L’HUMEUR DU RHUM. Depuis la nuit dernière, la première tempête de la saison a déferlé sur Saint-Malo. 50 nœuds de vent en moyenne, des pointes à 75 nœuds ont été relevées. Face à la tempête, les organisateurs, les équipes et les services techniques se sont employés pour protéger les bateaux et préserver le village. Si elle est redoutée, la tempête, comme toutes celles avant elle, a aussi fasciné.

C’est une drôle de journée. Une journée où les chiffres se sont affolés : 50 nœuds de vent établis et des rafales à plus de 75 nœuds. Une journée où l’on a réentendu des mots presque oubliés, comme « confiné », ce qui a été le cas pour une partie du personnel présent au Palais du Grand Large dans la matinée. Une journée à faire front, surtout. Sur les pontons et dans le village désert, on s’épaule, on s’entraide, on veille ensemble. Les équipes techniques sont venues au cœur de la nuit, se sont relayées au fil des quarts et sont restées vigilantes à chaque instant. Pour la plupart, ce n’est ni la première ni la dernière tempête à gérer. Même au plus fort des rafales, on fait contre mauvaise fortune bon cœur. On se dit qu’on a de la chance d’être ici, amarrés au port, plutôt qu’avec des conditions similaires au cœur du golfe de Gascogne.
Dès que les rafales sont devenues un peu moins conséquentes, on ravive le souvenir des gros coups de vent, des tempêtes subies, celles qui restent gravées parce qu’elles ont convoqué la peur, celles qu’ils ont affrontées loin des regards. Si la tempête Austen a du bon, c’est peut-être pour ça : le fait de rappeler à tous les terriens la violence des conditions auxquelles sont parfois confrontés les marins, dans ce large qu’ils ne connaissent pas. On pense à ces badauds croisés cet après-midi qui tentent de résister à la force des rafales, à ces corps qui se courbent, aux pas lents.
Pourtant, parce que les éléments sont aussi beaux quand ils se déchaînent, nombreux sont ceux qui se sont rapprochés des remparts et des plages. Chacun veut sa part de frisson et de spectacle. Il y a les vagues qui déferlent contre la rive et crachent de l’écume, les bateaux ballotés par les flots, le sable balayé, les rafales qui hurlent et l’idée d’une violence brute. On immortalise l’instant puis on se cache, on se calfeutre, on profite des remparts et des murs épais des bâtisses d’intra muros, qui ont résisté à bien des tempêtes, pour se protéger.
Entre les ruelles pavées, on trouve enfin du calme et du silence, comme une accalmie bienvenue. « Le gros de la tempête est désormais derrière nous », confiait Julie Coutts, directrice générale d’OC Sport Pen Duick, en fin de journée. Bientôt, grâce à l’implication de toutes les parties prenantes, le village de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe rouvrira ses portes. Les skippers et leurs équipes pourront se projeter sur le grand départ et retrouver un peu plus de quiétude. Austen deviendra dès lors un souvenir en plus, un nouveau témoignage de ce que la nature a de plus brut.


