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LA GRANDE INTERVIEW. Un Bourgnon sur la ligne de départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, c’est un événement en soi ! Il y a près de trente ans, Laurent Bourgnon remportait deux éditions haut la main (1994, 1998). Désormais, place à son fils, Basile (Edenred, Ocean Fifty). Impressionnant tout au long de la saison, son nom revient régulièrement comme candidat à la victoire. Il s’est confié longuement.

Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras
Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras

C’était en début de semaine et, à l’échelle du village de la Route du Rhum, c’était une éternité. Basile Bourgnon (Edenred) s’est installé en salle de presse, fraîchement arrivé à Saint-Malo. C’était avant les interviews qui s’enchaînent, les sollicitations, la tempête, les soirées et la présentation des skippers. Même s’il est favori en Ocean Fifty, Basile sait garder les pieds sur terre. C’est à son tour, un peu moins de trente ans après le double triomphe de son père, d’écrire son histoire avec la Route du Rhum – Destination Guadeloupe.

Est-ce qu’il y a de la place, quand on est aussi compétiteur et en lice pour la victoire, de se faire plaisir pendant le village ? Oui, bien entendu ! On fait ce métier pour vivre des émotions fortes, ça marche aussi bien en mer qu’à terre. C’est une ambiance particulière que j’avais déjà vécue en accompagnant Emmanuel Le Roch (alors skipper Edenred) il y a quatre ans. Quand on a passé les écluses en début de semaine, l’équipe m’a dit : « là mec, on y est, on ne peut plus faire demi-tour ! »

Comment décris-tu la bataille qui vous attend chez les Ocean Fifty ? C’est une course qui n’a rien d’anodin. On ne peut pas y aller la fleur au fusil, sans préparation. Nos bateaux nécessitent beaucoup d’énergie, d’attention et de précision. Si on les maîtrise mal, ils peuvent être dangereux. Mais une fois qu’on est lancé, ce sont des bateaux extraordinaires. Ils sont légers, rapides, je dirais même qu’ils sont vivants ! Le rapport poids-puissance est dingue.

« Les débuts de course ne sont pas diesel, c’est toujours électrique ! »

Il y a un rapport constant à avoir avec la prise de risque… En fait, il y a une limite à ne pas dépasser. Sur ces bateaux, on est toujours sur un fil. Sauf que si on ne s’approche pas de la limite, on est sûr qu’on ne gagne pas ! Ces dernières années, le niveau de la classe a augmenté. Les vitesses moyennes sont plus conséquentes et on a tous décalé un peu plus la limite. Il y a beaucoup plus d’intensité. Même les débuts de course ne sont pas diesel, c’est toujours électrique ! Même si le jeu est très ouvert, tu es régulièrement cité comme favori. Cela te semble logique ?  C’est vrai qu’après la saison qu’on vient de passer, je ne vais pas dire le contraire. On a un bateau qu’on a fait évoluer et on essaie constamment de tirer le meilleur. J’ai essayé de mettre mon petit grain de sel en matière d’aménagement intérieur, notamment pour réussir à bien me reposer. Sur une course comme la Route du Rhum, ça peut être un avantage conséquent. Comment arrive-t-on à être prêt pour un combat aussi intense d’une dizaine de jours ? Je n’en sais rien ! Le maximum que j’ai pu faire en solitaire sur ce bateau, c’était un peu moins de trois jours (à la Drheam-Cup 2026 qu’il a remportée). C’était à un rythme de fou, je n’avais dormi que deux heures… Je sais que je ne pourrais pas tenir dix jours comme ça ! Mais l’adrénaline et l’envie de victoire, ça maintient éveillé. On a aussi la chance d’avoir des routeurs qui nous boostent et nous permettent de garder le rythme. À un moment donné, c’est comme si on se « robotisait » pour faire avancer la machine au maximum de ses capacités.


« Je pense que même s’il n’avait pas été mon père, j’aurais admiré le sportif qu’il était »

Est-ce qu’il y a de la place pour prendre du plaisir en course ? C’est sûr qu’il n’y en a pas toujours. Ça peut être un peu stressant, un peu rageant, surtout quand tu n’arrives pas à faire ce que tu veux. Mais je n’oublie jamais de sortir un peu la tête de ça parce que j’ai envie de me faire plaisir. On vit des moments fabuleux. Et puis les couchers et les levers de soleil, tout ce qu’on voit en mer, je les retiens très bien.

Te voir évoluer en multicoque rappelle forcément ton père. Pourtant, cette vocation ne vient pas de lui…Oui, totalement. J’ai commencé très tôt, à l’âge de 11 ans. J’étais trop grand pour faire de l’Optimist et la seule façon de continuer, c’était de me mettre au catamaran. On avait réparé un Hobie Cat qui s’était échoué sur la plage. Mon père l’avait acheté et depuis, je n’ai jamais arrêté d’en faire. Même si j’ai fait du Mini et du Figaro, j’ai la sensation que c’est en multicoque que je m’exprime le mieux.

On pense forcément à ton père en te voyant disputer la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Comment vis-tu le fait que le sujet revienne toujours ? Je ne peux pas nier l’histoire et puis c’est aussi la mienne : ça fait très longtemps que j’ai envie de faire du bateau. Mon père, c’est surtout un exemple pour moi. J’ai surtout appris à connaître sa carrière après sa disparition. Je pense que même s’il n’avait pas été mon père, j’aurais admiré le sportif qu’il était. D’une certaine façon, il a été précurseur de plein de choses.  


Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras
Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras

« Quand je suis en mer, j’ai l’impression d’être un peu chez moi »

Ce qui est fascinant, c’est qu’il ne t’a jamais poussé à aller dans cette voie-là…

Non, jamais... On a quand même vécu sur un bateau donc forcément ça attire un peu.. Mais j’ai aussi pratiqué plein de sports quand j’étais jeune. Le seul aspect qui comptait pour lui, c’était que j’aille au bout de ce que je faisais. Tu as vécu sept ans sur un bateau en famille justement… Ce qui ressort de cette expérience, c’est la confiance et l’autonomie qu’on t’a accordée ? Oui, c’est le style d’éducation que mon père nous a donné. Nous avions toujours une grande liberté pour nous exprimer et être très autonomes. Et en parallèle, il était d’une grande exigence. Je n’ai pas été longtemps à l’école, mais j’ai eu la chance d’être autodidacte, d’apprendre de ce que je vois. La plus grande qualité que mon père m’a transmise, c’est cette capacité à m’adapter à n’importe quelle situation et à n’importe quelle personne. Comment qualifies-tu la personne que tu es en mer ? Quand je suis en mer, je suis à l’aise ! Même si je connais ses dangers, j’ai l’impression d’être dans mon élément, c’est un peu chez moi… Et j’aime le côté humble de la mer, le fait qu’il faille s’adapter à la mer et non pas l’inverse.  

 

 

il y a 4 heures
5 min de lecture

LA GRANDE INTERVIEW. Un Bourgnon sur la ligne de départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, c’est un événement en soi ! Il y a près de trente ans, Laurent Bourgnon remportait deux éditions haut la main (1994, 1998). Désormais, place à son fils, Basile (Edenred, Ocean Fifty). Impressionnant tout au long de la saison, son nom revient régulièrement comme candidat à la victoire. Il s’est confié longuement.

Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras
Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras

C’était en début de semaine et, à l’échelle du village de la Route du Rhum, c’était une éternité. Basile Bourgnon (Edenred) s’est installé en salle de presse, fraîchement arrivé à Saint-Malo. C’était avant les interviews qui s’enchaînent, les sollicitations, la tempête, les soirées et la présentation des skippers. Même s’il est favori en Ocean Fifty, Basile sait garder les pieds sur terre. C’est à son tour, un peu moins de trente ans après le double triomphe de son père, d’écrire son histoire avec la Route du Rhum – Destination Guadeloupe.

Est-ce qu’il y a de la place, quand on est aussi compétiteur et en lice pour la victoire, de se faire plaisir pendant le village ? Oui, bien entendu ! On fait ce métier pour vivre des émotions fortes, ça marche aussi bien en mer qu’à terre. C’est une ambiance particulière que j’avais déjà vécue en accompagnant Emmanuel Le Roch (alors skipper Edenred) il y a quatre ans. Quand on a passé les écluses en début de semaine, l’équipe m’a dit : « là mec, on y est, on ne peut plus faire demi-tour ! »

Comment décris-tu la bataille qui vous attend chez les Ocean Fifty ? C’est une course qui n’a rien d’anodin. On ne peut pas y aller la fleur au fusil, sans préparation. Nos bateaux nécessitent beaucoup d’énergie, d’attention et de précision. Si on les maîtrise mal, ils peuvent être dangereux. Mais une fois qu’on est lancé, ce sont des bateaux extraordinaires. Ils sont légers, rapides, je dirais même qu’ils sont vivants ! Le rapport poids-puissance est dingue.

« Les débuts de course ne sont pas diesel, c’est toujours électrique ! »

Il y a un rapport constant à avoir avec la prise de risque… En fait, il y a une limite à ne pas dépasser. Sur ces bateaux, on est toujours sur un fil. Sauf que si on ne s’approche pas de la limite, on est sûr qu’on ne gagne pas ! Ces dernières années, le niveau de la classe a augmenté. Les vitesses moyennes sont plus conséquentes et on a tous décalé un peu plus la limite. Il y a beaucoup plus d’intensité. Même les débuts de course ne sont pas diesel, c’est toujours électrique ! Même si le jeu est très ouvert, tu es régulièrement cité comme favori. Cela te semble logique ?  C’est vrai qu’après la saison qu’on vient de passer, je ne vais pas dire le contraire. On a un bateau qu’on a fait évoluer et on essaie constamment de tirer le meilleur. J’ai essayé de mettre mon petit grain de sel en matière d’aménagement intérieur, notamment pour réussir à bien me reposer. Sur une course comme la Route du Rhum, ça peut être un avantage conséquent. Comment arrive-t-on à être prêt pour un combat aussi intense d’une dizaine de jours ? Je n’en sais rien ! Le maximum que j’ai pu faire en solitaire sur ce bateau, c’était un peu moins de trois jours (à la Drheam-Cup 2026 qu’il a remportée). C’était à un rythme de fou, je n’avais dormi que deux heures… Je sais que je ne pourrais pas tenir dix jours comme ça ! Mais l’adrénaline et l’envie de victoire, ça maintient éveillé. On a aussi la chance d’avoir des routeurs qui nous boostent et nous permettent de garder le rythme. À un moment donné, c’est comme si on se « robotisait » pour faire avancer la machine au maximum de ses capacités.


« Je pense que même s’il n’avait pas été mon père, j’aurais admiré le sportif qu’il était »

Est-ce qu’il y a de la place pour prendre du plaisir en course ? C’est sûr qu’il n’y en a pas toujours. Ça peut être un peu stressant, un peu rageant, surtout quand tu n’arrives pas à faire ce que tu veux. Mais je n’oublie jamais de sortir un peu la tête de ça parce que j’ai envie de me faire plaisir. On vit des moments fabuleux. Et puis les couchers et les levers de soleil, tout ce qu’on voit en mer, je les retiens très bien.

Te voir évoluer en multicoque rappelle forcément ton père. Pourtant, cette vocation ne vient pas de lui…Oui, totalement. J’ai commencé très tôt, à l’âge de 11 ans. J’étais trop grand pour faire de l’Optimist et la seule façon de continuer, c’était de me mettre au catamaran. On avait réparé un Hobie Cat qui s’était échoué sur la plage. Mon père l’avait acheté et depuis, je n’ai jamais arrêté d’en faire. Même si j’ai fait du Mini et du Figaro, j’ai la sensation que c’est en multicoque que je m’exprime le mieux.

On pense forcément à ton père en te voyant disputer la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Comment vis-tu le fait que le sujet revienne toujours ? Je ne peux pas nier l’histoire et puis c’est aussi la mienne : ça fait très longtemps que j’ai envie de faire du bateau. Mon père, c’est surtout un exemple pour moi. J’ai surtout appris à connaître sa carrière après sa disparition. Je pense que même s’il n’avait pas été mon père, j’aurais admiré le sportif qu’il était. D’une certaine façon, il a été précurseur de plein de choses.  


Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras
Basile Bourgnon à bord d'Edenred @ Pierre Borras

« Quand je suis en mer, j’ai l’impression d’être un peu chez moi »

Ce qui est fascinant, c’est qu’il ne t’a jamais poussé à aller dans cette voie-là…

Non, jamais... On a quand même vécu sur un bateau donc forcément ça attire un peu.. Mais j’ai aussi pratiqué plein de sports quand j’étais jeune. Le seul aspect qui comptait pour lui, c’était que j’aille au bout de ce que je faisais. Tu as vécu sept ans sur un bateau en famille justement… Ce qui ressort de cette expérience, c’est la confiance et l’autonomie qu’on t’a accordée ? Oui, c’est le style d’éducation que mon père nous a donné. Nous avions toujours une grande liberté pour nous exprimer et être très autonomes. Et en parallèle, il était d’une grande exigence. Je n’ai pas été longtemps à l’école, mais j’ai eu la chance d’être autodidacte, d’apprendre de ce que je vois. La plus grande qualité que mon père m’a transmise, c’est cette capacité à m’adapter à n’importe quelle situation et à n’importe quelle personne. Comment qualifies-tu la personne que tu es en mer ? Quand je suis en mer, je suis à l’aise ! Même si je connais ses dangers, j’ai l’impression d’être dans mon élément, c’est un peu chez moi… Et j’aime le côté humble de la mer, le fait qu’il faille s’adapter à la mer et non pas l’inverse.  

 

 

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