- 15 nov. 2022
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Yoann Richomme et Corentin Douguet, ici au départ.
Après la dureté des trois derniers jours, une majorité de la flotte converge dans l’archipel des Açores en poursuivant leur plongé dans le sud. Yoann Richomme (Paprec-Arkéa) mène toujours la danse et creuse légèrement l’écart. Ivica Kostelic (ACI), lui, a abandonné alors qu’Andrea Fornaro (Influence) et Emmanuel Le Roch (EDENRED) ont décidé de rallier Ponta Delgada, pour une escale technique. État des lieux.
Ce qu’il faut retenir de ce mardi en Class40 :
Yoann Richomme (Paprec-Arkéa) creuse légèrement l’écart avec Xavier Macaire (Groupe SNEF) et Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo) à près de 20 nœuds
Ivica Kostelic (ACI) en proie à des soucis d’aériens, a abandonné et fait route vers Cascais, c’est le 14e abandon de la flotte
Deux skippers Andrea Fornaro (Influence) en raison d'un problème de quille et Emmanuel Le Roch (EDENRED) en raison d'une cloison et d'un souci de voile d'avant déchirée sur la hauteur ont prévu de s'arrêter à Punta Delgado, sur l'île de Sao Miguel aux Açores.
Les conséquences sur les organismes et les bateaux sont encore là. Impossible d’oublier le déchaînement des éléments, la mer chaotique et les rafales puissantes de ces derniers jours. Les corps et les têtes sont fatigués par cet enchaînement de fronts et les nombreuses avaries de ces derniers jours. Difficile aussi, de se focaliser uniquement sur la course lorsqu’on apprend, coup sur coup, qu’un de vos camarades de jeu a heurté un OFNI (Mathieu Perraut, Inter Invest) et qu’un autre a démâté (François Jambou, À l’aveugle – Trim Control). En l’espace de 24 heures, ils sont donc quatre à avoir définitivement abandonné : Jean-Pierre Balmes (Fullsave), François Jambou (À l’aveugle – Trim Control), Jean Galfione (Serenis Consulting) hier et Ivica Kostelic (ACI) ce matin. Le Croate, victime de problème d’aérien, s’est dérouté vers Cascais, lui qui s’était déjà arrêté à La Corogne samedi dernier.
La Class40, la plus représentée au départ à Saint-Malo, est de loin celle qui compte le plus d’abandons : on en dénombre quatorze désormais. Les skippers toujours en lice aspirent désormais à un peu de répit. La décharge d’énergie a d’ailleurs eu des conséquences particulières. Le leader Yoann Richomme (Paprec-Arkéa) évoque ainsi « avoir eu mal aux oreilles tellement le bruit était permanent ». « Heureusement que j’avais acheté des boules Quies », s’amuse Kito de Pavant (HBF Reforest Action), qui se réjouit néanmoins de naviguer vers des jours meilleurs. « À priori, on a passé le plus dur ! » lâche celui qui sait d'expérience que ces moments difficiles seront vite oubliés.
Kito de Pavant.
La porte se referme au Sud, la bataille s’intensifie aux Açores
La flotte, elle, se divise toujours entre deux groupes. D’un côté, les Sudistes qui filent vers Madère avant de bifurquer à l’Ouest. Parmi eux, il y a Marc Lepesquieux (Curium Life Forward), Cédric Chateau (Sogestran-Seafrigo) et Stan Thuret (Everial). Ce dernier a les mots pour résumer la quête du moment : « il y a un parallèle évident avec la montagne. On cherche à trouver notre chemin à travers la pente raide et les sentiers cabossés pour trouver le passage le moins chahuté afin d’accéder à la descente ». Sauf que de ce côté-là de la flotte, Stan reconnaît que « la porte qu’on voyait s’ouvrir vers Madère se referme un peu ». Il faut donc prendre son mal en patience avant de mettre le cap vers l’Ouest. Victor Jost (Caisses Réunionaires Complémentaires, qui fait la même route, confie : « pour l’instant, je ne vais pas cacher que c’est dur »
Le peloton le plus conséquent des Class40 se situe à près de 400 milles en latérale, au Nord-Ouest. Là, tous s’activent à dépasser l’archipel des Açores. Yoann Richomme passe son 3e jour aux commandes de la course. L’écart se creuse légèrement avec ses deux principaux poursuivants, Xavier Macaire(Groupe SNEF, 2e) et Corentin Douguet (Queginer – Innoveo, 3e).
Mais tout reste à faire, d’autant qu’une stratégie claire ne se dessine pas encore pour les prochaines heures. « Afin de traverser l’anticyclone, la bonne option n’est pas claire. Il faut faire ‘tourner’ plein de scénarios pour voir où sont les risques », expliquait le leader ce matin. « Le problème aujourd’hui, c’est d’aller chercher les alizés sans tomber dans la molle de l’anticyclone », poursuit Antoine Carpentier (Redman), en embuscade à la 6e place. À l’instar de l’ensemble de la flotte, il espère pouvoir bénéficier le plus vite possible des alizés. « Je les toucherai peut-être demain ou après-demain, explique-t-il. Mais il faut accepter d’avoir peu de vents portants jusqu’à l’arrivée. C’est une Route du Rhum de près ! »
Antoine Carpentier.
Vacations et mots du large
Antoine Carpentier (Redman) : « C’est une Route du Rhum de près » « Le problème aujourd’hui, c’est d’aller chercher les alizés sans tomber dans la molle de l’anticyclone. Il faut faire du Sud. J’ai eu un souci sur mon câble de J2 au dernier passage de front. D’où ma route, puisque je n’ai pas vraiment d'autre choix, parce que je n’ai plus de voile de gros temps. Nos nouveaux bateaux avec les nez ronds sont moins marins que nos vieux Class40, les chocs sont plus violents et cela ne m’étonne pas qu’il y ait plus de bateaux qui cassent. Je garde espoir, je toucherai peut-être les alizés demain ou après-demain. Même s’il faut accepter qu’on n’aura pas beaucoup de vents portants jusqu’à l’arrivée. C’est une Route du Rhum de près ! En mode survie, c’est compliqué de tout faire : manger, dormir. Je suis plutôt content de ne pas trop avoir cumulé de fatigue, d’arriver à me reposer malgré les sauts dans la bannette. La route est encore longue, mais les premiers qui vont toucher les alizés, vont creuser un peu les distances. Cela va se jouer dans les prochains jours. »
Kito de Pavant (HBF-Reforest’Action) : « À priori, on a passé le plus dur » « On a peu ramassé ces derniers jours. La journée d’hier a été cauchemardesque. Ça a commencé par l’amure du J2 que j’ai pris dans la gueule, après c'était la bastaque et j’ai quand même une cloison qui a pété à l’intérieur. S’il fait beau dans les prochains jours, ça va le faire. Si on reprend du mauvais temps, cela va être plus compliqué, même si c’est sous contrôle. Je reste confiant. Franchement, les 5/6 premiers jours étaient pas drôles. Je ne mange pas beaucoup, je grignote, mais faire un plat chaud, c’était mission impossible tellement ça volait dans le bateau. Va falloir que je reprenne ça de manière plus cadrée, sinon je vais arriver tout maigre aux Antilles. Pour l’instant, à part le départ lui-même, je n’ai pas vu l’once d’un moment de plaisir. Mais j’ai l’habitude de dire que le plaisir on le prend une fois qu’on est arrivé en Guadeloupe. »
Victor Jost (Caisses Réunionnaises Complémentaires) : « je suis résilient, je me dis que le meilleur est à venir » « Je fais route plein Sud et ça mollit. Ce n’est pas pour me déplaire d’en avoir fini avec le dernier coup de vent de la course. Il n’y a pas grand-chose de cassé, c’est plutôt cool, à part des petits détails comme le chariot de grand-voile qui a cassé, mais j’en avais un de rechange. J’ai eu aussi une avarie au niveau de mon pilote automatique, ça m’a fait un peu peur, mais j’ai trouvé le problème et je m’en sors plutôt bien. Pour l’instant, je ne vais pas cacher que c’est dur. Parfois, je vais dehors et je crie que je fais la Route du Rhum. Cela me remonte le moral ! Je suis résilient, je me dis que le plus dur est passé et que le meilleur est à venir. Cela permet d’avancer ! Je passe pas mal de temps à l’intérieur. Depuis deux jours j’arrive à me nourrir, et j’ai attaqué les friandises que j’avais embarquées. Et sinon, je fais de la carto, j’écris de longs mails aux personnes qui me suivent et m’encouragent, et je lis un bouquin que j’avais quand j’étais ado, un livre fantastique sur des dragons ! Je suis entrain de me refaire tous les tomes ! »
Mathieu Claveau (Prendre la mer, Agir pour la Forêt) : « Pour mon anniversaire, je veux du soleil ! » « Pour mon anniversaire, il y a des petits trucs qui sont cachés, mais cette nuit, j’ai pas mal dormi, pour bien récupérer du front. Je vais regarder ça cet après-midi, mais c’est sympa. C’est une chouette journée qui commence pour moi avec une navigation relativement simple après la journée d’hier. Au programme : réparations diverses et repos ! Je suis à côté de Morgane (Ursault-Poupon), et on se tire la bourre tous les deux depuis un petit moment. Je suis placé là où je voulais pour un atterrissage au Sud-est des Açores et cela devrait bien se dérouler pour la suite avec le passage de la dorsale. Et puis je suis très content du classement. Je ne sais pas si j’arriverai à tenir cette position jusqu’au bout. Il va falloir trouver un petit trou de souris, avec une aile de mouette sur les routages qui se dessine. J’analyse les cartes météo. Cela ne me paraît pas infaisable avec des conditions que j’aime bien en tant que Méditerranéen. J’espère qu’on va avoir un peu de soleil. C’est que je veux pour mon anniversaire, parce que pour l’instant, c’est très gris ! »
Marc Lepesquieux (Curium Life Forward) : “plus une aventure qu’une compétition” “Cette nuit, il a fallu recharger les batteries et le second alternateur n'a produit que quelques secondes et après plus rien. Plus d'énergie fossile produite à bord. Il va falloir faire confiance au solaire ! CURIUM en est bien doté mais il faudra du soleil tout de même. Après le soucis structurel à l'avant, les deux aériens HS sauf peut-être un dans les mers calmes, cette transat va relever plus de l'aventure que le compétition. La route sud devrait me donner du soleil, en plus du vent je l’espère. Hier, j’ai croisé Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) qui m’expliquait n'avoir jamais croisé autant de bateaux sur la course. J'ai bien peur pour lui que les cinq premiers ne soient pas rattrapables. Précédemment, nous avions été toute la journée bord à bord avec Martin Le Pape. Cela permet de s'étalonner. Là je suis seul. Ce n’est pas très drôle. »
