- 29 oct. 2022
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Avec 15 nationalités représentées, la transatlantique n’a jamais été aussi cosmopolite. Ils sont en effet 25 skippers étrangers à s’élancer le 6 novembre prochain. Originaires de tous les continents, de l’Australie aux États-Unis en passant par la Chine et l’Afrique du Sud, ils expliquent leur fascination pour cette course et leur volonté, aussi, de populariser la course auprès de leurs concitoyens.
La Britannique Pipe Hare (Medallia) est une habituée des pontons depuis 2011. Elle s’en amuse : « je ne me sens pas du tout comme une étrangère. J’ai vraiment l’impression d’être dans la communauté de la course au large. En France, je me sens comme à la maison ». Ce sentiment-là, ils sont nombreux à l’avoir : la voile n’a pas définition pas de frontière. Au total, 25 skippers étrangers composent donc cette 12e édition de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Ils sont représentés dans quatre des six classes engagées avec une prime pour la Class40 (10 marins) et surtout l’IMOCA (13 skippers).
Parmi eux, Xu Jingkun (China Dream-Haikou), premier Chinois a tenté l’aventure, lui qui réunit des dizaines de millions de followers sur les réseaux sociaux. On compte également deux étrangers en Rhum Multi – le Franco-Israélien Oren Nataf (Rayon Vert) et le Belge Gilles Buenkenhout (Jess) ainsi que le Britannique Sam Goodchild (Leyton) en Ocean Fifty.
Des prétendants et des aînés prestigieux
Sam Goodchild (Leyton), justement, fait partie des favoris à la victoire finale dans sa catégorie. Le vainqueur du Pro Sailing Tour en 2020 ne s’en cache pas : « bien sûr que j’ai une chance de gagner mais je ne suis pas le seul, confie le Britannique. Je veux me donner le maximum de chance et faire de mon mieux ». Il y a aussi des outsiders sérieux pour les places d’honneur à l’image de Boris Herrmann (Malizia-Seaexplorer) et Sam Davies (Initiatives Cœur) parmi les IMOCA. Même situation chez les Class40 où le Suisse Simon Koster (Banque du Leman), le Croate Ivica Kostelic (ACI) et les Italiens Ambrogio Beccaria (Allagrande Pirelli) et Alberto Bona (IBSA). « Même si le niveau est très élevé, j’espère tout faire pour rester accrocher au groupe de tête » explique Alberto Bona qui a mis son bateau en août dernier.
Ces skippers rêvent de s’inscrire dans les pas des précédents vainqueurs de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe. Et la liste est particulièrement prestigieuse, dans le sillage du Canadien Mike Birch (1978), à jamais le premier, vainqueur en 98 secondes et dont la mémoire est célébrée depuis son décès mardi dernier. Il y a aussi eu le Suisse Laurent Bourgnon au cœur des années 1990 (1994, 1998), les Britanniques Ellen MacArthur (2002, IMOCA) et Phil Sharp (2006, Class40), l’Italien Andrea Mura (2010, Class Rhum) et l’Espagnol Alex Pella (2014, Class40).
Une course qui fascine, partout dans le monde
À chacun son ambition donc. Certains souhaitent s’aguerrir, d’autres aspirent à franchir à cap et certains s’élancent par goût de l’aventure, du challenge et de la découverte. Chez l’Américain Alex Mehran (Polka Dot), c’est le souvenir « des courses qu’on suivait en famille et qui se disputaient à l’autre bout du monde » qui le fascinait. Pour le Belge Jonas Geskens(Volvo), ce sont les années passées enfant à Saint-Malo et les éditions passées gardées en mémoire. L’Australien Rupert Henry (Eora), a quant à lui découvert les joies de la mythique transatlantique et du Class40 lors d’un voyage en France en famille en 2016. Le Sud-Africain Donald Alexander (Conscious Planet), particulièrement engagé, souhaite aller au bout d’une aventure qui s’était achevée prématurément à La Corogne il y a quatre ans…
« L’accueil a été fantastique »
« J’adore être en France, qui peut ne pas aimer ce pays ? s’amuse Donald Alexander. J’ai acheté mon bateau à Marseille, fait escale à La Rochelle, Lorient, Saint-Malo… J’ai vu beaucoup de paysage de ce pays et je l’apprécie beaucoup ». Tous évoquent avec enthousiasme l’hospitalité dont ils ont bénéficié. « L’accueil de la communauté de la course au large et de la Class40 a été fantastique pour moi, il y a une très bonne atmosphère », souligne ainsi Rupert Henry.
Pour certains, il a fallu s’installer en France afin de développer leurs projets et bénéficier des infrastructures et du savoir-faire concernant la course au large. « En tant que compétiteur, j’avais envie d’être imprégné de la culture qu’il y a en Bretagne », explique Jonas Gerkens. Un choix qui a été fait notamment par le Japonais** Kojiro Shiraishi** (DMG MORI Global One), deux Vendée Globe au compteur, depuis plusieurs années déjà. « C’est dommage d’avoir été obligé de déménager en France pour faire de la course au large mais c’était la meilleure chose à faire », abonde Sam Goodchild.
« Quand tu viens d’un autre pays, tu dois tout faire à fond »
Tous essaient aussi d’améliorer leur connaissance en langue française afin d’être plus à l’aise sur les pontons. Pour le Hongrois Szabolcs Weores (Szabi Racing), le fait de ne pas pratiquer la langue peut « parfois être facteur de stress » : « tu te demandes toujours si tu n’as pas raté quelque chose dans les communications avec les organisateurs » sourit-il. « Parfois, je ne comprends pas trop mais tout le monde fait preuve de compréhension », ajoute Pipe Hare. « J’ai la chance de l’avoir appris à l’école quand j’étais petit mais mon Français est loin d’être parfait », s’amuse Rupert Henry.
Pour ces skippers, il y a une fierté à être représentants de leurs pays natals. C’est ce qu’aime répéter Alan Roura (Hublot) après ses deux participations au Vendée Globe : « c’est une grande fierté de représenter la Suisse et ça offre un surplus de motivation, une envie d’aller au bout coûte que coûte». Et le skipper d’ajouter : « je pense qu’à partir d’un moment, nous avons tous tellement écumé le lac Léman qu’on a tous eu envie de large ! » « Quand tu viens d’un autre pays, tu dois tout faire à fond, ton engagement doit être total, il ne peut pas y avoir de demi-mesure », abonde son compatriote, Simon Koster (Banque du Léman).
« La Route du Rhum-Destination Guadeloupe, notre Superbowl »
À leur manière, ils aspirent aussi à susciter des vocations, à encourager les plus jeunes à suivre leur exemple. « Si on arrive à intéresser des jeunes et à pousser à nous imiter, on pourra facilement créer une dynamique et les aider à faire le premier pas », pense Pip Hare. « C’est gratifiant d’inspirer les plus jeunes », poursuit Sam Goodchild. Szabolcs Weores en sait quelque chose : en prenant la suite de Nandor Fa, premier Hongrois à avoir participé aux courses au large prestigieuse, il tenait avant tout à « poursuivre la belle histoire » entre son pays et la course au large.
Un lien que souhaite également entretenir Alex Mehran aux États-Unis : « les Américains aiment beaucoup les sports d’aventure et la course au large en fait partie, ce qui peut donner des envies à certains marins. La course au large à un sacré potentiel. La Route du Rhum-Destination Guadeloupe, c’est un événement de géant comme notre Superbowl ! »
Rupert Henry assure lui aussi qu’en Australie, une appétence certaine pourrait attirer à l’avenir de jeunes skippers : « il n’y a pas meilleure école que la course en large en solitaire pour devenir un skipper complet. Nous n’avons pas encore cette culture-là mais j’espère que mon projet et ma course pourront montrer que tout est possible ». De quoi participer, encore un peu plus à l’internationalisation de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe et de la course au large.
Xu Jingkun (China Dream-Haikou).
Rupert Henry (Eora)
