré
Il existe sûrement autant de bonnes raisons de s’engager sur la Route du Rhum - Destination Guadeloupe qu’il y a de marins sur la course. Pour les skippers professionnels, la mythique transatlantique en solitaire est devenu un passage obligé, un rendez-vous à ne pas manquer. Nous nous sommes demandé ce qui poussait, un jour, les amateurs à sauter le pas, à s’engager, à relever ce défi fou… Comment passe-t-on du rêve à la réalité ? Eléments de réponse avec Guy Pronier et Gilles Colubi, deux skippers en lice dans la catégorie Rhum Mono.
Une promesse à soi-même “Mon père était passionné de régate", raconte Guy Pronier, chef d’entreprise engagé sur Terranimo, un impressionnant monocoque de 17 mètres. "Il nous a emmené naviguer partout : Angleterre, Belgique, Hollande… J’avais 15 ou 16 ans quand j’ai vraiment osé, à bord, sortir de “l’ombre” de mes frères et sœurs. Rapidement, j'ai intégré le poste de N°1 sur le Tour de France à la Voile. Un soir, du haut de mes 17 ans, je me suis retrouvé après une journée de régate sur la Course Croisière Edhec, dans le carré du bateau avec Jean-Marie Finot, Florence Arthaud, Mike Birch et Patrick Eliès à écouter leurs récits de courses et notamment de Route du Rhum. A cet instant, je me souviens m’être dit : “Un jour, je la ferai !”
“Brice de Nice” et “The Bucket List” La vie a passé, Guy a construit une carrière de chef d’entreprise tout en continuant a beaucoup naviguer. “Il y a un an, je me suis demandé ce que je voulais faire, vraiment, pour la suite de ma vie, avec ma famille, ma femme et pour moi. Jusqu’ici, j’ai un peu eu “l’itinéraire d’un enfant gâté”, dans le sens où j’ai eu la chance de faire ce que j’aimais, de me lever tous les matins avec l’envie et avec le sourire. Mais, à bientôt 60 ans, quid de la suite ? Deux références cinématographiques me sont venues à l’esprit : “Brice de Nice” d’abord… et, je sais que ça va vous faire rire ! Mais au-delà du ton badin et nonchalant, le film pose un vrai précepte : Vivre ses rêves au lieu de rêver sa vie ! Le second film, c’est “The Bucket List” avec Jack Nicholson et Morgan Freeman, réunis par un formidable appétit de vivre et le ferme désir de réaliser tous leurs rêves inaccomplis. Sur ma “bucket list” personnelle, il y a la réalisation d’une promesse : faire la Route du Rhum… sans avoir aucune idée de ce qui m’attend ! Maintenant, j’essaye d’assumer" !
Avoir des rêves aide à guérir
Gilles Colubi (Kornog2) côtoie le milieu de la course au large depuis des années. Trente ans de compétition en équipage dont une victoire sur le Tour de France en 1990 avec Thomas Coville ont forgé son expérience. Gilles a également accompagné “Bertrand de Broc, ou Joe Seeten sur ses deux Vendée Globe, en préparation, convoyage et course en équipage ; mais ce n’était pas mon métier, à l’époque, je travaillais aux 3 Suisses !” Lorsque l’entreprise ferme, Gilles profite de son licenciement pour acheter un bateau et effectuer, avec sa compagne Hélène, le tour de l’Atlantique à la voile. En rentrant, il achète un bateau plus grand, un Pogo 12.50 pour “pouvoir aller plus loin, naviguer dans le Pacifique par exemple, avant que je réalise que le bateau avait la taille minimum requise pour entrer dans la catégorie Rhum Monocoques !” Pour lui, qui a fait tous les départs en tant que préparateur l’occasion d’être, à son tour, skipper sur cette course mythique est trop belle ! Un autre moment fort de sa vie va, à ce moment-là, le pousser à sauter le pas. C’est Hélène, sa compagne qui nous raconte : “Il y a quand-même un élément important qui a été déclencheur de son envie de participer à la course : au moment du déconfinement, Gilles a appris qu’il avait un lymphome. Je pense que ce moment-là a été déterminant dans son envie d’y aller : avoir des rêves aide sûrement à guérir.” Cette expérience conduit aussi le marin amateur à entériner sa décision. Complètement rétabli, Gilles vit aujourd’hui son rêve, “Là, il est comme un gamin !” nous confirme Hélène. Un gamin qui a encore du mal a réaliser complètement ce qu’il s’apprête à faire : “Pour le moment on est encore au ponton, on côtoie les vedettes mais quand on va être au départ, effectivement il y aura sûrement un peu d’émotion et c’est sûrement à ce moment que je vais réaliser, vraiment, que je suis ici ! Si ça se passe bien, peut-être que j’y reviendrai !”
Deux histoires, deux parcours qui peuvent amener chacun à croire en ses rêves et à dresser, dès aujourd’hui, la liste de ses envies…
