- 25 nov. 2022
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Gwen Chapalain - Guyader Savéol © François Van Malleghem
Les alizés se sont nettement apaisés en approche de la Guadeloupe où les premiers Rhum Multi sont attendus aujourd’hui après 15 jours de course. Le tour de l'île Papillon a tout juste commencé pour Roland Jourdain (We explore) qui résiste pour le moment au retour de Loïc Escoffier (Lodigroup). Le malouin lui a tout de même repris 10 milles à la faveur de la nuit et l’écart va forcément se resserrer encore quand Roland Jourdain va commencer à longer Basse-Terre, où, à l’abri de l’île, il touchera moins de pression. Sans compter que Loïc Escoffier va certainement mettre à profit son expérience de fin tacticien acquise sur le circuit international F18 dans lequel il a gravité de nombreuses années.. Le finish de cette classe Rhum Multi promet bien de nous tenir en haleine quelques heures encore… Roland Jourdain (We explore) est attendu sur la ligne en début d’après-midi.
Plus au large, les marins ont croisé les premiers bancs de saragasses, ces longues algues qui viennent s’enrouler dans les appendices (quilles, safran, foils) des bateaux freinant irrémédiablement leur progression et mettant les nerfs des concurrents à rude épreuve, les obligeant à d’incessantes et épuisantes manœuvres.
Gwen Chapalain - Guyader - Savéol
Bonjour à tousNous sommes à présent, normalement, sur un long bord tribord de 24 h qui devrait nous amener au nord de la guadeloupe ; il restera quelques empannages pour ajuster la trajectoire vers la tête aux anglais.
Le jour se lève, toujours très sympa à regarder la lumière antillaise.La nuit n’a pas été très reposante, j’ai dû empanner plusieurs fois pour trouver le bon angle du vent, et surtout, j'en profitais à chaque fois pour faire une petite marche arrière, cela demande pas mal d'énergies au niveau des voiles.
Les sargasses, ces fameuses algues, se coincent dans les appendices, ça bourre, et ça freine considérablement le bateau. J'avais perdu près de 40 % de vitesse et déjà 1 heure cette nuit sur mon routage . Nous n'avons pas à bord, des safrans relevables comme sur les IMOCA ou Class40.Quand ça bourre dans les safrans, la barre vibre, le bateau vibre, ça tire énormément sur le bras ou le pilote; bref il faut s'arrêter, se mettre face au vent, reculer et refaire la mise en route ; une bonne suée à chaque fois de dérouler et enrouler les voiles. On aimerait se projeter et penser arriver à Pointe-à-Pitre, pour le bal du samedi soir, c'est toujours sympa, et il y a beaucoup d’amis et famille qui attendent.Mais si les conditions de navigation sont compliquées avec les algues, ce sera plutôt à l'heure du café et de la boulangerie! Espérons que les bancs de sargasses soient bien limités.On commence quand même à se projeter sur la ligne d'arrivée de cette Route du Rhum - Destination Guadeloupe Bonne journée
Catherine Chabaud - Formatives ESI Business School Pour Ocean As CommonJ’avance sur un océan de sargasses. Depuis hier, cela s’est intensifié. Il y a des plaques partout. Et on imagine que tout ça va aller s’échouer sur les rivages antillais… Je n’en ai jamais vu autant.
Arnaud Pennarun - Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré
La fermeture de la ligne a été décalée au 7 décembre. Nous avons reçu un email pour nous prévenir. C'est en effet une bonne nouvelle pour une partie des concurrents de la classe Rhum Mono, car pour ma part je suis bloqué par la bulle anticyclonique qui est écrasée par une nouvelle dépression au nord. Les fichiers sont trop peu constants pour réussir à affiner une date d'arrivée, mais le 7 décembre doit permettre à tous les concurrents d'être classés et c'est une très bonne nouvelle. Aujourd'hui j'ai "subi" une journée de soleil sous 2 nœuds de vent sous lesquels il est difficile de faire avancer les 13 tonnes de Pen Duick 3. Et il semblerait que cela dure jusqu'à samedi… Arnaud Pennarun
Gilles Pronier - TerranimoBonsoir les terriens.Je vous avais laissé avec le désespoir ressenti après la casse du vit-de-mulet et un espoir de trouver une solution pour pouvoir à nouveau hisser une grand-voile. Je vous retrouve ce soir sous petit spi et grand-voile deux ris. Une petite toile pour le vent actuel mais une toile prudente pour la nuit et être capable de gérer un grain qui passerait par là. La grand-voile deux ris date de 36 heures maintenant. En effet, après la désintégration de mon vit-de-mulet, j’ai tout d’abord essayé de refixer ma bôme sur mon mât au même endroit au moyen de lashing (bouts tendu).Le succès de ces solutions s’est à chaque fois compté en minutes et je me posais vraiment des questions sur la suite jusqu’à imaginer envoyer la grand-voile sans la bôme.C’est en regardant la vidéo de Romain Attanasio qui a eu le même souci sur son IMOCA que la 3e idée m’est venue à l’esprit (merci Jean-Chris de nous l’avoir envoyé). Le principe est d’utiliser la fixation du hale-bas de bôme pour fixer la fixer. Elle sera orientée vers le haut façon IMOCA ou cata. Le seul sujet d’adaptation est la grand-voile car avec l’inclinaison de la bôme, la longueur utile de cette dernière sera réduite (si, si, rappelez-vous la géométrie à l’école). La solution : prendre un ou deux ris. Je fais quelques calculs : ça sera deux ris pour garder une tension horizontale en bas de grand-voile identique. Mesure prise : les dimensions des pièces articulées sont identiques sauf l’axe vertical de 20 millimètres de diamètre au lieu de 18. Reste à organiser le déplacement et raccordement de la bôme avec sa grand-voile dessus, soit environ 100 kg.1 : un bout fixe comme une pantoire à chaque extrémité de la bôme permet de lever le tout avec la drisse de grand-voile.2 : un palan sur l’arrière permettra de reculer le module pour éviter mât et électronique.3 : deux palans sur l’avant de la bôme en latéral tribord et bâbord permettront de guider l’ensemble en latéral. Je vous laisse imaginer le pont de Terranimo pendant ce chantier. Une vraie toile d’araignée !Une fois la bôme soulevée par la drisse de grand-voile, je démonte le hale-bas hydraulique. Je démonte alors la ferrure de halebas et pose à la place l’articulation mécanique qui va recevoir la bôme. Je lance la transhumance du module « espar + grand-voile » qui va durer une heure pour positionner avec 2 millimètres de précision l’ensemble pour un raccordement par un axe de 20 et des boulons de 35. Globalement, après 3 heures de boulot intensif, le gros boulon reliant vit-de-mulet et bôme est en place. A 12h40, je remonte la grand-voile deux ris, et génial, ça marche ! C’est une bôme sans hale-bas qui monte à chaque sollicitation mais comme on est au portant, ça fonctionne. Ça fait donc 48 heures ce midi que c’est en place. Ce qui est intéressant dans tout cela, c’est finalement que la recherche de solution m’a vraiment boosté pendant ces journées. Une fois le désespoir extériorisé et la décision prise de continuer - l’esprit humain est une sacrée machine capable de vous faire descendre au 36e dessous comme de vous emmener au 7e ciel -, reste à l’utiliser comme une force… Pas toujours simple quand on est tout seul et que l’on a en a pas conscience, ou que l’on n’a pas lu le mode d’emploi. C’est sans doute la force des super héros.Moi, j’ai eu besoin de mon entourage (mon équipe à terre, Fabio, Rémy), et comme dit Rémy (Gérin) alias Maître Yoda, il faut juste remettre l’église au milieu du village, c’est-à-dire regarder la situation telle qu’elle est factuellement et l’objectif que l’on se donne. Mon objectif, c’est maintenant de finir et vivre l’aventure de La Route du Rhum jusqu’au bout. Après tout, la traversée de l’Atlantique en solo au mois de novembre, c’est déjà un sacré challenge. Mais je vous l’avoue quand même, j’ai commencé à regarder le classement et qui sait, une 7e place est dans mes moyens… Mais ce classement potentiel est ma priorité n°2. Cette nuit a été magnifique. Pour éviter les calmes devant, j’ai forcé sous spi sous un ciel étoilé et les poissons volants. Très différent de notre ciel que celui de cette nuit. En plus, pas de pollution lumineuse, un nombre invraisemblable d’étoiles. Je navigue en lumière rouge à bord la nuit. Ça donne à réfléchir, ces milliers d'étoiles, imagine leur histoire, leur distance, leur taille donne le vertige. On ne sait pas si elles abritent une vie quelconque et il y en a des milliers… Quand on réfléchit à tout cela avec un bon thé au lait, c’est clair que l’explosion d’un vit-de-mulet, ce n’est pas grand-chose. L’ordi annonce 1968 milles en route direction pour la Tête à l’Anglais, soit pour moi si tout va bien une arrivée le 6 ou le 7. Je terminerai par une pensée pour Fabio (Gennari) sur Bella Donna qui depuis trois jours enchaîne les casses de voile d’avant. Je lui souhaite de trouver la solution qui fonctionnera jusqu’à la Guadeloupe. A très bientôt.Guy qui réalise son rêve mais maintenant vit une belle aventure.
