- 14 nov. 2022
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© Pierre Bouras
Solide leader de la flotte IMOCA, Charlie Dalin poursuit sa démonstration. Le skipper d’Apivia cherche le « trou de souris » pour glisser sous l’anticyclone des Açores et récupérer les alizés. Ses premiers poursuivants, relégués à plus de 80 milles derrière, restent incisifs : rien n’est joué à plus de 2 000 milles d’une arrivée à Pointe-à-Pitre prévue à partir du 21 novembre d’après les routages. Depuis le départ de Saint-Malo, les conditions sont rudes, les marins et leurs machines sont mis à l’épreuve et les soucis techniques se multiplient. Ainsi, François Guiffant (Kattan) a cassé son étai de J2 mais ne fera finalement pas route vers Lisbonne. Maxime Sorel (V and B-Monbana-Mayenne) rencontre un souci de foil, Guirec Soudée (Freelance.com) a déchiré sa grand-voile... La bonne nouvelle vient du Suisse Oliver Heer (Oliver Heer Ocean Racing) qui a quitté Port-la-Forêt ce matin et a repris sa course.
Cela fait cinq jours que le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe a été donné et en IMOCA, le leader ne change pas. Charlie Dalin est en pleine confiance, en osmose avec son Apivia qu’il connaît sur le bout des doigts. « Tout roule à bord, le bateau est en parfait état, je n’ai jamais eu à ralentir pour gérer un problème technique. C’est agréable de naviguer sur un bateau que je connais si bien, je suis complètement serein, je peux me concentrer sur ma stratégie, expliquait-il ce matin en vacation. L’objectif des 24 prochaines heures est de réussir à trouver un trou de souris pour enfin glisser sous l’anticyclone et récupérer les alizés. Il va falloir bien gérer la trajectoire et les rotations de vent pour négocier au mieux ce passage, sans trop ralentir. On va finir par y arriver mais ce n’est pas simple de toucher ces vents portants. »
« L’anticyclone des Açores joue un peu avec nos nerfs, pas facile d’établir une stratégie claire »
Les poursuivants, emmenés par Jérémie Beyou (Charal) naviguent au contact et profitent d’une forme d’émulation. «_ C’est bien d’avoir des concurrents autour, là j’ai Kevin (Escoffier) en visuel ça permet d’avoir des repères_, confirme Paul Meilhat. Le bateau est top, je prends un peu plus mes marques chaque jour. J’ai hâte d’être au portant pour essayer, mais il y a deux à trois jours à gérer pour rejoindre les alizés. L’anticyclone des Açores joue un peu avec nos nerfs, pas facile d’établir une stratégie claire. » Au sein de la flotte, les stratégies divergent pour rallier les vents portants. Certains skippers partent au Sud quand d’autres investissent dans l’Ouest à l’instar de Tanguy Le Turquais (Lazare). «_ Je suis content de mon option qui peut être payante pour la suite_, assurait-il en vacation. Au moment de rentrer dans les alizés, je pense que j’aurai une bonne position par rapport à mes concurrents à dérives. Dans deux jours, je devrais toucher un régime de vent d’est et ce sera parti pour un très long bord jusqu’à la Guadeloupe. L’idée est de ne pas avoir besoin d’empanner dans les alizés. Je me régale, stratégiquement c'est passionnant. Ça fait longtemps que je n’ai pas pris autant de plaisir sur une course. »
Petites et grosses galères
Depuis cinq jours, les conditions météo rencontrées par les marins sont exigeantes. « J’ai hâte de glisser et de trouver des conditions de portant. J’en ai marre du près. J’ai l’impression que c’est sans fin », confie Maxime Sorel qui fait face à un souci autour du foil tribord de son IMOCA qui réduit sa marche en avant : « L’intégrité du foil est OK mais j’ai un problème sur le système de montée et surtout de descente de ce dernier. Le bout qui permet d’effectuer la manœuvre est anormalement coincé dans le système. J’ai démonté la trappe de visite du foil mais je n’ai pas réussi à retirer ce bout qui est même enroulé autour du foil. Nous travaillons à trouver une solution car si je n’y arrive pas, je vais avoir un foil condamné. Cela ne m’empêchera pas d’aller jusqu’aux Antilles mais c’est dommageable pour la compétition. »
Ce matin, François Guiffant a annoncé sa décision de se dérouter vers Lisbonne suite à la casse de J2. Le skipper de Kattan a finalement décidé de réparer en mer et de reprendre la direction de Pointe-à-Pitre. « J’ai contacté Eric Cochet, le gréeur référence qui connait bien ce bateau. Il m’a dit qu’avec ce mât je pouvais continuer en mode dégradé. La matinée du lundi a été consacrée à la remise en route du bateau. Je suis finalement reparti vers 11h30 (heure métropole) dans un mode certes un peu dégradé mais je suis très content de toujours être dans la course », raconte-t-il.
Parmi les autres soucis techniques communiqués ce jour, la déchirure de la grand-voile de l’IMOCA de Guirec Soudée. Cette avarie étant impossible à réparer sur une mer très formée, le skipper envisage de s’abriter au niveau des Açores. Mais il reste positif : « On garde la patate ! C’est un bord où on apprend pour le Vendée Globe ! »
