- 27 nov. 2022
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Jean-Sébastien Biard - JSB Déménagements
Alors que la nuit de samedi à dimanche a été marquée par l’arrivée de Gwen Chapalain (Guyader – Savéol), 5e de la catégorie Rhum Multi, la course continue pour la majeure des concurrents toujours en lice dans la catégorie Rhum. Ce dimanche à la mi-journée, huit concurrents étaient en toujours en Rhum Multi, onze en Rhum Mono. Quatre d’entre eux sont attendus demain à Pointe-à-Pitre : Fabrice Payen (Ille-et-Vilaine Cap vers l’Inclusion), Philippe Poupon (Flo) et Etienne Hochede (Pir2) en Multi, Catherine Chabaud (Formatives ESI Business School Pour Ocean As Common) en Mono.
Si le podium est connu depuis avant-hier, la bagarre continue encore à tous les étages chez les Rhum Multi, notamment entre Fabrice Payen et Philippe Poupon, au coude à coude pour une 6e place sur cette 12e édition de La Route du Rhum – Destination Guadeloupe. A la mi-journée dimanche, le second ne comptait 2,6 petits milles d’avance sur le premier mais progressait à 5 nœuds plus vite. «Hier après-midi, j’ai croisé Primonial qui était déjà sur le chemin du retour. Puis en fin de journée, Flo de Philou (Philippe Poupon) que je savais proche. Nous naviguons à vue depuis. J’espère un final sympathique pour le tour de la Guadeloupe ! La nuit a été difficile à gérer les grains. J'ai eu le réflexe en fin de nuit de rouler le gennaker avant la "diablesse" à 30 nœuds et suis allé me reposer quelques minutes, épuisé ! On est à 30 milles de mon point d'empannage au nord de l'île Philou est parti pus à la côte, j'espère qu'on se recroise pour le final», écrivait Fabrice Payen en début d’après-midi. De son côté, Philippe Poupon avait hier soir une pensée pour Gilles Buekenhout (JESS) : «Il avait la course gagnée avec une bonne avance, les Guadeloupéens allaient l’accueillir en vainqueur de la classe Multi Rhum. Et puis en quelques secondes tout bascule, un grain noir avec des vents catabatiques, une survente, une vague un peu plus creuse au mauvais moment et le bateau chavire, le skipper Gilles s’envole. Le bateau à l’envers, le skipper sous le choc et un gentil cargo qui le récupère et le dépose en Guadeloupe. La Classe Multi Rhum s’organise pour lui venir en aide et qu’il puisse retrouver son bateau, le remettre à l’endroit. On lui souhaite d’être au départ de la Route du Rhum dans 4 ans. Le Flo est encore à flot. On touche du bois !», écrivait-il de son côté.
Derrière, on assiste à un autre match entre trois bateaux : Acapella – La Chaîne de l’Espoir (Charlie Capelle), Château du Launay (Christophe Bogrand) et Moxi – Bâti Armor (Thomas Lurton), encore à plus de 650 milles de l’arrivée.
Chez les Rhum Mono, Catherine Chabaud, qui bénéficie d’une confortable avance sur Wilfrid Clerton (Cap au Cap Location) et le Guadeloupéen Willy Bissainte (Tradisyon Gwadloup) est bien partie pour s’emparer de la deuxième place de sa catégorie. Elle est attendue lundi après-midi (heure locale) à Pointe-à-Pitre. De leur côté, Wilfrid Clerton (2e) et Willy Bissainte (3e) sont respectivement attendus mardi matin très tôt et dans la nuit de mardi à mercredi.
Pour les retardataires, la situation s’éclaircit enfin et les moyennes de vitesse augmentent après plusieurs jours dans la pétole. En effet, la queue de flotte dans laquelle on retrouve Arnaud Pennarun (Viabilis – Pen Duick III & ACH pour les enfants de Robert Debré) et Daniel Ecalard (SOS Pare-Brise +) retrouve un alizé d’est-nord-est plus consistant ce dimanche, en lien avec le renforcement de l’anticyclone des Açores. Une situation qui devrait se prolonger demain selon les prévisionnistes de Météo Consult, mais qui ne garantit pas une arrivée avant la fermeture de ligne le 7 décembre à 18h00 heure française. A suivre !
Ils ont dit:
Laurent Eitheimer (Happy) : «Bonjour. On s’approche du but ce matin. Plus que 830 milles nautiques jusqu’à la pointe nord de l’île. Après, il restera une cinquantaine de milles mais là, l’estimation de temps pour faire le tour de la Guadeloupe est assez aléatoire !! Hier : journée et nuit compliquées avec beaucoup de grains, de nombreux envois et affalages de spi pour finir la nuit sous grand-voile seule. J’ai également eu la compagnie d’un fou de bassan il survolait le bateau en rasant le spi disparaissait pour réapparaître un quart d’heure plus tard. Finalement, il se servait du bateau, qui sur son passage, effraie les poissons-volant. Lui est là pour les attraper. Voilà pour les petites anecdotes d’hier a bord d’Happy. Bonne journée.»
Catherine Chabaut (Formatives ESI Business School pour Ocean As Common) : "La mer est bleu outremer un peu gris avec plein de moutons blancs parce qu’il y a quand même un peu d’air, entre 19 et 22 nœuds, parfois moins, parfois un poil plus. On a du vent d’est qui oscille, plutôt est nord-est maintenant ou parfois qui revient un peu est sud-est, ce qui n’est pas très bon pour ma route. Et donc j’observe tout ça. JE suis tribord amure direction la pointe de la Grande Vigie. C’est bon d’avoir un waypoint qui est au nord de l’île. Ça sent non pas la fin du voyage mais une prochaine étape. Je suis toujours sous solent. Cette nuit, on attendait 25-30 nœuds. Il n’y en a pas eu autant que prévu. J’ai eu des grains, mais pas très violents. A vrai dire, physiquement, je n’étais pas capable de renvoyer le grand spi ou le gennaker hier soir et puis les nuits plus cool, je gère l’écart avec Wilfrid. J’ai très envie d’envoyer le spi, surtout pour me faire plaisir mais j’ai encore cette problématique de la vibration. Je pense que j’ai vraiment un objet, peut-être un fil de pêche, peut-être plus que ça autour de l’hélice. Dès que je pars en survitesse, ça fait une énorme vibration dans tout le bateau. C’est assez impressionnant. Je vais attendre que ça molisse un peu et que la mer soit moins agitée pour l’envoyer. J’ai un peu abandonné l’idée de battre le record du bateau puis qu’il aurait fallu que j’arrive aujourd’hui. Et je gère mon physique. La fille est fatiguée mais j’ai un super moral. Je suis contente d’être là. Je profite des moments. Je pense à cette traversée, à tout ce que ça m’apprend et c’est absolument formidable. Je suis absolument horrifiée de traverser des champs de sargasses. Il y en a vraiment partout, un peu moins aujourd’hui, mais ces derniers jours, c’était vraiment hallucinant. Quand on pense que tout ça va aller s’échouer sur les plages antillaises ou des Caraïbes, ça fait vraiment peur. Et on aimerait bien savoir pourquoi ça prolifère à ce point, et aussi loin dans l’Atlantique. Je ne sais pas comment je vais gérer le tour de la Guadeloupe. J’attendais de savoir à quelle heure j’arrivais à la Grande Vigie. Je pense que je vais arriver demain aux alentours de 9-11h TU. Il fera encore nuit. En route directe, j’ai 80 milles et je vais voir avec Éric Mas comment je vais gérer tout ça, en partie la nuit, en partie le jour. J’ai pour principe de gérer un peu étape par étape. Je m’inquiète un peu de tous les dispositifs de concentration de poissons qui sont tout autour de la Guadeloupe. Il va falloir être vigilant. Je pense que je ne vais pas beaucoup dormir pendant cette journée. Je ne sais pas vers quelle heure je vais franchir la ligne, qui me paraît bien lointaine à cette heure. Je n’ai plus vraiment de goût à manger tout ce que j’ai à bord. Je me nourris. Il n’y a rien que je déguste. Si, aujourd’hui, je me suis fait des œufs entre coques et mollets. C’est un de mes régals mais j’aurai plaisir à retrouver un peu de crudités, des choses fraîches à terre. Dans le cockpit, le tape-cul me faisait une bonne zone d’ombre mais maintenant, le soleil a tourné du coup il fait 40°C à l’intérieur du bateau. Il fait vraiment très, très chaud. Je rêve d’une douche parce que les douches que je prends à l’eau de mer et rinçage avec un litre d’eau douce sont formidables. Ça fait un bien fou mais je n’arrive pas à me dessaler. J’ai l’impression d’être poisseuse. Comme on va approcher plus de l’arrivée, je vais pouvoir un peu plus consommer parce que je n’ai pas de dessalinisateur à bord donc je suis prudente sur ma consommation d’eau. Et en termes de course, de compétition, je surveille comme je le peux Wilfrid Clerton car ses positions ne sont jamais les mêmes que les nôtres. C’est un peu agaçant d’ailleurs tout ça, mais bon, on fait avec. Je pense qu’il avait encore pas loin de 140-150 milles de retard ce matin. Je pense qu’il ne les rattrapera pas. Mais quand même, il me met un peu la pression. A la limite, c’est moi qui me met la pression car je veux mener le bateau du mieux que je peux et là, à vrai dire, je crois qu’il est bien réglé pour le vent que j’ai. Je serais mieux sous gennaker et d’ici quelques temps, je serai volontiers sous spi."
