L’HUMEUR DU RHUM. Alors que les spectateurs s'émerveillaient devant le départ de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, derrière, c’est une machine aussi huilée qu’un bon winch qui a permis que les 115 concurrents prennent un “bon départ”. Plongée dans les coulisses de la direction de course le temps d’un “5, 4, 3, 2, 1… Top départ !”

De Saint-Malo au cap Fréhel, les spectateurs se sont massés pour être sûrs de ne pas manquer les bateaux. Pendant ce temps, les ruelles de Saint-Malo se sont vidées. Dans leur appartement intra-muros, transformé en tour de contrôle, Miranda Merron et Guillaume Evrard de la direction de course veillent au grain, en appui du reste de l’équipe positionnée sur l’eau.
Dans les rouages de la direction de course
12h00. Il faut gravir un grand escalier en granit pour accéder au QG. Dans le salon, six écrans branchés sur le logiciel de navigation Adrena qui affichent les 115 pictogrammes des bateaux se regroupant sur la ligne. Mais “le départ a déjà commencé ce matin”, glisse Guillaume Evrard, évoquant un concurrent dépanné dès 9h00 pour un souci moteur. Au-delà de l’anecdote, Guillaume et Miranda ont surtout veillé à ce que les balises des skippers fonctionnent toutes correctement et que les plombages moteur soient validés par le comité technique.
Pendant ces explications, sur la table, les VHF égrènent les décomptes. Les vedettes presse quittent la zone de départ, suivies quelques minutes plus tard des annexes d’assistance.
12h58. Le signal d’avertissement retentit “4 minutes avant départ”. Les équipes ont quitté les bateaux. Les skippers sont désormais seuls à bord.
Départ sous haute surveillance
13h02. Dans la VHF, le comité de course lance le décompte “5, 4, 3, 2, 1, top départ”, la flotte s’élance dans 8 à 12 nœuds de vent et sur mer plate. Des conditions très calmes, mais “on a 115 bateaux en solitaire dans la Manche”, rappelle Miranda Merron, ancienne concurrente et fidèle de l’équipe de Francis Le Goff. “Il faudra faire très attention aux autres concurrents, au trafic, surtout pendant la nuit prochaine car nous sommes en lune décroissante”.
Guillaume et Miranda ont désormais les yeux davantage rivés sur leurs écrans que sur la télévision qui retransmet l'événement en direct. Tandis que les ULTIM se dirigent vers le cap Fréhel, marque du parcours, le duo s’assure que chaque concurrent a pris un bon départ. La petite radio annonce deux puis trois bateaux en infraction. Trois Class40 trop pressés au départ ou qui ont mordu le segment de ligne qui n’était pas le leur. Ceux-là se verront notifier par Miranda une pénalité de 5 heures à effectuer dans les 24h, une fois la marque de parcours passée.
Rester en alerte
La course est lancée, Armel Le Cleac’h et son Maxi Banque Populaire XI croisent en tête au Cap Fréhel. Les images sur l’écran de télévision subjuguent. “On reste concentré mais on s’octroie quelques minutes pour admirer le spectacle”, sourit Guillaume.
13h25. Le dernier bateau vient de franchir la ligne de départ, les équipes vont pouvoir bientôt revenir à terre. La direction de course va alors rentrer dans le dur. Jour et nuit, ils seront sept à se relayer pour veiller sur les marins et les bateaux. “La règle, c’est qu’une personne reste en permanence devant l’écran et surtout la ligne d’urgence”, détaille Guillaume. “La nuit on essaie d’être deux.” Cette ligne d’urgence, c’est celle qu’on appelle dans le jargon : la ligne rouge. Le téléphone est posé bien en évidence sur la table avec une sonnerie à réveiller toute la ville de Saint-Malo. En cas de pépins, les skippers ou les team manager les contactent via ce numéro pour déclencher les moyens nécessaires.
“Lorsqu’une avarie survient, on aimerait gérer de A à Z, mais il faut aussi savoir se préserver. Parfois, quand il est l’heure d’aller dormir, on passe le relais au suivant.” Car, comme en mer, les membres de la DC fonctionnent par système de quarts, se relayant régulièrement pour assurer une veille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Dès mardi, les premiers rejoindront la Guadeloupe pour établir un second camp de base et partager les quarts avec ceux restés dans l’Hexagone. “Un bon quart, résume Miranda, c’est quand il ne se passe absolument rien… Ce qui n’est jamais le cas !”


