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À partir du 20 Octobre à Saint-Malo  |  Du 06 Novembre en Guadeloupe

Pink Poppy Flowers

© Xavier Macaire (Groupe SNEF)


Le front qu’ont essuyé hier les skippers est encore dans toutes les têtes. Ce dimanche matin, c’est une flotte « groggy » qui a entamé cette journée de dimanche sur un plan d’eau qui a pris les allures d’un ring de boxe. La virulence du phénomène, qui a généré chez les Class40 deux démâtages coup sur coup peu après 20h hier soir - ceux d’Amélie Grassi (La Boulangère Bio) et d’ Aurélien Ducroz (Crosscall) - n’a épargné personne.


Un front passe, et ça casse

« On s’est bien fait exploser. Il y a eu de la casse autour de moi et on a eu une nuit bien galère, » souligne François Jambou (À l’aveugle - Trim Control). « Ça tape, ça tape, ça tape, » écrit Antoine Carpentier (Redman). « Il a fallu se mettre « en tenue de combat, » raconte Kito de Pavant, HBF Reforest’Action. « C’est vraiment la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Il y a de la mer, du vent, un skipper un peu cramé, des petites bidouilles, » résume Simon Koster (Banque du Léman).


Pour d’autres concurrents, la note est plus salée. Ils sont contraints de se dérouter pour se mettre à l'abri au port. C’est le cas pour Mickael Mergui (Centrakor), ainsi qu’Yves Courbon (Edigo-Univerre) et Henry Rupert (Eora), déplorant tous les deux des problèmes structurels. À l’instar de Keni Piperol (Cap’tain Alternance) qui évalue son problème de voie d’eau à quai à La Corogne aujourd’hui, Pierre Cazenave-Peré (Legallais), qui annonçait hier après-midi des problèmes de gréement, devrait, lui aussi rejoindre le port galicien en début de soirée. De son côté, le Croate Ivica Kostelic (ACI), qui s’y était amarré ce matin pour résoudre ses problèmes de pilote automatique, a déjà repris la mer.


Un trio de tête en moins de 3 milles

Sur l’eau ce dimanche, alors que tout le monde fait désormais route au Sud-Ouest, profitant d'une relative accalmie, la course redouble d’intensité. À commencer pour le trio de tête, avec Xavier Macaire (Groupe SNEF), Yoann Richomme (Paprec Arkéa) et Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo), réunis tous les trois dans un mouchoir de 2,5 milles en début d’après-midi. À noter aussi la très belle trajectoire et la belle surprise de Matthieu Perraut. Le skipper d’Inter Invest, très bien placé depuis le départ, progresse à proximité de ces leaders. Il est bien accompagné par Simon Koster (Banque du Léman), Ian Lipinski (Crédit Mutuel), ou encore les deux Italiens, Ambrogio Beccaria (Allagrande - Pirelli) et Alberto Bona (IBSA), fidèles au postes dans le top ten où progresse également Axel Trehin (Project Ressue Ocean). Ce dernier concède 35 milles sur la tête de flotte. Derrière les écarts se creusent, puisque Franz Bouvet (Yoda), 37e, affiche un retard de plus 260 milles.


Un front peut toujours en cacher un autre

Au-delà des chiffres, chacun pense ses plaies et reprend ses esprits aujourd’hui dans des vents de secteur ouest-nord-ouest plus modérés (de 23 à 15 nœuds environ), qui donnent le tempo dans l’Ouest du cap Finisterre et au large des côtes portugaises . Mais pour tous, la trêve dominicale ne sera que de courte durée. Place bientôt à un nouveau gros coup de vent. « Il devrait être beaucoup plus fort qu’hier, j’ai peur que ça soit un massacre, » confie François Jambou (À l’aveugle – Trim Control). « Je ne sais pas trop comment le négocier, ça m’angoisse un peu, » assume Didier Le Vourch (Vicitan) qui devrait le traverser dans la journée de lundi. Il lui faudra esquiver ses uppercuts et ses coups de boutoirs qui menacent d’être plus virulents encore. « On se prend des coups, ça bouge beaucoup, on se cogne à droite à gauche, mais je fais attention à ne pas me faire mal. Une nouvelle dépression se déplace sur nous, je vais essayer de passer en dessous, autant que possible,» confie de son côté le leader Xavier Macaire, qui ouvre la voie vers le Sud.


LES VACATIONS DU JOUR

Matthieu Perraut (Inter Invest) : « 3 heures à plus de 30 nœuds » « Je suis 4e, excellent ! Je suis très content du début de course, on a eu un passage un peu mou après le front qu’on a pris hier qui était très fort. J’ai passé 3 heures dans plus de 30 nœuds, j’ai eu jusqu’à 47 nœuds. J’ai mis un peu de temps à reprendre mes esprits et les autres ne m’attendent pas. Je suis super triste pour Amélie et Aurélien car ce sont des bons copains, je suis déçu qu’ils ne puissent pas aller au bout. Je sais qu’ils vont rebondir et revenir vite. J’ai demandé à mon préparateur pourquoi le mât d’Amélie est tombé car j’ai exactement le même bateau qu’elle. Mais ça va, je n’ai pas trop d’appréhension. J’ai hâte de naviguer à plat et d’enlever mon ciré. On est trempé, on a froid. C’est dur, là c’est plutôt de la survie. On est au travers dans pas mal de vent, ce soir on va reprendre un front encore plus fort que le précédent, on aura une belle grosse bagarre à livrer, de nuit en plus ! J’ai de la chance car mon estomac est un mec sympa. »


Didier Le Vourch (Vicitan) : « ce nouveau front m’angoisse un peu » « Tout va bien, je navigue prudemment depuis le départ, en faisant attention au bateau, quitte à perdre sur le classement. J’ai peut-être été trop prudent. J’ai eu quelques galères d’ordinateur mais ça va. Demain un gros coup de vent arrive, je ne sais pas trop comment le négocier. Je vais faire attention, rester sur la même philosophie. Une fois ce coup de vent passé, les Antilles s’offriront à nous. Les conditions étaient fortes mais c’était encore gérable. Par contre ce qui arrive demain semble musclé même si on le négocie par le Sud, ça risque d’être très fort avec de la grosse mer. Ce front va balayer une bonne partie de la flotte des Class40. Il m’angoisse un peu, j’essaye de préparer le bateau, d’anticiper comment je vais l’aborder. J’essaye de trouver une escape pour pas le prendre trop fort. Mais j’arrive à prendre du plaisir, je suis content d’être là. »


Xavier Macaire (Groupe SNEF), par message vocal : « Le bateau était couché sur l’eau » « Tout va bien à bord, on est en train de descendre en direction des Açores, on a passé une grosse dépression hier avec des rafales violentes, le bateau était couché sur l’eau. Je n’ai plus d’aérien depuis quelques jours donc je n’ai pas pu voir la force du vent mais je pense qu’il y avait plus de 50 nœuds. J’ai réussi à tenir le bateau et continuer ma route... Ambiance mouillée à bord, on se prend des coups, ça bouge beaucoup, on se cogne à droite à gauche mais je fais attention à ne pas me faire mal.Une nouvelle dépression se déplace sur nous, je vais essayer de passer en dessous, autant que possible… »


Pierre-Louis Attwell (Vogue avec un Crohn), par message : « on met son casque, ses chaussettes étanches,...» « Le passage du front froid s'est révélé très tonique avec des vents à plus de 35 nœuds et une mer assez dure. Dans ces cas-là, on fait le dos rond, on met son casque, ses chaussettes étanches et on sert les fes.. les dents !  Ça tape fort, des litres d'eau se baladent dans le bateau et on peine à fermer l'œil tant les chocs sont violents. On imagine que ça n'a pas été une partie de plaisir pour les petits copains non plus dont certains ont des trajectoires qui laissent imaginer des soucis sérieux à bord. Chez Vogue avec un Crohn, pas de gros dégâts. Un tuyau de ballast s'est déstraté, alimentant généreusement ma piscine privée qui n'en avait pas besoin. Pas mal de ménage ce matin, un petit peu de composite, un café et un petit déjeuner. Le tout au rythme de Pink Floyd et d'Iggy Pop, de quoi attaquer la journée avec le sourire et la satisfaction d'être en course. Dans la bagarre de cette nuit j'ai réussi à me bloquer le dos, ne facilitant pas mes siestes déjà mouvementées. Le stress et la fatigue vous dites ? Hum possible ! Heureusement nos médecins de course sont aussi réactifs que compétents, quelle que soit l'heure du jour.. ou de la nuit ! »

  • 13 nov. 2022
  • 6 min de lecture

© Xavier Macaire (Groupe SNEF)


Le front qu’ont essuyé hier les skippers est encore dans toutes les têtes. Ce dimanche matin, c’est une flotte « groggy » qui a entamé cette journée de dimanche sur un plan d’eau qui a pris les allures d’un ring de boxe. La virulence du phénomène, qui a généré chez les Class40 deux démâtages coup sur coup peu après 20h hier soir - ceux d’Amélie Grassi (La Boulangère Bio) et d’ Aurélien Ducroz (Crosscall) - n’a épargné personne.


Un front passe, et ça casse

« On s’est bien fait exploser. Il y a eu de la casse autour de moi et on a eu une nuit bien galère, » souligne François Jambou (À l’aveugle - Trim Control). « Ça tape, ça tape, ça tape, » écrit Antoine Carpentier (Redman). « Il a fallu se mettre « en tenue de combat, » raconte Kito de Pavant, HBF Reforest’Action. « C’est vraiment la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Il y a de la mer, du vent, un skipper un peu cramé, des petites bidouilles, » résume Simon Koster (Banque du Léman).


Pour d’autres concurrents, la note est plus salée. Ils sont contraints de se dérouter pour se mettre à l'abri au port. C’est le cas pour Mickael Mergui (Centrakor), ainsi qu’Yves Courbon (Edigo-Univerre) et Henry Rupert (Eora), déplorant tous les deux des problèmes structurels. À l’instar de Keni Piperol (Cap’tain Alternance) qui évalue son problème de voie d’eau à quai à La Corogne aujourd’hui, Pierre Cazenave-Peré (Legallais), qui annonçait hier après-midi des problèmes de gréement, devrait, lui aussi rejoindre le port galicien en début de soirée. De son côté, le Croate Ivica Kostelic (ACI), qui s’y était amarré ce matin pour résoudre ses problèmes de pilote automatique, a déjà repris la mer.


Un trio de tête en moins de 3 milles

Sur l’eau ce dimanche, alors que tout le monde fait désormais route au Sud-Ouest, profitant d'une relative accalmie, la course redouble d’intensité. À commencer pour le trio de tête, avec Xavier Macaire (Groupe SNEF), Yoann Richomme (Paprec Arkéa) et Corentin Douguet (Queguiner-Innoveo), réunis tous les trois dans un mouchoir de 2,5 milles en début d’après-midi. À noter aussi la très belle trajectoire et la belle surprise de Matthieu Perraut. Le skipper d’Inter Invest, très bien placé depuis le départ, progresse à proximité de ces leaders. Il est bien accompagné par Simon Koster (Banque du Léman), Ian Lipinski (Crédit Mutuel), ou encore les deux Italiens, Ambrogio Beccaria (Allagrande - Pirelli) et Alberto Bona (IBSA), fidèles au postes dans le top ten où progresse également Axel Trehin (Project Ressue Ocean). Ce dernier concède 35 milles sur la tête de flotte. Derrière les écarts se creusent, puisque Franz Bouvet (Yoda), 37e, affiche un retard de plus 260 milles.


Un front peut toujours en cacher un autre

Au-delà des chiffres, chacun pense ses plaies et reprend ses esprits aujourd’hui dans des vents de secteur ouest-nord-ouest plus modérés (de 23 à 15 nœuds environ), qui donnent le tempo dans l’Ouest du cap Finisterre et au large des côtes portugaises . Mais pour tous, la trêve dominicale ne sera que de courte durée. Place bientôt à un nouveau gros coup de vent. « Il devrait être beaucoup plus fort qu’hier, j’ai peur que ça soit un massacre, » confie François Jambou (À l’aveugle – Trim Control). « Je ne sais pas trop comment le négocier, ça m’angoisse un peu, » assume Didier Le Vourch (Vicitan) qui devrait le traverser dans la journée de lundi. Il lui faudra esquiver ses uppercuts et ses coups de boutoirs qui menacent d’être plus virulents encore. « On se prend des coups, ça bouge beaucoup, on se cogne à droite à gauche, mais je fais attention à ne pas me faire mal. Une nouvelle dépression se déplace sur nous, je vais essayer de passer en dessous, autant que possible,» confie de son côté le leader Xavier Macaire, qui ouvre la voie vers le Sud.


LES VACATIONS DU JOUR

Matthieu Perraut (Inter Invest) : « 3 heures à plus de 30 nœuds » « Je suis 4e, excellent ! Je suis très content du début de course, on a eu un passage un peu mou après le front qu’on a pris hier qui était très fort. J’ai passé 3 heures dans plus de 30 nœuds, j’ai eu jusqu’à 47 nœuds. J’ai mis un peu de temps à reprendre mes esprits et les autres ne m’attendent pas. Je suis super triste pour Amélie et Aurélien car ce sont des bons copains, je suis déçu qu’ils ne puissent pas aller au bout. Je sais qu’ils vont rebondir et revenir vite. J’ai demandé à mon préparateur pourquoi le mât d’Amélie est tombé car j’ai exactement le même bateau qu’elle. Mais ça va, je n’ai pas trop d’appréhension. J’ai hâte de naviguer à plat et d’enlever mon ciré. On est trempé, on a froid. C’est dur, là c’est plutôt de la survie. On est au travers dans pas mal de vent, ce soir on va reprendre un front encore plus fort que le précédent, on aura une belle grosse bagarre à livrer, de nuit en plus ! J’ai de la chance car mon estomac est un mec sympa. »


Didier Le Vourch (Vicitan) : « ce nouveau front m’angoisse un peu » « Tout va bien, je navigue prudemment depuis le départ, en faisant attention au bateau, quitte à perdre sur le classement. J’ai peut-être été trop prudent. J’ai eu quelques galères d’ordinateur mais ça va. Demain un gros coup de vent arrive, je ne sais pas trop comment le négocier. Je vais faire attention, rester sur la même philosophie. Une fois ce coup de vent passé, les Antilles s’offriront à nous. Les conditions étaient fortes mais c’était encore gérable. Par contre ce qui arrive demain semble musclé même si on le négocie par le Sud, ça risque d’être très fort avec de la grosse mer. Ce front va balayer une bonne partie de la flotte des Class40. Il m’angoisse un peu, j’essaye de préparer le bateau, d’anticiper comment je vais l’aborder. J’essaye de trouver une escape pour pas le prendre trop fort. Mais j’arrive à prendre du plaisir, je suis content d’être là. »


Xavier Macaire (Groupe SNEF), par message vocal : « Le bateau était couché sur l’eau » « Tout va bien à bord, on est en train de descendre en direction des Açores, on a passé une grosse dépression hier avec des rafales violentes, le bateau était couché sur l’eau. Je n’ai plus d’aérien depuis quelques jours donc je n’ai pas pu voir la force du vent mais je pense qu’il y avait plus de 50 nœuds. J’ai réussi à tenir le bateau et continuer ma route... Ambiance mouillée à bord, on se prend des coups, ça bouge beaucoup, on se cogne à droite à gauche mais je fais attention à ne pas me faire mal.Une nouvelle dépression se déplace sur nous, je vais essayer de passer en dessous, autant que possible… »


Pierre-Louis Attwell (Vogue avec un Crohn), par message : « on met son casque, ses chaussettes étanches,...» « Le passage du front froid s'est révélé très tonique avec des vents à plus de 35 nœuds et une mer assez dure. Dans ces cas-là, on fait le dos rond, on met son casque, ses chaussettes étanches et on sert les fes.. les dents !  Ça tape fort, des litres d'eau se baladent dans le bateau et on peine à fermer l'œil tant les chocs sont violents. On imagine que ça n'a pas été une partie de plaisir pour les petits copains non plus dont certains ont des trajectoires qui laissent imaginer des soucis sérieux à bord. Chez Vogue avec un Crohn, pas de gros dégâts. Un tuyau de ballast s'est déstraté, alimentant généreusement ma piscine privée qui n'en avait pas besoin. Pas mal de ménage ce matin, un petit peu de composite, un café et un petit déjeuner. Le tout au rythme de Pink Floyd et d'Iggy Pop, de quoi attaquer la journée avec le sourire et la satisfaction d'être en course. Dans la bagarre de cette nuit j'ai réussi à me bloquer le dos, ne facilitant pas mes siestes déjà mouvementées. Le stress et la fatigue vous dites ? Hum possible ! Heureusement nos médecins de course sont aussi réactifs que compétents, quelle que soit l'heure du jour.. ou de la nuit ! »

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