top of page

Fort d'un parcours atypique mêlant études de physique et mathématiques à New York et d’une solide expérience sur les circuits Mini 6.50 et Figaro, ce skipper rigoureux, désormais installé à Lorient, aborde sa première participation avec humilité et ambition. De sa préparation physique millimétrée à la gestion mentale en solitaire, en passant par ses objectifs de course, Pep Costa se confie sur son état d'esprit avant de s'élancer sur l'Atlantique.

©Manon Le Guen
©Manon Le Guen

Question N°1 : Pour ceux qui vous découvrent, pourriez-vous vous présenter et retracer votre parcours, de vos débuts jusqu'à votre arrivée dans la course au large ?


Je m’appelle Pep Costa, j’ai 27 ans et je suis né à Barcelone. La voile est entrée très tôt dans ma vie, par ma famille, mais je crois que la course au large a vraiment commencé à me faire rêver lorsque j’étais enfant. J’avais huit ans au départ de la première Barcelona World Race et je me souviens encore de la fascination que j’avais pour ces marins capables de partir autour du monde.

Mon parcours n’a pourtant pas été complètement linéaire. Je suis d’abord parti étudier à New York, où j’ai suivi une formation en physique et mathématiques. Cette expérience a beaucoup compté pour moi : partir jeune, loin de ma famille et de mes repères, m’a appris à être autonome et à saisir les opportunités, même lorsque l’on ne sait pas exactement où elles vont nous mener.

Ensuite, la mer a progressivement repris toute la place. Je suis passé par le Mini 6.50, puis par le Figaro, avec trois participations à La Solitaire du Figaro. Ce sont deux écoles extraordinaires, très différentes, qui m’ont appris l’autonomie, la précision, l’endurance et surtout l’humilité.

Je me suis installé à Lorient il y a plusieurs années et c’est là que j’ai réellement construit ma vie de marin professionnel. J’ai beaucoup navigué, en solitaire, en double et en équipage. J’ai aussi eu la chance, en 2024, de rejoindre la cellule de routage de SVR-Lazartigue pendant l’Arkéa Ultim Challenge-Brest. Travailler aux côtés de personnes extrêmement expérimentées m’a beaucoup appris sur la météo, mais aussi sur la manière de structurer une décision.

Puis VSF Sports m’a choisi pour porter son programme Class40 pendant trois saisons. Cela a changé beaucoup de choses : pour la première fois, j’avais devant moi du temps, un projet structuré, une équipe et un bateau très performant avec lesquels construire quelque chose sur plusieurs années.

Cette Route du Rhum est une nouvelle étape. Ce sera mon premier Rhum, mais ma septième transatlantique. Je ne pars donc pas dans l’inconnu. Je sais encore tout ce que j’ai à apprendre, mais je me sens aujourd’hui à ma place et prêt à voir jusqu’où je peux aller.


Question N°2 : À quelques jours du grand départ, comment vous sentez-vous et comment abordez-vous cette nouvelle transatlantique ?


Je me sens très bien, et surtout très serein. J’ai énormément envie d’y être.


La Route du Rhum - Destination Guadeloupe est une course qui me fait rêver depuis longtemps. J’ai grandi avec certaines de ses images : Franck Cammas, Roland Jourdain, François Gabart, Alex Pella, Aymeric Chapellier ou encore ce final incroyable entre Francis Joyon et François Gabart autour de la Guadeloupe en 2018. Jusqu’ici, j’ai toujours regardé cette histoire de l’extérieur. Cette fois, je vais en faire partie et c’est forcément particulier.

En même temps, plus le départ approche, moins je suis dans le rêve. La préparation a pris le dessus. Nous avons passé des mois à naviguer, à travailler sur VSF Sports, à comprendre le bateau, à le fiabiliser et à progresser avec lui. Aujourd’hui, j’ai vraiment le sentiment que nous avons fait tout ce qu’il fallait pour arriver prêts.

©Robin Christol
©Robin Christol

Ce sera ma première Route du Rhum - Destination Guadeloupe mais pas ma première traversée de l’Atlantique. Je sais ce que représentent plusieurs jours seul en mer, la fatigue, les décisions à prendre, les moments où les choses ne se passent pas comme prévu. Ce que je vais découvrir, en revanche, c’est cette course particulière, son départ de Saint-Malo et cette densité incroyable en Class40.


J’ai envie de me confronter à cela. D’être dans le bon groupe, de naviguer au contact de très bons marins et de voir ce que je suis capable de faire dans ce contexte. Je ne me sens pas en surconfiance, mais je me sens prêt. 


Question N°3 : Concrètement, comment s'est déroulée votre préparation physique et mentale en vue de ce Rhum ?


La préparation physique fait partie de mon quotidien toute l’année. Elle évolue simplement en fonction du calendrier. L’hiver, lorsque l’on navigue moins, je peux faire davantage de travail en salle. Pendant la saison, avec les courses et les entraînements sur l’eau, il faut adapter les séances, mais je continue à travailler plusieurs fois par semaine.

Je fais principalement de la préparation en salle avec un coach, complétée par du vélo et de la course à pied. Sur un Class40, il faut être capable de répéter les manœuvres, parfois dans une mer difficile et avec très peu de sommeil. L’objectif n’est donc pas uniquement d’être fort physiquement : il faut être endurant, rester efficace lorsque la fatigue arrive et surtout éviter les blessures.


Je travaille également avec un préparateur mental espagnol que je vois régulièrement en visioconférence. Il m’aide à organiser mes réflexions, à anticiper certaines situations et à mettre en place des routines de décision.

En solitaire, la lucidité est probablement l’une des choses les plus importantes. On peut être fatigué, avoir un problème technique ou traverser un mauvais moment, mais il faut continuer à prendre de bonnes décisions. J’ai beaucoup appris à ce sujet lors de mon expérience de routage sur l’Arkéa Ultim Challenge-Brest : même les meilleurs doutent. L’important est de savoir prendre toutes les informations disponibles, faire un choix et ensuite avancer avec cette décision.


Enfin, il y a évidemment toute la préparation réalisée en mer. Depuis deux saisons, chaque navigation, chaque course et chaque problème rencontré avec VSF Sports nous ont permis de mieux connaître le bateau. Aujourd’hui, je commence vraiment à le sentir : ses réactions, ses bruits, les moments où l’on peut pousser davantage et ceux où il faut au contraire préserver la machine.

Cette connaissance-là fait aussi partie de la préparation.


Question N°4 : Quels sont vos objectifs pour votre première Route du Rhum – Destination Guadeloupe ?


Mon objectif est de faire une belle course du début à la fin.

Bien sûr, je veux obtenir le meilleur classement possible. Nous avons un bateau performant, nous avons beaucoup travaillé et les résultats de cette saison montrent que nous pouvons naviguer au contact des meilleurs. Je serais donc malhonnête de dire que le classement ne compte pas.

Mais je sais aussi qu’une Route du Rhum ne peut pas se résumer à un chiffre.

Je veux surtout naviguer proprement, faire le moins d’erreurs possible, rester dans le bon groupe et réussir à maintenir le bateau à son potentiel. Les premiers jours seront probablement très exigeants, avec beaucoup de trafic, de la mer, du vent et peu de sommeil. Il faudra éviter les erreurs inutiles. La course ne se gagnera pas dans les premières heures, mais elle peut s’y compliquer énormément.

Ensuite, il faudra continuer à être lucide jusqu’au bout. Sur le Rhum, même l’arrivée autour de la Guadeloupe peut complètement redistribuer les cartes. On peut construire un écart pendant plusieurs jours au milieu de l’Atlantique et perdre énormément en quelques heures.


J’aimerais arriver à Pointe-à-Pitre avec le sentiment d’avoir bien navigué, d’avoir pris les bonnes décisions et d’être resté dans ma course du départ à l’arrivée. Il y a des moments où, en mer, tout semble s’enchaîner naturellement : le bateau avance bien, les décisions arrivent au bon moment, la trajectoire est cohérente. Si j’arrive à trouver ce « flow » pendant la course, je saurai que j’ai fait quelque chose de bien.

Et ensuite, évidemment, je regarderai le classement !


Question N°5 : Avez-vous un dernier message à partager avec ceux qui vous suivent et soutiennent votre projet ?


D’abord, simplement merci.


Un projet comme celui-ci existe parce que beaucoup de personnes décident d’y croire et de s’y engager. Il y a le groupe VSF, bien sûr, qui m’a donné cette opportunité et les moyens de construire un véritable projet sur plusieurs saisons. Il y a toute l’équipe autour du bateau, ceux qui travaillent au quotidien pour que je puisse prendre le départ dans les meilleures conditions, nos partenaires, et toutes les personnes qui nous suivent depuis le début.

Lorsque je serai seul sur l’Atlantique, je serai évidemment le seul à bord. Mais tout ce travail et toutes ces personnes partiront un peu avec moi.


J’espère surtout que ceux qui nous soutiennent prendront du plaisir à vivre cette Route du Rhum avec nous. Cela commencera à Saint-Malo, avec tout ce que représente le village et le départ, puis il y aura la traversée et cette arrivée mythique en Guadeloupe.

Pour moi, c’est une immense chance d’être au départ. Alors merci d’être là, de nous suivre et de faire partie de l’aventure.

il y a 5 jours
6 min de lecture

À quelques jours du grand départ de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, nous sommes allés à la rencontre de Pep Costa, le jeune skipper catalan de 27 ans qui s'apprête à relever ce défi mythique à la barre du Class40 VSF Sports.


Fort d'un parcours atypique mêlant études de physique et mathématiques à New York et d’une solide expérience sur les circuits Mini 6.50 et Figaro, ce skipper rigoureux, désormais installé à Lorient, aborde sa première participation avec humilité et ambition. De sa préparation physique millimétrée à la gestion mentale en solitaire, en passant par ses objectifs de course, Pep Costa se confie sur son état d'esprit avant de s'élancer sur l'Atlantique.

©Manon Le Guen
©Manon Le Guen

Question N°1 : Pour ceux qui vous découvrent, pourriez-vous vous présenter et retracer votre parcours, de vos débuts jusqu'à votre arrivée dans la course au large ?


Je m’appelle Pep Costa, j’ai 27 ans et je suis né à Barcelone. La voile est entrée très tôt dans ma vie, par ma famille, mais je crois que la course au large a vraiment commencé à me faire rêver lorsque j’étais enfant. J’avais huit ans au départ de la première Barcelona World Race et je me souviens encore de la fascination que j’avais pour ces marins capables de partir autour du monde.

Mon parcours n’a pourtant pas été complètement linéaire. Je suis d’abord parti étudier à New York, où j’ai suivi une formation en physique et mathématiques. Cette expérience a beaucoup compté pour moi : partir jeune, loin de ma famille et de mes repères, m’a appris à être autonome et à saisir les opportunités, même lorsque l’on ne sait pas exactement où elles vont nous mener.

Ensuite, la mer a progressivement repris toute la place. Je suis passé par le Mini 6.50, puis par le Figaro, avec trois participations à La Solitaire du Figaro. Ce sont deux écoles extraordinaires, très différentes, qui m’ont appris l’autonomie, la précision, l’endurance et surtout l’humilité.

Je me suis installé à Lorient il y a plusieurs années et c’est là que j’ai réellement construit ma vie de marin professionnel. J’ai beaucoup navigué, en solitaire, en double et en équipage. J’ai aussi eu la chance, en 2024, de rejoindre la cellule de routage de SVR-Lazartigue pendant l’Arkéa Ultim Challenge-Brest. Travailler aux côtés de personnes extrêmement expérimentées m’a beaucoup appris sur la météo, mais aussi sur la manière de structurer une décision.

Puis VSF Sports m’a choisi pour porter son programme Class40 pendant trois saisons. Cela a changé beaucoup de choses : pour la première fois, j’avais devant moi du temps, un projet structuré, une équipe et un bateau très performant avec lesquels construire quelque chose sur plusieurs années.

Cette Route du Rhum est une nouvelle étape. Ce sera mon premier Rhum, mais ma septième transatlantique. Je ne pars donc pas dans l’inconnu. Je sais encore tout ce que j’ai à apprendre, mais je me sens aujourd’hui à ma place et prêt à voir jusqu’où je peux aller.


Question N°2 : À quelques jours du grand départ, comment vous sentez-vous et comment abordez-vous cette nouvelle transatlantique ?


Je me sens très bien, et surtout très serein. J’ai énormément envie d’y être.


La Route du Rhum - Destination Guadeloupe est une course qui me fait rêver depuis longtemps. J’ai grandi avec certaines de ses images : Franck Cammas, Roland Jourdain, François Gabart, Alex Pella, Aymeric Chapellier ou encore ce final incroyable entre Francis Joyon et François Gabart autour de la Guadeloupe en 2018. Jusqu’ici, j’ai toujours regardé cette histoire de l’extérieur. Cette fois, je vais en faire partie et c’est forcément particulier.

En même temps, plus le départ approche, moins je suis dans le rêve. La préparation a pris le dessus. Nous avons passé des mois à naviguer, à travailler sur VSF Sports, à comprendre le bateau, à le fiabiliser et à progresser avec lui. Aujourd’hui, j’ai vraiment le sentiment que nous avons fait tout ce qu’il fallait pour arriver prêts.

©Robin Christol
©Robin Christol

Ce sera ma première Route du Rhum - Destination Guadeloupe mais pas ma première traversée de l’Atlantique. Je sais ce que représentent plusieurs jours seul en mer, la fatigue, les décisions à prendre, les moments où les choses ne se passent pas comme prévu. Ce que je vais découvrir, en revanche, c’est cette course particulière, son départ de Saint-Malo et cette densité incroyable en Class40.


J’ai envie de me confronter à cela. D’être dans le bon groupe, de naviguer au contact de très bons marins et de voir ce que je suis capable de faire dans ce contexte. Je ne me sens pas en surconfiance, mais je me sens prêt. 


Question N°3 : Concrètement, comment s'est déroulée votre préparation physique et mentale en vue de ce Rhum ?


La préparation physique fait partie de mon quotidien toute l’année. Elle évolue simplement en fonction du calendrier. L’hiver, lorsque l’on navigue moins, je peux faire davantage de travail en salle. Pendant la saison, avec les courses et les entraînements sur l’eau, il faut adapter les séances, mais je continue à travailler plusieurs fois par semaine.

Je fais principalement de la préparation en salle avec un coach, complétée par du vélo et de la course à pied. Sur un Class40, il faut être capable de répéter les manœuvres, parfois dans une mer difficile et avec très peu de sommeil. L’objectif n’est donc pas uniquement d’être fort physiquement : il faut être endurant, rester efficace lorsque la fatigue arrive et surtout éviter les blessures.


Je travaille également avec un préparateur mental espagnol que je vois régulièrement en visioconférence. Il m’aide à organiser mes réflexions, à anticiper certaines situations et à mettre en place des routines de décision.

En solitaire, la lucidité est probablement l’une des choses les plus importantes. On peut être fatigué, avoir un problème technique ou traverser un mauvais moment, mais il faut continuer à prendre de bonnes décisions. J’ai beaucoup appris à ce sujet lors de mon expérience de routage sur l’Arkéa Ultim Challenge-Brest : même les meilleurs doutent. L’important est de savoir prendre toutes les informations disponibles, faire un choix et ensuite avancer avec cette décision.


Enfin, il y a évidemment toute la préparation réalisée en mer. Depuis deux saisons, chaque navigation, chaque course et chaque problème rencontré avec VSF Sports nous ont permis de mieux connaître le bateau. Aujourd’hui, je commence vraiment à le sentir : ses réactions, ses bruits, les moments où l’on peut pousser davantage et ceux où il faut au contraire préserver la machine.

Cette connaissance-là fait aussi partie de la préparation.


Question N°4 : Quels sont vos objectifs pour votre première Route du Rhum – Destination Guadeloupe ?


Mon objectif est de faire une belle course du début à la fin.

Bien sûr, je veux obtenir le meilleur classement possible. Nous avons un bateau performant, nous avons beaucoup travaillé et les résultats de cette saison montrent que nous pouvons naviguer au contact des meilleurs. Je serais donc malhonnête de dire que le classement ne compte pas.

Mais je sais aussi qu’une Route du Rhum ne peut pas se résumer à un chiffre.

Je veux surtout naviguer proprement, faire le moins d’erreurs possible, rester dans le bon groupe et réussir à maintenir le bateau à son potentiel. Les premiers jours seront probablement très exigeants, avec beaucoup de trafic, de la mer, du vent et peu de sommeil. Il faudra éviter les erreurs inutiles. La course ne se gagnera pas dans les premières heures, mais elle peut s’y compliquer énormément.

Ensuite, il faudra continuer à être lucide jusqu’au bout. Sur le Rhum, même l’arrivée autour de la Guadeloupe peut complètement redistribuer les cartes. On peut construire un écart pendant plusieurs jours au milieu de l’Atlantique et perdre énormément en quelques heures.


J’aimerais arriver à Pointe-à-Pitre avec le sentiment d’avoir bien navigué, d’avoir pris les bonnes décisions et d’être resté dans ma course du départ à l’arrivée. Il y a des moments où, en mer, tout semble s’enchaîner naturellement : le bateau avance bien, les décisions arrivent au bon moment, la trajectoire est cohérente. Si j’arrive à trouver ce « flow » pendant la course, je saurai que j’ai fait quelque chose de bien.

Et ensuite, évidemment, je regarderai le classement !


Question N°5 : Avez-vous un dernier message à partager avec ceux qui vous suivent et soutiennent votre projet ?


D’abord, simplement merci.


Un projet comme celui-ci existe parce que beaucoup de personnes décident d’y croire et de s’y engager. Il y a le groupe VSF, bien sûr, qui m’a donné cette opportunité et les moyens de construire un véritable projet sur plusieurs saisons. Il y a toute l’équipe autour du bateau, ceux qui travaillent au quotidien pour que je puisse prendre le départ dans les meilleures conditions, nos partenaires, et toutes les personnes qui nous suivent depuis le début.

Lorsque je serai seul sur l’Atlantique, je serai évidemment le seul à bord. Mais tout ce travail et toutes ces personnes partiront un peu avec moi.


J’espère surtout que ceux qui nous soutiennent prendront du plaisir à vivre cette Route du Rhum avec nous. Cela commencera à Saint-Malo, avec tout ce que représente le village et le départ, puis il y aura la traversée et cette arrivée mythique en Guadeloupe.

Pour moi, c’est une immense chance d’être au départ. Alors merci d’être là, de nous suivre et de faire partie de l’aventure.

bottom of page