- 18 nov. 2022
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Nicolas d'Estais
La flotte de Class40 poursuit sa progression dans le Sud-Ouest et espère enfin atteindre les alizés. Les skippers profitent de la navigation sous spi et du mercure qui se réchauffe. Nombre de skippers ont d’ailleurs fait part de leurs petits bonheurs du bord. Si Yoann Richomme (Paprec Arkéa) conserve la tête de la course, Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli, 2e) a dépassé Corentin Douguet (Quegunier – Innoveo) dans la journée.
Ce qu’il faut retenir de la journée de vendredi
Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli) a pris la 2e place devant Corentin Douguet (Quegunier – Innoveo)
Xavier Macaire (Groupe SNEF) est parvenu à réparer et à fixer les fissures, lui qui avait constaté des voix d’eau hier
Pour rappel, Amélie Grassi (La Boulangère Bio) et Aurélien Ducroz (Crosscall), qui avaient démâté, sont arrivés la veille à la Corogne
Une mer calme, des conditions clémentes et une vague d’enthousiasme surtout. Alors que la majorité de la flotte s’étire entre les latitudes des Canaries et des Açores, il y a chez les skippers en Class40 l’impression d’une quiétude retrouvée, idéale pour profiter enfin ce que le large offre de meilleur. Il faut entendre la voix claire et enjoué de Nicolas d’Estais(HappyVore-Café Joyeux) lors de la vacation ce vendredi matin. Le skipper, aux portes du ‘top 10’, est ravi d’évoluer au portant depuis deux jours. Surtout, il dit « _ avoir trouvé son rythme à bord_", "avoir l’impression de tout maîtriser de A à Z » et constater qu’il « y a de la régate et de la bataille à tous les niveaux».
Les petits bonheurs du large
Jules Bonnier (Nestenn - Entrepreneurs pour la planète), actuellement 14e de la flotte, partage ce même enthousiasme. « Je suis super content d’être là, c’est du bonheur au quotidien, s’amuse le Malouin. Le moral est bon. Je suis en short, tee-shirt, il fait chaud et on est au portant, c’est quand même pas mal ! » À 27 ans, lui qui dispute seulement sa 2e course en solo explique : « je n’avais jamais fait plus de 5 jours et demi en solo et sur l’eau. Et franchement, je m’éclate depuis le début ! »
Les petits bonheurs du large se matérialisent toujours de façon différente. William Mathelin Moreaux apprécie « les glissades de l’Ouest, le soleil, la houle et les surfs ». Chez Simon Koster (Banque du Léman), qui talonne le ‘top 3’ et qui a croisé Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli), c’est « le plaisir de voir du monde en vrai et pas juste une position sur l’écran ».
Pour Franz Bouvet (Yoda), c’est le « premier coucher de soleil sans nuage et la superbe nuit étoilée ». Emmanuel Le Roch (Edenred) a « commencé à écouter des podcasts ». Victor Jost (Caisses Réunionnaises Complémentaires), lui, a savouré son plat du soir, « semoule au poulet, super huile d’olive du sud de la France et piment » dégusté « dans le noir absolu car la lune n’était pas encore levée ».
Jules Bonnier
Macaire répare, Amélie retrouve la terre
Ceux qui tentent de sortir de leurs galères font preuve d’optimisme eux aussi. Xavier Macaire (Groupe SNEF) a réussi « à faire des réparations de fortune » afin qu’il « n’y ait plus de voie d’eau et que les fissures soient fixées ». Keni Piperol (Cap’tain Alternance) a également quitté le port espagnol hier soir et ne cache pas le plaisir de retrouver l’air du large et le plaisir de la course. Amélie Grassi (La Boulangère-Bio) a fait le chemin inverse et est arrivée à La Corogne, fatiguée, décontenancée mais revigorée par les nombreux messages de soutien qu’elle a reçu et qui lui « ont fait beaucoup de bien ».
Beccaria, nouveau dauphin
À plus de 1 400 milles de là, au cœur de l’Atlantique, l’intensité de la bataille en tête de course est toujours aussi prégnante. Yoann Richomme compte désormais plus de 60 milles d’avance sur ses poursuivants. La hiérarchie a été modifiée puisque Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli) a pris la 2e place, juste devant Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo). L’Italien, qui avait mis à l’eau son bateau en octobre dernier, avait déjà occupé la 2e place du classement samedi dernier pendant une poignée d’heures. Ambrogio, Corentin et Simon Koster (Banque du Leman) ne sont séparés que d’une dizaine de milles, de quoi garantir un sacré « match dans le match » dans les heures et les jours à venir.
Xavier Macaire
LES VACATIONS DE VENDREDI
Nicolas d’Estais (HapyVore-Café Joyeux) : « atteindre le ‘top 10’ ! » « Je suis au portant depuis deux jours et ça fait du bien. On va vers une météo plus sympa, le bateau est au maximum de son potentiel et tous les voyants sont au vert ! J’ai réussi à monter pour réparer l’aérien, j’espère que ça va durer. Franchement, j’arrive à trouver un rythme à bord, je suis bien conditionné. J’ai le temps d’analyser tout le spectre météo – fichiers, observation du ciel – regarder les implications en termes de manœuvres, de changements de voile… J’ai l’impression de tout maîtriser de A à Z, pas forcément de tout faire bien mais de fonctionner vraiment avec mon propre système. C’est vraiment bien le solitaire ! Les routages me disent que j’ai encore 7 jours jusqu’à l’arrivée mais je n’ai pas envie que ça s’arrête pour le moment. Là, je suis aux portes du ‘top 10’ et j’aimerai bien l’atteindre, je fais tout pour ! Il y a de la bataille, du match et de la régate à tous les niveaux, devant, au milieu, derrière… Et je suis très content de voir qu’Ambrogio (Beccaria, Allagrande Pirelli), qui est ministe comme moi, parvienne à chatouiller les Figaristes ! »
Jules Bonnier (Nestenn - Entrepreneurs pour la planète) : « du bonheur au quotidien » : « Après la première semaine sur une registre plutôt costaud, j’ai pu me changer et enlever mes bottes hier. Je suis en short, tee-shirt, il faut chaud et on est au portant. C'est quand même pas mal ! Le moral va bien et il a été bon tout du long, même si le passage au près a été très long, dont 15 heures vraiment violentes. Mais je suis franchement super heureux d’être en mer. Le bateau marche bien, je m’éclate bien. La « vraie Route du Rhum » commence dans des vents portants aux portes des alizés. J'espère gagner des places. Devant, ils avancent bien. Je crois que Xavier (Macaire) a des soucis. On voit bien aux performances des bateaux lesquels sont diminués. Je suis en train de barrer pour essayer d’aller le plus vite possible, pour faire marcher le bateau à 300% . J’écoute de la musique et des podcasts. Mon programme du jour, c'est manger, boire, dormir. C'est ma deuxième grande course en solo après le Drheam Cup cet été. Je n’avais jamais fait plus de 5 jours et demie en solo et sur l'eau ; et franchement, je m'éclate depuis le début. Je suis super content d’être là, c’est du bonheur au quotidien. Vivement la suite ! »
LES MOTS DU BORD DE LA JOURNÉE
William Mathelin-Moreaux (Dekuplé) : « l’impression que toute la flotte est affamée » « Nous voilà dans les glissades de l’Ouest, le soleil, la houle et les surfs sont au rendez-vous de cette journée ! Ça glisse, ça glisse, ça glisse ! On a l’impression que toute la flotte est affamée ! Il faut tenir le rythme, la motivation est là. Hier, après avoir installé mon aérien de rechange à l’arrière du bateau, j’ai dû faire une bonne série de calibrages en tout genre car ce dernier faisait de sacrés zig-zag. Cela m’a pris une bonne partie de la nuit. Mais c’est bon, j’ai trouvé quelque chose et suis allé dormir rapidement. Autrement, j’aurais vu des vaches à l’avant du bateau je pense ! Le programme est assez simple pour la suite : tout droit ! Quelques changements de voiles évidemment, mais ça va être une course de vitesse. Il ne faut rien casser ! À l’attaque !
Emmanuel Le Roch (Edenred) : « je commence à prendre du plaisir » « Ça glisse ! Sous spi les conditions sont très agréables, le vent est monté progressivement après l’empannage et ça fait des jolies moyennes ! On est passé sous la barre des 2000 miles avant l’arrivée ! Je commence à prendre du plaisir sur cette Route du Rhum ! J’ai même commencé à écouter des podcasts, pendant ce début de course, je n’écoutais pas grand-chose même pas de la musique tellement j’étais focus sur le bateau. C’est sympa, il y a des bateaux autour ça donne du match ! J’ai bien dormi et je suis en forme pour la suite. Je suis aussi très touché par l’accident survenu à l’arrivée de Charles, je n’ai pas de mots… C’est horrible. Je pense fort à leurs familles et à toute l’organisation.
Stan Thuret (Everial) : « ça impacte directement mon sommeil » « Il y a une drôle d’ambiance. Je suis un peu stressé. On est enfin sous vent portant, j’ai envoyé un grand spi hier soir et fait la nuit avec. Et en fait, il faut se réhabituer à des vitesses élevées à 10 et 14 nœuds. On était tout le temps à être au près avec le bateau qui tape. Là, il glisse, il accélère et ça impacte directement mon sommeil. Dans mes rêves, je rêve que je fais des glissades incontrôlées, ou des accidents, des crashs… Même sur des micro-siestes, je me réveille et je ne suis pas très bien ! Ce matin, on a changé le spi, il y a une 20taine de nœuds, la mer est bleue très foncée et on commence à avoir de drôles de petits grains, presque bretons. Je fais cap à l’Ouest, les autres commencent à faire du Sud et ils vont vite et vont me passer devant. Il reste environ 9 jours de portant et on verra ce que ça va donner. Mais maintenant, les dés sont jetés, on déroule ! »
Alberto Bona (IPSA) : "je me suis blessé" « Après ces dix jours de course, je suis bien fatigué, car la course était relativement difficile. Les conditions étaient dures, le bateau était également dur et assez invivable. J’arrivais à dormir quand nous étions au près, mais ça secoue énormément et tu es balancé de droite à gauche. J’ai réussi quand même à me reposer et je suis d’attaque pour les alizés. Je me suis aussi blessé pendant cette période. J’étais dans le cockpit et une vague m’a fait tomber contre la cloison et je me suis ouvert l’arcade sourcilière, rien de grave, mais j’ai du appeler le médecin, j’ai donc mis ma course entre parenthèse. J’ai perdu beaucoup de place et de terrain. Mais je suis revenu très vite dans la course. Je suis content de ma position, je savais que le bateau allait bien et que je pouvais faire un bon résultat. Le bateau a quelques petits bobos : on n’a plus d’aérien, le mode pilote est un peu dégradé, mais comme c’est normalement tout droit vers les Antilles, ça devrait aller. On est enfin entré dans les alizés, donc ça va beaucoup mieux. Je vous laisse, je dois border le spi ! »
Marc Lepesquieux (Curium life forward) : “enfin du spi et de la glisse » « Le début de nuit a été compliquée. J'étais passé sous le pilote 1, pour cela il faut que j'aille bricoler et il n'y a plus du tout de pilote ! Le 1 est meilleur mais plus sensible aux instabilités et bugs de l'aérien. Mais je me suis aperçu que je ne passerai pas la nuit avec, trop gourmand. Je suis donc repassé sous pilote 2 depuis ! Je commence à voir à quelle réactivité je peux le mettre pour ne pas être à plat de batterie au matin.Je suis passé sous spi A4 cette nuit. Enfin du spi et de la glisse ! La transition fut rapide entre près et spi, moins de 12h. Le vent était soutenu et j'ai fait des surfs à 18 nds. Je suis en permanence à proximité immédiate du seul afficheur du pilote 2, cad au poste de veille bâbord. J’ai eu des petits problèmes avec les Constrictor de drisse de spi et d'amure. Je fais avec. Je me retrouve avec le bout d'amure qui est sur un winch et traverse le cockpit. Pas pratique ! La météo nous fait arriver le 25 novembre en fin de journée Une semaine tout droit quasi à barrer et régler. Objectif : rattraper certains devant et larguer les suiveurs ! »
