LE MAG DU RHUM. Inarrêtable face à un micro pour évoquer sa passion, Axel Tréhin qui rempile sur la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, le sera-t-il entre Saint-Malo et Pointe à Pitre ? Souvent cité comme outsider en Class40, il part à la barre d’un Lift V3 flambant neuf qu’il a construit tête baissée, sans que le mauvais sort fasse vaciller sa soif d’en découdre. A surveiller de près !

Assis dans le cockpit d’Exalt, Axel Tréhin 38 ans, raconte sa vie avec un débit de mitraillette et le regard habité. « En 2009, j’ai trouvé une épave de Mini à 4000 euros. J’ai fait tapis de mes économies et mis trois ans à le mettre en ordre de marche». Axel fait partie de ces skippers entrés en course au large par la porte des chantiers, une espèce en voie de disparition à l’ère des pilotes d'écurie. Après un BTS de construction navale à Saint-Nazaire et une spécialisation en composites à Brest, il acquiert de l’expérience au chantier AMCO de la Trinité sur mer, bien connu des Ministes, et devient rapidement l’artisan de ses propres projets.
Construire pour courir
Après ce coup d’essai, suivront deux autres constructions avec une belle deuxième place à la Mini 2019, puis un Class40, un scow sur plans Raison, réalisé en partie et qui porte le message de Project Rescue Oceans. En 2022, il s’installe avec sa femme Charlotte à Erdeven, leur maison jouxte l’atelier dans lequel il donne vie à ses projets. Il dispute sa première Route du Rhum riche en rebondissements : « J’avais travaillé pour Nicolas Troussel en 2018 et je me souviens du passage de l’écluse à 6 heures du matin avec un monde dingue sur le quai. Le Rhum, c’est très riche en émotions ! ».
Trop riche parfois. En 2022 pour sa première, il vole le départ et répare, s'abîme un ménisque dans le golfe de Gascogne, perd une barre de flèche et s’arrête cahin caha aux Açores. Là, il tombe sur un autre concurrent en carafe, qui dispose du même gréement, intègre celui-là, et lui emprunte ! « Si on avait voulu scénariser la course, on n’aurait pas osé en mettre autant » dit en souriant Axel qui repart 25ème de Punta Delgada et termine tout de même 10ème à Pointe à Pitre. Il se jure de revenir.
Mais on ne peut pas exceller dans tout. Constructeur, skipper… et chercheur de sponsors. En mal de financement en 2024, il s’engage pour la saison en double avec Corentin Douguet aux côtés duquel il dit avoir « beaucoup appris en stratégie et en analyse de trajectoire ». Le nantais vient de mettre à l’eau le premier Lift V3 sur plans Lombard.
Délit d’initié
Avant même que la saison commence, Axel apprend que la construction d’un deuxième exemplaire de ce nouveau plan Lombard a été commencée chez Gepeto Composites pour un client qui doit jeter l’éponge. Pas mal de gens tournent autour de la plateforme, mais rien ne se concrétise. « Un Class40 top gun coûte quand même près d’un million d’euros. Donc quand un nouveau plan arrive, les gens attendent de voir les résultats avant de se lancer ».
Justement, les premières navigations avec Corentin sont éloquentes. « On se pose même des questions sur la calibration de l’électronique tellement on va vite ! »
Sur les pontons, Axel ne pavoise surtout pas de peur de voir le Class40 lui passer sous le nez. Il cogite un plan de financement, emprunte la somme nécessaire pour racheter au chantier la coque et le pont achevés, à lui d’aligner les heures pour terminer le bateau. « J’ai été l’auteur d’un délit d’initié en mettant la main sur un bateau qui allait devenir la nouvelle référence en vitesse du circuit Class40 » dit l’intéressé. La preuve, le tandem qu’il forme avec Corentin Douguet gagne toutes les courses de la saison 2025 et loupe de 7 minutes seulement la Transat Café l’Or.
Bref, les planètes semblent s’aligner, sauf que le 10 avril 2025, le feu se déclare dans l’atelier. Heureusement, le Class40 n’est pas encore à l'intérieur, mais Axel perd tout dans la nuit, atelier, outillage et maison. « Nous étions KO mais il faut bien continuer à te lever à 7 heures pour amener ta fille à la crèche. Alors, plutôt que de rester les bras croisés à se morfondre, nous avons décidé d’aller au bout ». Quitte à s’endetter à nouveau. Mais en appréciant aussi la chaîne de solidarité qui se forme autour du projet. Cartons de vêtements pour la petite Luce, partenaires techniques qui redoublent de bienveillance, voisin qui prête son hangar pour accueillir le bateau. C’est reparti pour un tour ! L’assemblage, l’équipement et la finition du bateau qui supposent 4000 heures de travail, sont menés à bien avec pas mal de coups de main.

KO mais debout
Démarré mi-août 2025, le chantier prend neuf mois. Exalt est mis à l’eau en avril, sans concession sur la qualité, question d’habitude chez Axel, question d’orgueil sans doute et de capital aussi, puisque tout le reste est parti en fumée. Si aucun partenaire ne se presse en cette période d’incertitude, l’équipe belge de Curium est sur les rangs pour racheter le bateau. Ce sera après la Route du Rhum, quitte à avoir un gros pincement au cœur de ne pas pouvoir profiter plus longtemps d’Exalt. A Saint-Malo le Class40 arbore déjà les stickers de son futur sponsor sur sa coque mais court sous son nom de baptême.
Dans quel état d’esprit s’élancera dimanche Axel Tréhin ? « La course au large est un sport où il y a une dimension psychologique énorme. Pour être devant il faut taper dans le bonhomme ce qui n’est pas un problème, je suis en pleine forme et ce ne sont pas les sollicitations partenaires qui m’ont fatigué cette semaine ! Mais il faut aussi taper dans le bateau en navigant à la limite. Je sais que je n’ai pas le droit de tout casser, j’espère que ça ne me freinera pas ».

