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Tous les quatre ans depuis 1978, la course iconique est devenue le laboratoire des innovations en course au large, surtout chez les multicoques. D’Olympus, le petit trimaran vainqueur de la première édition en 1978, au dernier Edmond de Rothschild qui s’élancera cette année, les marins et leurs équipes ont rivalisé d’audace et d’inventivité pour être les plus rapides autour de l’Atlantique, pour le meilleur et parfois pour le pire.
Olympus, à jamais le premier

L’histoire ressemble presque à la création d’un géant de la tech. Comme pour Apple, les débuts du bateau vainqueur de la première Route du Rhum, en 1978, ont eu lieu… dans un garage. La scène se déroule dans le Massachusetts, chez Walter Green, un ami du marin Mike Birch. Passionné de multicoque, il construit A Capella, le premier nom d’Olympus. Fabriqué en contreplaqué et en époxy, le bateau fait 11,48 m de long pour 8,26 mètres de large. Il est rigide, le cockpit est tout en longueur et permet de bien voir les vagues. « C’est un bateau simple, économique, qui va plus vite que des bateaux trois fois plus grands », confie alors Mike Birch. À son bord, le Canadien va réaliser un incroyable exploit : remporter cette première Route du Rhum au bout du suspense avec 98 secondes d’avance sur le Kriter V de Michel Malinovsky, à l’issue de 23 jours en mer. Le petit multicoque a donc damné le pion à un grand monocoque (21 mètres) pour écrire le premier chapitre de la légende de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe.
Manureva, le géant disparu

« Où es-tu Manureva ? / Portée disparue Manureva / Bateau fantôme, toi qui rêvas / Des îles et qui jamais n’arrivas ». En 1979, Alain Chamfort rend hommage en chanson à Alain Colas et met des mots sur la tristesse de toute une génération. Alain Colas a disparu un an plus tôt, au 12e jour de la Route du Rhum, alors qu’il faisait face à une violente tempête à proximité des Açores. Depuis, rien n’a jamais été retrouvé, aucun débris ni élément de l’épave.
Son bateau était l’ex-Pen Duick IV, un trimaran en aluminium de 20,50 mètres. Imaginé par Éric Tabarly, il est révolutionnaire pour l’époque, notamment avec ses deux mâts-aile. Si Tabarly ne parvient pas à s’imposer à la Transat anglaise en 1968, il bat le record de plus de 24 heures de la course Los Angeles-Honolulu. Alain Colas le rachète un an plus tard et s’offre, en 1972, la victoire à la Transat anglaise, confirmant ainsi les choix architecturaux de Tabarly. La Route du Rhum a lieu six ans plus tard. Le mystère autour de sa disparition n’a fait que renforcer la légende autour d’un bateau à part dans l’histoire de la course au large.
Les Rosières, quelques milles et puis s’en va
Il n’a même pas pu franchir la ligne de départ… En 1982, le skipper Guy Delage s’élance à bord d’un étrange bateau, Les Rosières. Il s’agit d’un prao, un multicoque disposant d’une coque principale et d’un unique flotteur, inspiré des pirogues de certains peuples du Pacifique. Celui de Guy est un prao du Pacifique : le flotteur est placé du côté du vent pour faire contrepoids. Un bateau « inquiétant, non conventionnel, révolutionnaire ou complètement fou », peut-on entendre dans un reportage diffusé avant le départ.
Ce bateau, « il était maudit depuis le départ », a confié plus tard Guy Delage*. À la veille de s’élancer, le prao part seul avec son corps-mort à Paimbœuf et menace de s’écraser contre les rochers. Le jour J, il est en proie à des soucis de pilote automatique et chavire dans l’effervescence du départ. « Le bateau s’est plié tout doucement, a raconté Guy. L’accident est dû à une prise de risque, une faute de pilote et un budget trop étroit… Tout s’est arrêté trop vite. »
Pierre 1er, à jamais la pionnière

Sailboat "Pierre 1er" of skipper Florence Arthaud arrives in first position of the 4th edition of the Route du Rhum sailing race on November 18, 1990, at Pointe-à-Pitre. (Photo by MARCEL MOCHET / AFP)
Enfin, Florence Arthaud dispose de « son » bateau. La navigatrice a trouvé du soutien financier et, pour la première fois, elle peut concevoir son trimaran. Elle fait appel au cabinet VPLP qui s’inspire des Formule 40 (des multicoques nés dans les années 1980) en concevant un trimaran plus grand (18,28 m de long, 15 m de large) et plus puissant, avec un mât-aile. Arthaud a déjà tout connu à la Route du Rhum : 11e en 1978, abandon en 1982, déroutage pour porter assistance à Loïc Caradec en 1986…
À bord de Pierre 1er, donc, en 1990, elle doit faire face à des soucis techniques (problème électrique, problème de pilote automatique) et physiques (elle a eu une fausse couche pendant la course). Pourtant, « Flo » s’accroche jusqu’au bout et remporte le Graal : elle est la seule femme à avoir remporté la Route du Rhum.
Royal II, destin tragique

Son histoire avait pourtant mal commencé. Pour sa première course (La Baule-Dakar en 1983), Royal II est entré en collision avec Biotherm II, le bateau de Florence Arthaud, dès le départ. Mais Loïc Caradec, son skipper, est loin de se résigner. C’est lui qui a imaginé ce catamaran de 22,60 mètres, qu’il a souhaité simple et épuré, avec un mât classique, des coques très basses sur l’eau et une cellule de vie réduite à l’essentiel.
Avant la Route du Rhum 1986, il est amélioré, agrandi, doté d’un mât-aile et d’une nacelle agrandie. Des évolutions qui paient puisque Caradec s’offre notamment le record de la traversée de l’Atlantique Nord. Le bateau est rapide, puissant et peut-être trop. Dans une forte tempête au large des Açores, il démâte. Florence Arthaud se déroute, découvre le bateau disloqué mais ne parvient pas à retrouver Loïc Caradec. C’est le deuxième skipper à perdre la vie lors de la Route du Rhum.
Groupama 3, la légende de la Route du Rhum

Il s’agit à coup sûr de l’un des bateaux les plus performants de l’histoire. À l’origine, Franck Cammas, déjà à l’initiative de la création de deux Orma, souhaite un bateau pour partir à la chasse aux records. Avec le cabinet VPLP et son sponsor, Groupama, ils mettent au point un trimaran plus petit que le géant d’alors (Orange II et ses 37,80 m, détenteur du Trophée Jules Verne en 2005) et plus large que les Orma. « Il est de puissance moyenne, léger et suffisamment long pour être en sécurité dans les mers du Sud », confie Franck Cammas lors de sa mise à l’eau.
À son bord, il remporte le Trophée Jules Verne puis s’aligne à la Route du Rhum 2010 et s’offre une incroyable victoire. Le bateau va poursuivre son histoire en or avec la plus connue des transatlantique : à son bord, Loïck Peyron (Banque Populaire VII) en 2014 puis Francis Joyon (IDEC Sport) en 2018 l’emportent également. Le bateau pourra encore être admiré aux pontons à Saint-Malo puisqu’il s’agit d’IDEC Sport, avec lequel Alexis Barrier tentera sa chance. L’ex-Groupama 3 est entré dans la légende de la course et pour cause : il est resté invaincu pendant douze ans à la Route du Rhum. Du jamais-vu !
Maxi Edmond de Rothschild, le saut dans le futur
Il sera forcément l’un des bateaux les plus photographiés et les plus observés sur les pontons à Saint-Malo. Le Maxi Edmond de Rothschild (Gitana 18) est un concentré d’innovation et de technologie. Ses foils en « T » se relèvent entre le flotteur et la coque centrale, à l’instar de ce qui est visible sur les AC75 de la Coupe de l’America. Ses safrans en U sont composés de deux bras verticaux afin d’être plus raides.
Afin de gérer le vol et les performances du bateau, 44 vérins hydrauliques ont été installés, ce qui illustre la complexité technologique de ce nouvel Ultim. Le maxi-trimaran a été mis à l’eau en février dernier. Un long travail de fiabilité et de mise au point a depuis débuté pour Charles Caudrelier, tenant du titre, et son équipe avant la première transatlantique de Gitana 18, à l’occasion de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe.
Extrait de « L’épopée transatlantique, les multicoques sous l’emprise du Rhum »




