- 1 nov. 2022
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Eloi Stichelbaut - polaRYSE / Charal
Quel est le point commun entre Sam Davies, Yannick Bestaven, Jérémie Beyou, Paul Meilhat, Boris Herrmann, Maxime Sorel et Kevin Escoffier ? Tous naviguent sur des IMOCA de dernière génération, mis à l’eau en 2022. Lancés plus ou moins tard dans la saison, ces bateaux ultra technologiques nécessitent un temps de fiabilisation et d’optimisation conséquent. La Route du Rhum – Destination Guadeloupe arrive donc vite pour ces sept marins. Quels objectifs peuvent-ils viser ?
Sur les 38 IMOCA présents dans le bassin Duguay-Trouin, sept ont été lancés en 2022 : le Holcim - PRB de Kevin Escoffier (le 8 mai), le V and B – Monbana – Mayenne de Maxime Sorel (le 27 juin), le Charal de Jérémie Beyou (le 11 juillet), le Malizia – Seaexplorer de Boris Herrmann (le 19 juillet), l’Initiatives-Cœur de Sam Davies (le 30 juillet), le Maître CoQ V de Yannick Bestaven (le 27 août) et le Biotherm de Paul Meilhat (le 31 août). On le voit, les mises à l’eau ont été plus ou moins tardives.
Cinq sisterships, deux designs inédits
Parmi ces bateaux neufs, cinq sont des sisterships de bateaux déjà existants, avec des ajustements pour encore gagner en performance (au niveau de l'étrave, des foils, de l'ergonomie, etc.). Seuls Charal (plan Manuard) et Malizia – Seaexplorer (plan VPLP Design) sont issus de nouveaux designs, avec de nouvelles philosophies de carène. Pour prendre en main son IMOCA innovant (notamment au niveau des safrans), Jérémie Beyou peut compter sur une équipe solide et rôdée pour accélérer la prise en main. « On a réussi à faire avancer en même temps une équipe pour la fiabilisation du bateau et une autre équipe pour la performance, avec Franck Cammas, explique-t-il. Les deux équipes sont montées en puissance en parallèle, sans se marcher sur les pieds. On n’a pas encore balayé tous les états de mer et de vent mais on a déjà compris beaucoup de choses. » Parmi les marins qui partent d’une base existante, on trouve Maxime Sorel qui navigue sur le sistership d'Apivia : « C’est la bonne option pour moi. Je ne voulais pas partir d’une feuille blanche. Structurellement le bateau a fait ses preuves, on navigue donc plus sereinement d’entrée de jeu. On fait aussi avec les moyens financiers et humains dont on dispose. »
« Bien sûr, un bateau neuf peut gagner ! »
Dès début 2023, Thomas Ruyant disposera lui aussi d'un bateau neuf mais en attendant, il navigue à bord de LinkedOut, un IMOCA qu’il connaît sur le bout des doigts, ce qui en fait l’un des grands favoris de cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe. « Bien sûr, un bateau neuf peut gagner ! Il faut vraiment les surveiller. Ils arrivent avec des super machines, et des belles équipes. Même s’ils ont eu moins de temps que nous pour préparer les bateaux ils peuvent être vite dans le match, prévient-il. Cela va dépendre de la météo des trois premiers jours. Si les conditions sont plutôt cool, il faudra vraiment compter sur les derniers-nés. Si la météo est difficile, ce qui est probable en novembre, la très bonne connaissance du bateau sera un atout. Cela peut mettre du piquant à la course et faire une sélection d’entrée de jeu. » Charlie Dalin est dans la même situation que Thomas Ruyant. Imbattable à bord d’Apivia en 2022, il se méfie de la nouvelle concurrence : « Les IMOCA neufs sont tous encore en phase de fiabilisation même si j’ai l’impression que certains sont assez bien avancés dans leur développement. Les niveaux de préparation sont un peu inégaux entre les nouveaux bateaux. »
Ils visent le haut du tableau
Parmi les marins très ambitieux, Jérémie Beyou ne cache pas ses ambitions malgré la jeunesse de son bateau. « Selon les conditions, il y a vraiment moyen de sortir un gros score, ça ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt, dit-il. Ce serait facile de dire qu’il n’est pas possible de gagner la Route du Rhum avec un IMOCA neuf. Oui j’ai envie de gagner, et cet objectif n’est pas illusoire. Nous avons travaillé dans cette optique. » Kevin Escoffier vise haut lui aussi : « Je n’ai pas le statut de favori, comme beaucoup de skippers sur des bateaux neufs. J’ai envie de faire une belle Route du Rhum et un beau projet sur le long terme, donc il faut terminer, et tirer dessus quand cela sera possible. Si je suis en dehors du top 5, ce sera une place décevante. Il faut être ambitieux. Je ne pars pas pour regarder les autres naviguer. J’ai à cœur de faire le meilleur résultat possible. » Maxime Sorel a le même objectif : le top 5.
Ils veulent avant tout engranger de l’expérience
Les autres sont ambitieux mais veulent avant tout aller au bout du parcours pour gagner en confiance. « Même si je continue à le découvrir, le bateau a l’air sain, les sensations sont bonnes, raconte Boris Herrmann. C’est une grande fierté de voir que tout fonctionne après le travail de l’équipe. L’objectif à la Route du Rhum, c’est de faire au mieux, d’assurer et d’aller au bout. Ce sera une étape importante avant de se rendre à Alicante et de disputer The Ocean Race (le tour du monde en équipage avec escales, NDR). C’est important que le bateau arrive en bon état. »
Vainqueur en 2018, Paul Meilhat ne veut pas se tromper d’objectif : « Je ne pense pas du tout au statut de tenant du titre, je ne me mets aucune pression par rapport à ça. L’objectif n’a jamais été de défendre mon titre. J’aborde la course avec beaucoup d’humilité. Le couple skipper-bateau ne coche pas la case de favori. Aujourd’hui, je suis encore dans une phase de fiabilisation et de prise en main de mon IMOCA, et c’est normal. »
Le vainqueur du Vendée Globe 2020-2021, Yannick Bestaven estime être à 70% du potentiel du Maître CoQ V pour l’instant. « Mais j’espère apprendre vite, ajoute-t-il. Une chose est sûre, je vais me donner à fond. Si on est un peu juste en timing pour la Route du Rhum, on est en avance pour le Vendée Globe et c’est vraiment cet objectif-là que l’on s’est fixé en termes de résultat. »
Quant à Sam Davies, elle aborde sa deuxième Route du Rhum – Destination Guadeloupe avec son habituel enthousiasme. « Je suis très satisfaite des performances d’Initiatives-Cœur. Je suis parfois étonnée par ses vitesses moyennes et la facilité de le faire avancer. Le timing a été un peu court pour fiabiliser le bateau et finir de monter tous les systèmes (Sam navigue par exemple sans ballasts, NDR). J’ai hâte de partir au large en course sur mon bateau, je vais beaucoup apprendre. J’ai du mal à me fixer un objectif sportif précis car j’ai peu navigué au contact des autres bateaux.»
