- 18 nov. 2022
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© Stran Thuret (Everial)
[Mots du large] Ils en ont la couleur, l’odeur, mais pas encore toute la saveur. En tête de flotte, comme plus à l’arrière où le « beurre devient plus facile à tartiner, » dixit Franz Bouvet (Yoda), tous les skippers apprécient à leur juste valeur la douceur des vents favorables dont ils bénéficient. Aux portes des alizés, la promesse de vite glisser vers la Guadeloupe se rapproche enfin des étraves. De jour comme de nuit, bonheur et la splendeur sont sur sur l’eau. Pour Amélie Grassi (La Boulangère Bio), arrivée à bon port à La Corogne, après cinq jours de convoyage à bord de son bateau démâté, les sentiments se mélangent. Pour Mickael Mergui (Centrakor) qui lui avait porté assistance hier, c’est en revanche l’enthousiasme d’un retour en course imminent, qui l’emporte ce vendredi matin…
Simon Koster (Banque de Léman) : « Des bateaux en vue ! » « Aujourd’hui, j ai croisé Ambrogio (Beccaria) avec son joli bateau Pirelli, ça fais plaisir de voir du monde en vrai, et pas juste une position sur l’écran. Vu que mon antenne VHF dans le mât est foutue, je vois pas grand chose a l’AIS (Automatic Identification System), et la portée VHF est pire que la VHF portable. Même si les bateau sont pas très loin mais pas en visu, je les vois que sur les Possreport (relevés des positions) que je peux télécharger toute les heures. Un peut plus tard il y a aussi eu Corentin (Douguet) qui est apparu a l’horizon.... Je vais devoir essayer de re-bidouiller l’antenne secours pour qu'elle fonctionne. C'est sur la « joblist ». Aujourd’hui, il y a un des deux safrans qui s est relevé dans un impact, est il y avait un peut de ficelle refaire pour pouvoir le remettre en place. Je crois que c’est dû à une petite baleine, j’ai juste vu quelque chose de noir une fraction de seconde... J’espère qu'elle n’a pas trop souffert. Maintenant, place au manger et au dodo, parce que je sens qu’il va falloir s’appliquer un peu pour trouver sces alizés… »
Franz Bouvet (Yoda) : « Le beurre plus facile à tartiner » « Pas de dauphin ou autre animal marin en vue. Premier coucher de soleil sans nuage hier soir, et une superbe nuit étoilée. Le soleil se lève avec un ciel dégagé mais un bande de nuages sur l’horizon. Le vent commence à être moins froid et le beurre plus facile à tartiner. C'est bon signe. Le vent a faibli, mais le bateau n'est plus arrosé en permanence par les embruns. Tout va bien à part un gennaker à démêler. »
Victor Jost (Caisses Réunionnaises Complémentaires) : « Cerise sur le gâteau, le vent s’est mis doucement à tourner » « Je suis rentré dans une zone de navigation de rêve ! Au risque de me répéter, ici, le temps est ensoleillé, la mer est d'un bleu hyper intense et l'air est doux. Quel bonheur ! Hier en début de nuit, j'ai commence par une petite sieste de 20 minutes car j'étais fatigué, puis je me suis assis dehors sur mon petit siège transportable (ultra confort), j’ai allumé un poadcast et je me suis fais un petit plat de semoule au poulet lyophilisé. Agrémenté d'une super huile d'olive du sud de la France (que l'équipe Chevillard m'a apporté express) et d'un peu de piment... Ohlala, c'était bon. Le tout dégusté dans le noir absolu car la lune n'était pas encore levée. Très bon moment. Ensuite j’ai eu le droit a une nuit pleine d’étoiles, c'était de la folie... J’ai passé du temps dehors à régler mes voiles car le vent était très changeant. Malheureusement, je n'arrive pas à photographier ce genre d’images, donc ça restera dans votre imaginaire. Mais je peux vous aider à faire le dessin : un grand mât au milieu qui se balance au gré des vagues, avec une grand-voile immense assez sombre et au sommet du mat une petit lumière verte. Et vous pouvez y mettre un fond noir couvert d’étoiles... Trop beau ! Pour continuer dans cette lancée, j'ai le droit a un lever du soleil, canon ! (…) Enfin, et ça c'est la cerise sur le gâteau, le vent s'est mis doucement à tourner. J’ai envoyé à l'instant mon grand gennaker, ça fait du bien de manoeuvrer un peu. Et ce soir si tout se déroule comme prévu, j'envoie un spi et c'est parti pour les grands surfs dans les alizés !!! Wouhou ! »
Amélie Grassi (La Boulangère Bio) : « j’ai le mal de terre » « Je suis un peu cassée, j’ai le mal de terre je crois et ce sont des sentiments mitigés d’être ici. Quand j’ai vu le port de la Corogne, j’ai pleuré. Tant que je n’étais pas arrivée, j’étais juste concentrée pour ramener le bateau et je n’ai pas eu trop le temps d’intellectualiser la chose. Je suis contente d’être là, mais c’est dur de se dire que c’est fini car c’est beaucoup de travail et d’engagement ce genre de projet. Ce qui est positif c’est que j’ai pris un super départ et au moment du démâtage, j’étais bien positionnée dans le groupe de tête. Je naviguais bien, j’avais la vitesse. J’étais vraiment contente de parler à Aurélien de Crosscall car lui seul comprenait ce que j’étais en train de vivre. Personne ne peut imaginer à quel point les vagues étaient grosses (…) Ça nous rappelle que la mer est dangereuse et qu’on ne choisit pas trop ce qui nous arrive. On évoluait dans un environnement indomptable, on faisait le dos rond en permanence. D’un instant à l’autre, je n’avais plus la main sur rien. Les vagues étaient tellement énormes que la porte du bateau est restée fermée pendant 5 jours. Nous avons beaucoup échangé avec Aurélien, c’était vraiment porteur de le savoir à côté. J’ai aussi reçu beaucoup de messages de soutien qui m’ont fait énormément de bien. »
Mickael Mergui (Centrakor) : « Je veux repartir, ne rien lâcher » « Je suis super fatigué, j'ai réparé sans relâche pendant quatre jours à La Corogne mais je veux repartir, ne rien lâcher. Je repars fort de tous ces messages de bienveillance et d'encouragements, ça fait chaud au coeur ! »
