- 20 nov. 2022
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Luke Berry (Lamotte - Module Création)
LES MOTS DU BORD. Si la flotte des Class40 file dans les alizés vers les Antilles, elle n'a pas été épargnée récemment par les petits soucis techniques et les frayeurs. Luke Berry (Lamotte-Création) et Victor Jost (Caisses Réunionaises Complémentaires) évoquent des départs au tas, Maxime Cowe (Wisper) décrit “24 heures de galère” alors que Kito de Pavant (HBF Reforest’Action) a vu une “énorme boule de feu”...
Luke Berry (Lamotte-Création) : “quand le bateau part au tas” “Tout va bien à bord ! C’était une nuit plutôt rapide pour moi, j’étais content car j’étais dans les meilleures moyennes de vitesse au sein de mon petit groupe. Tout allait bien jusqu’à ce que mon safran sous le vent se lève et que du coup le bateau parte au tas. Forcément cela arrive quand tu es à la bannette donc je suis sorti en catastrophe sans trop savoir où j’étais et ce qui se passe. Ensuite, il faut faire raccrocher le bateau. Heureusement qu’avant d’aller siester j’avais eu la bonne idée de remettre le safran au vent dans l’eau, puis chaussetter le spi. Lequel bien évidemment décide d’aller s’enrouler autour de l’étai ! Un petit changement de bout de descente safran et c’est reparti. Avec malheureusement quelques milles de perdu”.
Kito de Pavant (HBF Reforest Action) : “une énorme boule de feu” “Hier, dans la nuit noire, alors que je me levais de ma petite sieste de 20 mn, une énorme boule de feu verte a plongé vers l’horizon dans le sud. C’était vraiment énorme. Plus tard, j’ai vu d’autres étoiles filantes dans la même direction mais de taille beaucoup plus modeste. J’ai alors renvoyé le grand spi noir, après un long moment assez loffé sous code 0. J’ai peut -être un peu tardé à faire le changement mais j’avais le sentiment d’être rapide..Dès le lever du jour, je commence a voir plus de poissons volants et surtout pas mal de sargasses, qui se prennent dans les appendices et l’hydro-générateur mais rien de grave pour le moment.
La journée a été plutôt tranquille. Ça glisse sous spi. Toutefois, le vent s’est renforcé au fil des heures et comme la mer est aussi un peu plus agitée. C’est moins paisible que ce matin mais au moins ça avance et ça explique aussi pourquoi ça part par devant depuis 36h. Simplement parce qu’il y a plus de vent plus au sud… M’enfin, 100 milles en 24h, c’est pas facile à accepter… Ils bénéficient surtout d’un meilleur angle. J’en ai profité pour aller inspecter tous les recoins du bateau. Pas d’autres soucis à déceler si ce n’est qu’il y avait un peu d’eau dans le compartiment arrière, appelé pompeusement la cabine du propriétaire… mais pas très facile d’accès, il faut le reconnaître. Pour y inviter de la compagnie, il faudra trouver mieux ! De toute façon, ce n’est pas prévu d’ici quelques jours… Concernant la playlist , ce soir , il n’y aura qu’un morceau mais il faut monter le son : Bronsky Beat / Smalltown Boy.”
Pierre-Louis Atwell (Vogue avec Crohn) : “comme le funambule sur un fil” “Ça y est aujourd'hui c'est le premier jour du reste de ma Transat ! Tôt ce matin le vent à tourné et j'ai pu hisser le spi. A nous les grandes glissades, les surfs à n'en plus finir, les vents sont enfin portants et devraient le rester jusqu'à la Guadeloupe. Si cette nouvelle allure de navigation est plus rapide, plus confortable (le bateau est presque à plat), et plus sympa, elle n'en reste pas moins délicate ! Effectivement cette immense surface de toile volage nécessite un petit peu plus d'attention et de réglage que les voiles dites "plates" que nous utilisions jusqu’à maintenant. Ce serait trop facile si non ! Alors comme le funambule sur son fil, il faut maintenant être attentif aux moindres grains, aux moindres vagues, aux réglages les plus fins qui permettent de lier vitesse et sécurité.
À ce petit jeu, le pilote automatique ne se débrouille pas si mal, surtout en pleine nuit quand on ne peut anticiper la vague. Les dernières estimations me prédisent une arrivée dans environ 8 jours. Je ne sais pas encore dire si je trouve ça long, ayant hâte de retrouver la terre ferme, mes proches, les nuits complètes et d'enfin arrêter d'avoir peur de casser ou de faire une erreur. Ou si au contraire cela me parait court, tant je suis heureux de vivre cette magnifique aventure humaine et sportive, ce rêve de gamin, à bord d'un bateau formidable où le temps et les actes n'appartiennent qu'à moi. Ce que je peux vous dire en tout cas, c'est que mes concurrents sont toujours là, et que je suis bien déterminé à leur mener la vie dure !”
Maxime Cauwe (Wisper) : “48 heures de galères” “Ici, je philosophe parce que c'était un peu 48h de galères. Mais on reste dans les alizés donc bon… Après les vérins de pilote, l'alternateur et le ris de la GV, c'est au tour des spis de rentrer dans la danse avec un 1er, le petit, qui a bien flirté avec l'étai en s'entourant autour. Une bonne galère mais je suis quand même satisfait d’en être venu à bout. Le medium ensuite : 2 heures après avoir été envoyé, il a décidé de se séparer de sa têtière… Il a fini à l’eau et rebelote pour la galère, celui-là était foutu pour le coup. J’ai réussi quand même entière à le remonter à bord (histoire de pouvoir me regarder dans une glace la prochaine fois que je pisserai sous la douche) mais il est foutu. Le bon côté c'est qu'il n'y a rien de mieux pour ensuite apprécier un riz au lait lyophilisé… Un délice qui m'a redonné immédiatement (enfin presque) le sourire (enfin presque). Là, il y a du vent donc ça me pénalise un peu en angle mais pas trop en vitesse, espérons que ça continue et je vous tiens au courant qd le grand spi entrera dans la danse !”
Emmanuel Le Roch (Edenred) : “les grains sont costauds” “La nuit c est plutôt bien déroulé avec un ciel hyper étoilé en début de nuit assez magique sans grains. Le vent est devenu plus fort et la nuit s’est assombrie. Les étoiles ont disparu et les grains ont commencé à arriver à ce moment. Il n’y a pas de lune, ce n’est pas grave en soit mais c’est quand même bien pratique pour voir les grains arriver ! Là, ils te tombent dessus instantanément ! C’est monté fort plusieurs fois mais j’avais la bonne taille de spi… Il va falloir être vigilant, les grains sont costauds ! Petite satisfaction, j’ai gagné 2 places et je me rapproche du petit groupe de devant ! Je mets tout en œuvre pour les rattraper ! J’ai la niac !”
Victor Jost (Caisses Réunionaises complémentaires) “10e jour de course sur la Route du Rhum, c’est fou ! Et la bonne nouvelle du jour c'est que ma distance au but vient de passer sous les 2000 miles ! Et à la vitesse à laquelle je vais en ce moment, ça peut vite diminuer ! Pour info, au moment où j'écris cette introduction, le bateau vient de s'enflammer dans un surf avec une vitesse de pointe à 19,14 noeuds !! Peut-être mon record avec ce bateau !
J’ai remarqué que je traine une sorte de filet derrière le bateau... Je suis arrivé à couper un gros morceau, je trainais un espèce de petit paquet de pleins de choses sur 20 mètres derriere le bateau... C’est vrai que j’avais l'impression de ne pas aller hyper vite mais je pensais que c'était parce que j'avais mis un spi medium et non mon grand spi... Je dois trouver une solution mais je n’ai vraiment pas envie de plonger !
Après une sieste, j’ai été réveillé brutalement par un départ au tas du bateau. Il s’est couché à presque 90 degrés, sur la tranche et les voiles claquent fort. Quand j'arrive dehors pour choquer les voiles afin de remettre le bateau à l'endroit, je remarque que ma trinquette s'est dehooke (elle s'est détachée du mat) et traîne dans l'eau... J'arrive à remettre le bateau droit, on est en plein dans une grosse risee, le vent souffle à 29 noeuds donc le bateau trace à 12 noeuds malgré ma voile qui traîne dans l'eau et je me bagarre pour tout récupérer. Au bout d’une heure, j’ai réussi à mettre la trinquette dans le capot et à démêler tout ce qui s'était mis en vrac. Ouf, je respire ! Je suis trempé mais ça va .. Je vais voir à l'arrière du bateau pour regarder le filet de pêche qui traîne, et il n'est plus la ! Je peux enfin repartir tranquille et j’ai même dû gagner 1,5 nœuds !
Après, je n'arrive pas à dormir. J'ai le cœur qui bat trop vite, le bateau surf à tout allure sur les vagues.. Je ne suis pas encore habitué à vivre avec autant de vitesse... J'essaye de faire des exercices de respiration mais le sommeil ne vient pas.. En plus j'ai des douleurs sciatiques depuis quelques jours et cette nuit ça me lançait fortement.. Donc j'ai pris un anti-inflammatoire et ça m'a fait du bien. Je vais continuer à en prendre quelques jours."
