LE MAG DU RHUM. Ce sont des « matchs dans le match » qui sont passionnants à suivre. En Vintage Multi, Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) et Éric Péron (French Touch – Oceania Hotels) se livrent un duel de chaque instant. Chez les Vintage Mono, ils sont quatre à « se tenir » en moins d’une trentaine de milles. Certains d’entre eux se sont confiés ce matin pendant la vacation, évoquant leur plaisir d’être en mer et de tout donner.

Sidney Gavignet a le don de mettre des mots sur les émotions et les sensations des femmes et des hommes de mer. Il l’a démontré une nouvelle fois ce matin en expliquant le lien fort qu’il a tissé avec le Cigare rouge, ce bateau de légende qu’ont barré en leur temps Jean-Luc Van Den Heede et Catherine Chabaud. « C’est merveilleux d’être sur ce bateau, je le remercie à chaque instant de la journée, je remercie le pilote, les voiles, la coque, je le remercie de tout tenir. »
Si Sidney assure « se concentrer sur sa course » et ne pas trop s’attarder sur les classements, il ne lui a pas échappé qu’en Vintage Mono, les quatre premiers ne sont séparés que d’une trentaine de milles sur l’orthodromie et d’une cinquantaine de milles en latéral. Longtemps en tête, Tanguy Caradec (Eurvad, 1er) et Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance, 2e) ont été rattrapés par Patrick Isoard (Groupe Cogedis Pour Enfants du Mékong) et par Sidney Gavignet justement.
« Je me sens très bien à bord » (Kieran Le Borgne)
« On ne s’est pas concerté mais c’est super de se retrouver tous ensemble, confie Patrick Isoard. Maintenant, ça va faire entonnoir et tout va se décider en fonction des options de chacun. » « On a à peu près la même vitesse, on se bagarre et on est à fond », s’amuse de son côté Kieran. Désormais, chacun se positionne face à la dépression à venir : Tanguy Caradec et Patrick Isoard pointent légèrement plus au nord que le duo Kieran Le Borgne – Sidney Gavignet. Kieran est à la barre d’un bateau qui a gagné le Vendée Globe à deux reprises avec Michel Desjoyeaux (en 2000) et Vincent Riou (en 2004). « Le bateau est vraiment génial, confie-t-il. Maintenant, ça va être les premières fois que je vais aller dans de telles conditions avec, mais je me sens très bien à bord. »
« J’ai bien conscience que je suis sur une machine formidable » (Damien Seguin)
Chez les Vintage Multi, ce sont les Orma qui occupent le devant de la scène. Malgré le chavirage de Francis Joyon (Oceans), les trois autres Orma occupent les trois premières places : Damien Seguin (Arkéa – Handicap International, 1er), Éric Péron (French Touch – Oceania Hotels) et Gilles Lamiré (Groupe GCA, 3e). « J’ai bien conscience que je suis sur une machine formidable et c’est très plaisant, confie Damien Seguin. Mais ce sont aussi des bateaux stressants. J’ai l’impression de perdre des points de vie ! » Malgré sa grande expérience, Damien reconnaît « se sentir parfois vulnérable à bord ». « Il faut savoir prendre les bonnes décisions au bon moment, tu sens que tu ne peux pas faire n’importe quoi. C’est peut-être ce qu’il y a de plus engagé pour un bateau. »
En étant focalisés à 100 % sur la course, les skippers de ces Vintage Multi et de ces Vintage Mono écrivent une nouvelle page d’histoire pour ces bateaux de légende. Ils prouvent aussi, au quotidien, que ces bateaux ont encore d’incroyables capacités. En somme, faire revivre le passé en étant plus que jamais dans le présent. « Dès que je regarde autour de moi, que je regarde les autres skippers, je me dis que c’est fou d’être sur ce bateau-là, reconnaît Kieran Le Borgne. Je me sens hyper chanceux d’être à la barre de ce bateau pendant la Route du Rhum ! »
