top of page

LA GRANDE INTERVIEW. SNSM, Faites un don ! est le seul des trois Lift V3 sur plans Lombard à être équipé de sièges de veille sous la casquette. Bien calé dans cette position à une semaine du départ, Corentin Douguet pose un regard affûté sur la flotte des Class40 et devise sur la course qui l’attend. Troisième en 2022, deuxième l’an passé sur la Transat Café l’Or, le nantais part logiquement pour finaliser cette suite mathématique. Avec méthode, envie et une pointe de fatalisme. Rencontre !



-    Ça fait deux ans que tu portes les couleurs de la SNSM. On imagine bien que ce n’est pas elle qui finance le bateau ? Comment fonctionne ton projet ?

 Nous avons des partenaires financiers classiques et aussi des mécènes qui offrent l’espace qu’ils financent à la SNSM. Comme toutes les associations, la SNSM a besoin de dons. Elle remplit une mission de service public alors qu’à l’étranger, le sauvetage relève du privé. J’en suis ravi parce que c’est plus sympa de porter un projet qui a du sens que d’être un simple panneau publicitaire. C’est une responsabilité aussi. C’est certain qu’avec un bateau à ces couleurs-là, tu n’as pas envie de faire une démonstration complète du savoir-faire de ton partenaire pendant la course ! (rires)

 

- A une semaine du départ, comment te projètes-tu dans cette deuxième Route du Rhum Destination Guadeloupe ?

Avant-hier, on avait un œil sur la météo pour voir si tout n’allait pas s’envoler avec la tempête ! Mais il ne faut surtout pas regarder trop tôt les fichiers pour ne pas se mettre dans le cerveau des infos contradictoires qui pourraient te polluer. Cette première semaine, c’était pour la famille et les partenaires. A partir de lundi, on va rentrer dans la course gentiment !

 

 - C’est long une Route du Rhum en Class40 et les bateaux sont rudes. Est ce qu’il y a quand même de bons moments ?

C’est un temps long en effet, deux semaines de course et tu dois le gérer comme tel, notamment en matière de sommeil et d’alimentation pour pas faire de bêtise. C’est très brutal en Class40 parce que les bateaux ne sont pas aériens et qu’il faut bourriner pour aller vite. Mais il y a d’autres classes où l’engagement physique et mental est énorme, je pense aux Ocean Fifty notamment… Mais on n’est pas des héros non plus ! La course repose sur le volontariat ! Ça reste une transat hivernale donc si tu n’as pas lu la notice avant de partir, ça pique un peu ! Il y a de très fortes chances que la première semaine soit difficile mais c’est ce qui rend le deuxième agréable. Le moment où tu choques les voiles prend une dimension magique. C’est encore plus agréable si tu es toujours en état de jouer la gagne. Car contrairement à ce que beaucoup de gens croient, la Route du Rhum se gagne au près la première semaine. C’est une course par élimination où la flotte se distend petit à petit… Pour finir, le meilleur moment, comme dans toute course au large en solitaire, c’est quand ça s’arrête ! … Et que tu termines à la place que tu espérais.

 

-    Justement, le plateau est très relevé avec beaucoup de bons skippers et de bons bateaux. Vous êtes combien selon toi à pouvoir vraiment l’emporter ?

-    On est cinq à pouvoir gagner. Après, une dizaine de bons marins peuvent se mêler à la bagarre pour le podium. Mais si on fait la liste des binômes skipper-bateau qui se dégagent, j’en trouve cinq. Je serais malhonnête de ne pas me mettre dedans, il y a bien sûr Guillaume Pirouelle, Alexis Loison aussi. Il a reçu son bateau tard mais c’est le même que le mien, et Alexis a du talent et l’expérience du large. Je mets aussi dans le lot Fabien Delahaye qui, comme Guillaume, a un bateau un tout petit peu moins performant mais arrive en fin de cycle et le connaît par cœur. Le cinquième c’est Axel Tréhin. Il a le bateau (Lift V3), il a déjà une Route du Rhum à son actif, nous avons couru la Transat Café l’Or ensemble, donc je connais bien son niveau.

 

-    Qu’est-ce que tu lui diras à Axel sur le ponton, le matin du départ ?

Je lui dirai qu’à son âge, faire deuxième, c’est déjà vachement bien !

 

-    Et toi, à quel moment de ta carrière arrive cette Route du Rhum ?

Elle intervient à la fin de ma carrière à peu de choses près. Donc c’est le moment de la gagner !

Se dire ça, c’est aussi une façon d’essayer d’en profiter vraiment. Avec le bateau que j’ai et l’expérience que j’ai, si j’arrive à en profiter, je crois que la victoire est possible.

 

-    Il ne manque pourtant pas de skippers au départ à Saint-Malo qui démontrent qu’à 52 ans, il y a encore de belles années devant, non ?

Mon sentiment c’est qu’il y a un temps pour tout. Les bateaux sont de plus en plus exigeants, toi tu vieillis et à un moment les courbes se croisent. Ça ne m’intéresse pas de faire une Route du Rhum si je ne suis pas en position de la gagner. Si c’est juste pour traverser l’Atlantique, il existe des façons beaucoup plus sympas de le faire que de venir se faire défoncer dans l’Atlantique nord au mois de novembre ! Là, je suis en forme, j’ai le bateau, l’expérience, j’ai envie de faire les choses bien, je crois qu’on a fait un joli projet. Il nous a manqué un tout petit peu de moyens mais l’ensemble a été bien optimisé.

 

- Qu’est-ce que tu aurais fait de plus ou de mieux, si tu avais eu plus de moyens ?

On aurait dessiné plus de voiles et j’aurais participé à plus de courses en 2026. J’ai fait quelques impasses de ce côté-là…

 

- A la fois en 2025, tu avais tout gagné en avant-saison. N’y a t-il pas eu d’excès de confiance sur la Transat Café L’Or où tu es parti au Nord, sans contrôler les autres ? J’imagine que tu as beaucoup repensé à tout ça ? Tu referais pareil ?

Au moment où nous avons fait ce choix de route avec Axel, on n’avait pas de raison de faire autrement. Je pensais juste que plus de têtes de séries suivraient. Finalement, il n’y a qu’un bateau pour qui ça passe au Sud et qui a explosé son groupe. Il ne nous bat que de 7 minutes à l’arrivée. A l’échelle d’une transat ouverte, sans marque de parcours, tu ne peux pas contrôler une flotte. Aujourd’hui on a des pointages toutes les heures, c’est presqu’un peu dommage d’ailleurs mais une option faut y aller à fond. A quelques heures près, ça peut ne pas passer du tout. Donc tu ne peux pas tergiverser et je n’ai pas de regret là-dessus.

 

- Qu’est-ce que ça changerait dans ta vie de gagner la Route du Rhum Destination Guadeloupe ?

C’est tout le paradoxe, probablement rien, c’est une coupe vide ! En revanche ça aurait du sens, de l’allure. Quand j’étais gamin, je n’avais pas de posters dans ma chambre en me disant, « ce sera mon métier », car à l’époque, 10 skippers en vivotaient, pas plus. C’est venu tard, je me suis mis à la compétition à 20 ans. Donc si 21 ans après avoir inscrit mon nom au palmarès de la Mini-Transat, je fais pareil pour la Route du Rhum, ce sera pas mal ! ll y a quatre ans, j’ai eu des problèmes techniques qui m’ont empêché de me battre jusqu’au bout avec Yoann (Richomme). J’ai eu un goût d’inachevé, pas d’avoir raté la victoire mais dans le contenu de la course. Là, j’aimerais avoir l’impression d’avoir tout donné et d’avoir fait ce que je pouvais faire de mieux.

il y a 6 jours
5 min de lecture

LA GRANDE INTERVIEW. SNSM, Faites un don ! est le seul des trois Lift V3 sur plans Lombard à être équipé de sièges de veille sous la casquette. Bien calé dans cette position à une semaine du départ, Corentin Douguet pose un regard affûté sur la flotte des Class40 et devise sur la course qui l’attend. Troisième en 2022, deuxième l’an passé sur la Transat Café l’Or, le nantais part logiquement pour finaliser cette suite mathématique. Avec méthode, envie et une pointe de fatalisme. Rencontre !



-    Ça fait deux ans que tu portes les couleurs de la SNSM. On imagine bien que ce n’est pas elle qui finance le bateau ? Comment fonctionne ton projet ?

 Nous avons des partenaires financiers classiques et aussi des mécènes qui offrent l’espace qu’ils financent à la SNSM. Comme toutes les associations, la SNSM a besoin de dons. Elle remplit une mission de service public alors qu’à l’étranger, le sauvetage relève du privé. J’en suis ravi parce que c’est plus sympa de porter un projet qui a du sens que d’être un simple panneau publicitaire. C’est une responsabilité aussi. C’est certain qu’avec un bateau à ces couleurs-là, tu n’as pas envie de faire une démonstration complète du savoir-faire de ton partenaire pendant la course ! (rires)

 

- A une semaine du départ, comment te projètes-tu dans cette deuxième Route du Rhum Destination Guadeloupe ?

Avant-hier, on avait un œil sur la météo pour voir si tout n’allait pas s’envoler avec la tempête ! Mais il ne faut surtout pas regarder trop tôt les fichiers pour ne pas se mettre dans le cerveau des infos contradictoires qui pourraient te polluer. Cette première semaine, c’était pour la famille et les partenaires. A partir de lundi, on va rentrer dans la course gentiment !

 

 - C’est long une Route du Rhum en Class40 et les bateaux sont rudes. Est ce qu’il y a quand même de bons moments ?

C’est un temps long en effet, deux semaines de course et tu dois le gérer comme tel, notamment en matière de sommeil et d’alimentation pour pas faire de bêtise. C’est très brutal en Class40 parce que les bateaux ne sont pas aériens et qu’il faut bourriner pour aller vite. Mais il y a d’autres classes où l’engagement physique et mental est énorme, je pense aux Ocean Fifty notamment… Mais on n’est pas des héros non plus ! La course repose sur le volontariat ! Ça reste une transat hivernale donc si tu n’as pas lu la notice avant de partir, ça pique un peu ! Il y a de très fortes chances que la première semaine soit difficile mais c’est ce qui rend le deuxième agréable. Le moment où tu choques les voiles prend une dimension magique. C’est encore plus agréable si tu es toujours en état de jouer la gagne. Car contrairement à ce que beaucoup de gens croient, la Route du Rhum se gagne au près la première semaine. C’est une course par élimination où la flotte se distend petit à petit… Pour finir, le meilleur moment, comme dans toute course au large en solitaire, c’est quand ça s’arrête ! … Et que tu termines à la place que tu espérais.

 

-    Justement, le plateau est très relevé avec beaucoup de bons skippers et de bons bateaux. Vous êtes combien selon toi à pouvoir vraiment l’emporter ?

-    On est cinq à pouvoir gagner. Après, une dizaine de bons marins peuvent se mêler à la bagarre pour le podium. Mais si on fait la liste des binômes skipper-bateau qui se dégagent, j’en trouve cinq. Je serais malhonnête de ne pas me mettre dedans, il y a bien sûr Guillaume Pirouelle, Alexis Loison aussi. Il a reçu son bateau tard mais c’est le même que le mien, et Alexis a du talent et l’expérience du large. Je mets aussi dans le lot Fabien Delahaye qui, comme Guillaume, a un bateau un tout petit peu moins performant mais arrive en fin de cycle et le connaît par cœur. Le cinquième c’est Axel Tréhin. Il a le bateau (Lift V3), il a déjà une Route du Rhum à son actif, nous avons couru la Transat Café l’Or ensemble, donc je connais bien son niveau.

 

-    Qu’est-ce que tu lui diras à Axel sur le ponton, le matin du départ ?

Je lui dirai qu’à son âge, faire deuxième, c’est déjà vachement bien !

 

-    Et toi, à quel moment de ta carrière arrive cette Route du Rhum ?

Elle intervient à la fin de ma carrière à peu de choses près. Donc c’est le moment de la gagner !

Se dire ça, c’est aussi une façon d’essayer d’en profiter vraiment. Avec le bateau que j’ai et l’expérience que j’ai, si j’arrive à en profiter, je crois que la victoire est possible.

 

-    Il ne manque pourtant pas de skippers au départ à Saint-Malo qui démontrent qu’à 52 ans, il y a encore de belles années devant, non ?

Mon sentiment c’est qu’il y a un temps pour tout. Les bateaux sont de plus en plus exigeants, toi tu vieillis et à un moment les courbes se croisent. Ça ne m’intéresse pas de faire une Route du Rhum si je ne suis pas en position de la gagner. Si c’est juste pour traverser l’Atlantique, il existe des façons beaucoup plus sympas de le faire que de venir se faire défoncer dans l’Atlantique nord au mois de novembre ! Là, je suis en forme, j’ai le bateau, l’expérience, j’ai envie de faire les choses bien, je crois qu’on a fait un joli projet. Il nous a manqué un tout petit peu de moyens mais l’ensemble a été bien optimisé.

 

- Qu’est-ce que tu aurais fait de plus ou de mieux, si tu avais eu plus de moyens ?

On aurait dessiné plus de voiles et j’aurais participé à plus de courses en 2026. J’ai fait quelques impasses de ce côté-là…

 

- A la fois en 2025, tu avais tout gagné en avant-saison. N’y a t-il pas eu d’excès de confiance sur la Transat Café L’Or où tu es parti au Nord, sans contrôler les autres ? J’imagine que tu as beaucoup repensé à tout ça ? Tu referais pareil ?

Au moment où nous avons fait ce choix de route avec Axel, on n’avait pas de raison de faire autrement. Je pensais juste que plus de têtes de séries suivraient. Finalement, il n’y a qu’un bateau pour qui ça passe au Sud et qui a explosé son groupe. Il ne nous bat que de 7 minutes à l’arrivée. A l’échelle d’une transat ouverte, sans marque de parcours, tu ne peux pas contrôler une flotte. Aujourd’hui on a des pointages toutes les heures, c’est presqu’un peu dommage d’ailleurs mais une option faut y aller à fond. A quelques heures près, ça peut ne pas passer du tout. Donc tu ne peux pas tergiverser et je n’ai pas de regret là-dessus.

 

- Qu’est-ce que ça changerait dans ta vie de gagner la Route du Rhum Destination Guadeloupe ?

C’est tout le paradoxe, probablement rien, c’est une coupe vide ! En revanche ça aurait du sens, de l’allure. Quand j’étais gamin, je n’avais pas de posters dans ma chambre en me disant, « ce sera mon métier », car à l’époque, 10 skippers en vivotaient, pas plus. C’est venu tard, je me suis mis à la compétition à 20 ans. Donc si 21 ans après avoir inscrit mon nom au palmarès de la Mini-Transat, je fais pareil pour la Route du Rhum, ce sera pas mal ! ll y a quatre ans, j’ai eu des problèmes techniques qui m’ont empêché de me battre jusqu’au bout avec Yoann (Richomme). J’ai eu un goût d’inachevé, pas d’avoir raté la victoire mais dans le contenu de la course. Là, j’aimerais avoir l’impression d’avoir tout donné et d’avoir fait ce que je pouvais faire de mieux.

bottom of page