- 24 nov. 2022
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Loïc Escoffier - Lodigroup © Marin LE ROUX - POLARYSE
Tous vous le diront : en matière de course au large, tout peut arriver tant que la ligne n’est pas franchie. La catégorie Rhum vient d’en faire la grande démonstration avec deux retournements de situation. Le premier aux dépens de Gilles Buekenhout (JESS), solide leader des Rhum Multi qui a été victime d’un chavirage hier soir. L'autre au profit de Roland Jourdain (We Explore) qui vient de reprendre la place de leader à Loïc Escoffier (Lodigroup) pour deux petits plombs. A noter la bonne nouvelle du jour pour la catégorie Rhum : la fermeture de la ligne d’arrivée, initialement prévue le 4 décembre à 16h00 UTC, a été décalée au 7 décembre à 17h00 UTC suite au report du départ de trois jours à Saint-Malo.
Hier soir, Gilles Buekenhout, le skipper de JESS, a donc été victime d’un chavirage à seulement 225 milles nautiques des côtes guadeloupéennes, alors qu’il menait la course depuis la sortie du golfe de Gascogne. En sécurité à bord du cargo Shem Patriot dérouté par le CROSS Antilles, le skipper est sain et sauf mais avouait être ce matin, “épuisé, cassé et à bout”. On en sait un peu plus sur les circonstances de ce chavirage. “J’ai vu un gros grain arriver, donc je m’y suis préparé, a-t-il relaté._ J’ai repris la barre et m’attendais à gérer ce grain comme on en a déjà géré plusieurs depuis qu’on navigue dans les alizés. Sauf que j’ai pris une vague, beaucoup plus forte que les autres, également par l’arrière qui a fait enfourner le bateau_”. Ensuite le bateau a sanci, Gilles a chuté de son poste de barre et fait un plongeon de 12 mètres avant que le bateau ne se retourne complètement. Il est parvenu à atteindre sa trappe de survie pour déclencher les secours. Il lui a ensuite fallu nager une centaine de mètres pour rejoindre le cargo avant de se hisser, à bord, à bout de forces. S’il est désormais en sécurité, le skipper belge a tout perdu, lui qui auto-finançait sa course. Soutenu par ses proches à terre, il lui faut maintenant mettre tout en œuvre pour récupérer le bateau : un nouveau challenge à relever après les nombreuses émotions par lesquelles Gilles vient de passer. Le commandant du cargo Shem Patriot, qui faisait route vers Rotterdam, a décidé de faire demi-tour pour ramener Gilles en Guadeloupe où il est attendu en fin d’après-midi (heure locale).
Respectivement second et troisième au moment du chavirage, Loïc Escoffier (Lodigroup) et Roland Jourdain (We Explore) avaient tous deux été déroutés par la direction de course pour porter assistance au skipper belge. Ils ont pu reprendre leur course. Joint à la vacation ce matin, Roland Jourdain surveillait ses arrières : “Je pense que l’arrivée va être compliquée. Derrière, il y a Marco [Guillemot] ! Il n’est pas tout près mais il peut revenir vite. Je vais tout faire pour arriver le plus vite possible mais Loïc a vraiment le bateau qu’il faut pour être devant, presque deux fois plus léger que le mien, ça tiendrait du miracle si je le dépassais mais le tour de Guadeloupe peut faire partie du miracle…” A peine quelques heures plus tard, la course a connu un nouveau rebondissement. Suite à la rupture de deux plombs moteurs, Loïc Escoffier a écopé d’une pénalité de trois heures (90 minutes par plomb), qu’il s’est empressé de réaliser. Roland Jourdain en a profité pour reprendre la tête de la flotte. Un rebondissement supplémentaire qui relance complètement la course. Loïc, que l'on sait déterminé et extrêmement combatif, va certainement tout mettre en œuvre pour combler son retard de seulement 19 milles ! “Loïc est au taquet, il est bon, il est jeune et fougueux”, reconnaît Bilou. La promesse d’un final de toute beauté entre les deux skippers bretons à seulement 200 milles de la ligne d’arrivée. Tous deux sont attendus demain, vendredi, aux alentours de 15h00 (heure de Paris) sur la ligne d’arrivée.
En Rhum Mono, la victoire ne semble pas pouvoir échapper à Jean-Pierre Dick (Notre méditerranée - Ville de Nice) qui compte plus de 400 milles d’avance sur Catherine Chabaud (Formatives ESI Business school pour Ocean as Common). Il reste 300 milles au skipper niçois à parcourir.
C’est un heureux troisième au classement provisoire que nous avons joint ce matin à la vacation. Wilfrid Clerton (Cap au cap Location). “Je vais tout faire pour arriver sur la ligne d’arrivée à cette place mais tant que ce n’est pas terminé, on ne dit rien, on navigue. Je ne suis pas du tout déçu. Si on m'avait dit avant le départ que je serais 3 à l’arrivée, et je parle au conditionnel, j’aurais signé tout de suite. Le but aujourd’hui, c’est de jouer avec la météo et naviguer à 60-70% avec le bateau de façon à ne pas prendre de risques au niveau technique et que l’on arrive jusqu’au bout en bon état. Selon mes routages, je devrais arriver mardi”. En attendant, Wilfrid profite de ces instants magiques dans des conditions redevenues plus maniables “On est sous spi et grand-voile et on avance entre 10 et 16 nœuds. Il y a un peu de mer ce matin, on fait de beaux surfs. Tout va bien, c’est le lever du soleil. C’est toujours magique.”
Ils ont dit :
**Fabrice Payen - Ille et Vilaine - Cap vers l’Inclusion **
Le syndrome Ravussin “Hier soir : annonce du chavirage de JESS alors en tête de notre catégorie. Halvard Mabire (GDD) - je lisais ses aventures sur le voilier Morbihan autour du monde sur la Whithbread quand j'étais gamin -, concurrent de la classe multi, parlait dans un échange de mail du Syndrome Ravussin, coureur suisse qui avait mené haut la main la Route du Rhum (2006) avant de chavirer alors qu'il était largement en tête. Il avait continué à mettre la poignée dans le coin alors qu'il suffisait d'assurer le coup... Je ne sais si les conditions étaient les mêmes pour Gilles sur JESS, mais c'est bien dommage parce cette course lui était promise, malgré ses déboires d'il y a quatre ans et son avarie majeure en convoyant son bateau sur Saint-Malo quelques jours avant le départ. De mon côté, j'ai eu la nouvelle alors que je venais de rouler mon gennaker pour la nuit. J'espérais pouvoir le garder. Le ciel était dégagé en début d’une nuit bien étoilée, et puis des nuages sont apparus. Je me disais que ce n'était peut être pas des grains parce que les bouffes d'accélérations n'était pas très franches, mais je me suis retrouvé un moment avec 28 noeuds de vent sous gennaker et je me suis dit à voix haute "que fais-tu mon garçon de tes résolutions !" J'ai réduit la toile et j'ai passé toute la nuit dans des lignes de grains à 30 nœuds… Toute la toile est à nouveau à poste, on reste vigilant!
Gwen Chapalain - Guyader - SavéolHello, Mes premiers mots vont naturellement vers Gilles et toute son équipe après le chavirage de son bateau...Le soleil se lève à 500 nm de "La tête aux Anglais", le waypoint que l'on regarde depuis la sortie de la manche ! Il reste encore 48 heures pour y aller . Le vent a juste baissé légèrement, 18-20 noeuds, mais la mer s'est rangée. Le bateau file et glisse, le sillage (avec le bruit) a reculé et on percute moins les vagues. Ce sont des moments vraiment exceptionnels de voir et vivre ça. Le bateau est parfait et à chaque vague, à chaque risée, il veut aller de l'avant. Les étraves fument en levant de l'eau. C'est simplement un magique lever de soleil, un café en terrasse, avec une belle musique de Carla Bruni. "Quelqu'un m'a dit". Bonne journée !”
