- 23 nov. 2022
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© Jean-Sébastien Biard - JSB Déménagements
S’il ne reste plus que quelques jours de mer à certains dont Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée - Ville de Nice) ou Gwen Chapalain (Guyader - Savéol) qui ont répondu à la vacation de ce matin, ce n’est pas le cas pour l’ensemble de la flotte de la catégorie Rhum. Loin de là. Joint également ce matin, Jean-Sébastien Biard (JSB Déménagements), qui occupe la dernière place du classement en Rhum Mono, progresse lentement au sud-ouest de l’archipel des Canaries.
Jean-Pierre Dick (Notre Méditerranée – Ville de Nice): «Le moral est très bon. Je ne suis plus très loin. On est à deux jours et demi de l’arrivée à la tête à l’Anglais, l’alizé est là. Bien sûr, il ne faut pas faire d’erreur. Il ne faut pas que le bateau ait de souci. Il est vraiment important de bien passer les empannages mais à part ça, le bateau file bien. C’est une question de temps et je vais arriver enfin en Guadeloupe, la terre promise comme on dit presque, pour goûter aux joies terrestres. Les proches seront là, les sponsors. C’est vrai que je suis bien positionné. Si tout se passe bien, je dois remporter cette course. J’arrive à me reposer malgré tout la nuit même si la chaleur est assez accablante. J’ai un petit peu de mal à m’endormir mais je suis dans un état correct de fatigue le matin. C’est bien et je réussis à faire quelques siestes dans la journée. Hier, il y avait pas mal de vent, on allait assez vite. Aujourd’hui il va falloir gérer la décroissance du vent, passer de voiles à un peu plus petites à des voiles un peu plus grandes. Ça va nécessiter des manœuvres, et générer éventuellement de la fatigue. Il ne va pas falloir d'erreurs pendant ces manœuvres, faire les choses une par une et ça sera important de naviguer en bon marin. Le fait de faire office de favori et de faire course en tête rajoute un peu de pression mais l’expérience fait aussi que l’on sait calmer le jeu. J’ai eu la chance d’avoir aussi d’autres premières places océaniques, surtout sur des courses en double comme la Barcelona World Race ou la Transat Jacques Vabre. Ça évite de ne pas être complètement excité par la victoire. Cette expérience va jouer positivement sur les derniers milles de course pour garder la sagesse et ne pas commettre d’erreur. Grosse joie d’arriver ici aux Antilles avec cette victoire potentielle en solitaire qui est pour moi une reconnaissance vu mon cursus. J’ai fait beaucoup de courses en équipage. Gagner une course majeure en solitaire c’est aussi une vraie reconnaissance, une vraie félicité parce que le solitaire a une vraie exigence. Pour gagner, il faut vraiment être au top un peu partout et ne se reposer que sur soi. J’ai eu l’information concernant ma bonification de huit heures suite au sauvetage de Brieuc (Maisonneuve) que j’ai dû déposer à Ponta Delgada.»
Gwen Chapalain (Guyader - Savéol) : “La nuit a été encore un peu agitée parce que le vent est très instable, mais le bateau va bien. Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit mais ça va. Il y avait des alarmes de radar, de vent, de cap. J’étais en train de me dire que mes équipiers étaient de quart et qu’il fallait que je dorme. Ça sonnait de partout et personne ne bougeait. Il y a un peu de fatigue. Je vais essayer de dormir un petit peu mais l’alizé est très compliqué, avec des grains. C’est stressant. On a hâte d’arriver maintenant. C’est une sacré aventure pour moi, maritime et personnelle. Je suis content de faire ça. On s’amuse bien avec les autres catamarans. J’ai raté un petit truc au passage du front. Mes bouts de lattes sont partis. J’ai perdu un peu de temps et après, quand on a contourné l’anticyclone, j’étais chasseur donc j’ai pris un petit peu de risques. Ils m’ont décroché un peu mais c’est vraiment sympa et de bon augure pour que l’on continue à faire de la régate ensemble. Parce que ce qui est bien dans nos bateaux, c’est que l’on ne fait pas que de la régate avec. On peut faire des balades, de la course-croisière… C’est une autre façon de faire de la course au large. On se parlait à la VHF quand on était à portée mais là je n’échange pas avec eux. Je trouve que la route que je fais depuis cette nuit est assez intéressante. Il y a vraiment des compromis. Marc Guillemot navigue assez bas et ça lui va assez bien. Didier Le Vourch en Class40 aussi. Pour l’instant, je ne me concentre pas trop sur ce qu’ils font. Je fais ma route et on verra bien comment ça se passe. Autrement, soit je vais être suiveur, soit je vais prendre des risques de chasseur, ce que j’avais fait l’autre jour. J’avais mis le curseur risque un peu trop fort. Mon principal boulot, c’est de terminer, ce qui n’est pas encore le cas. Et puis la notion de se tirer la bourre, on l’a construite sur l’eau car notre série est un peu une première.”
Jean-Sébastien Biard (JSB Déménagements) : “Tout va bien pour moi même si je ne suis pas très rapide. Je suis un peu déçu de mon parcours depuis 2-3 jours où je “misère” dans des vents un peu faibles. J'espérais pouvoir gagner dans l’ouest mais à chaque fois je me fais un peu rattraper donc j’ai continué à descendre. J’avance assez péniblement ce matin. Là, j’ai 6 à 7 nœuds de vent, un temps lourd, j’avance à peine à 5 nœuds ! Ce ne sont pas les temps forts de la Route du Rhum, là, ces dernières heures ! Et jusqu’à demain ça va rester assez faible. Sous grand spi quasi plein vent arrière, ce n’est pas l’allure qu’on préfère parce que ce n’est pas très agréable avec la houle et les voiles qui claquent… mais je vais prendre mon mal en patience. C’est plutôt sympa, on a commencé à pas mal échanger entre nous au sein de la catégorie sur la course, notre et nos courses respectives. On est plusieurs à participer pour la première fois. On a une relation de copains dans la classe plus que de concurrents. Il y a trop d’écarts entre les bateaux de toutes façons. Passé les premiers jours de course, le temps est plus propice aux échanges. C’est un nouveau moment de la course que de partager avec ceux qui sont un peu devant. On évoque aussi déjà la fin de course. On est déçu que la date de fermeture de la ligne n’ait pas été décalée. On aimerait bien être entendu sur ce point : sportivement pour le clin d'œil des amateurs, ce serait sympa au moins de ne pas raccourcir la ligne. On trouve ça dommage et presque triste parce qu’on fait partie de la fête. Là, on a perdu trois jours de ligne et c’est probablement ce qui va manquer. Je ne suis pas tout seul. Mon routage me fait arriver autour du 6 décembre, mais ça reste un routage. Comment rester motivé ? C’est exactement ce que je me demandais ce matin après des déboires avec mon spi cocotte - je ne vous fais pas de dessin ! Je n’oublie pas pourquoi je suis là, ni qu’avant de partir, je connaissais le temps possible du bateau. Je suis ravi d’être là ; je me motive pour naviguer au mieux, passer du bon temps en mer c-à-d bien naviguer et bien vivre la vie à bord. Je m’étais fixé un temps de course, je ne l’atteindrai pas. J’en suis déçu mais ça fait partie du jeu. L’important c'est de faire un beau parcours et de bien vivre ces moments qui restent exceptionnels."
