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L’HUMEUR DU RHUM. Depuis le départ dimanche dernier, les skippers n’ont pas chômé. Pourtant, au cœur de journées où ils ne ménagent pas leurs efforts, il y a de petites bulles de légèreté : certains se mettent à pousser la chansonnette, d’autres accueillent à bord des passagers inattendus…

Titouan Pillard à bord de Use It Again for Youth (Vintage Mono). @ Jean Marie
Titouan Pillard à bord de Use It Again for Youth (Vintage Mono). @ Jean Marie


La flotte a été secouée par de drôles de sentiments ces dernières heures. On a entendu des pleurs et des sanglots. On a vu des mines inquiètes, des phrases qu’on n’arrive pas à finir. Les multiples avaries, dont les chavirages d’Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) et Mathieu Perraut (Elvest), ont rappelé à tous la fragilité de leur condition au large et la difficulté de naviguer en permanence sur le fil du rasoir.

Des nouvelles qui pèsent sur le moral et qui s’ajoutent à la débauche d’efforts depuis le départ. « Je ne sais même plus quel jour on est, je me sens sale et je sens mauvais », confie Anne-Claire Le Berre (Upwind by MerConcept, Ocean Fifty) dans une vidéo. « C’est musclé, c’est violent, on est tout le temps en train de regarder si on n’est pas en train de casser », assurait ce matin Gaëtan Thomas (Barco Brésil, Class40).

Alors, on cherche tous, dans la difficulté du moment, matière à espérer et à continuer à rêver. Pour y parvenir, il faut tendre l’oreille. Écouter le bonheur de Basile Bourgnon (Edenred, Ocean Fifty), qui sonne comme un défi au mauvais sort : « C’est dur, c’est exigeant, mais on prend du plaisir ». Saisir le caractère enjoué de Corentin Horeau (MACSF, IMOCA), qui a « réalisé le rêve de tout marin en solitaire » en prenant la poudre d’escampette et en s’échappant des griffes de ses poursuivants. Comprendre qu’il vaut mieux positiver, coûte que coûte – « Ça va mais c’est toujours sportif » (Guillaume Pirouelle, Sogestran Seafrigo) – et se rappeler qu’on ne peut plus reculer – « On ne va pas faire marche arrière » (Ian Lipinski, Crédit Mutuel).


Ces petits passagers inattendus


Et puis, il y a tous les petits bonheurs inattendus, presque des cadeaux du ciel. Théa Khelif (Women of course), dans une vidéo sans commentaire, filme un frêle passager qui s’est invité sur son Class40. Un oiseau, petit et tacheté, qui semble prendre le temps d’observer son nouvel environnement. La Française est à 500 milles des côtes portugaises et autant des Açores. Elle n’est pas la seule à avoir eu un petit passager avec un bec et des pattes. Il y a deux jours, c’est Nico d’Estais (Café Joyeux, IMOCA) qui avait trouvé un pigeon dans son cockpit. Achille Nebout (Amarris, Class40) a aussi trouvé un petit oiseau à bord – « Alors, je le sors ou je te sors ? » – tandis qu’un autre s’est installé sur la cuisse de Mathieu Claveau (Inherent-Phare 40, Class40).

Peut-être ont-ils trouvé auprès de ces petits compagnons un peu de douceur bienvenue. Pour garder le sourire – et le donner à ceux qui découvrent les vidéos –, il y a aussi ceux qui le font en musique. Francesca Clapcich (11th Hour Racing), qui en sait quelque chose pour toujours garder le sourire, a trouvé une méthode pour que les vents soient un peu plus en sa faveur. Dans une vidéo, elle sort un harmonica et explique : « J’ai remarqué que lorsque je joue, le vent tourne comme je veux ». Et la voici qui entame une mélodie. « Peut-être qu’il n’y a pas besoin d’être un bon skipper, juste d’être doué à l’harmonica ».

Autre ambiance, mais toujours en musique, à bord de Use It Again for Youth (Vintage Mono). Titouan Pillard a un goût pour le rap. Il a d’ailleurs tenté d’initier son père lors de leurs nombreuses navigations communes. Alors, à bord de son monocoque, le cockpit se transforme en studio. Il le chante avec entrain, presque avec une rage qu’on ne lui connaît pas. Le titre qu’il interprète fait partie du répertoire du rappeur PLK. Son titre ? « Émotif », ça ne s’invente pas…



il y a 15 heures
3 min de lecture

L’HUMEUR DU RHUM. Depuis le départ dimanche dernier, les skippers n’ont pas chômé. Pourtant, au cœur de journées où ils ne ménagent pas leurs efforts, il y a de petites bulles de légèreté : certains se mettent à pousser la chansonnette, d’autres accueillent à bord des passagers inattendus…

Titouan Pillard à bord de Use It Again for Youth (Vintage Mono). @ Jean Marie
Titouan Pillard à bord de Use It Again for Youth (Vintage Mono). @ Jean Marie


La flotte a été secouée par de drôles de sentiments ces dernières heures. On a entendu des pleurs et des sanglots. On a vu des mines inquiètes, des phrases qu’on n’arrive pas à finir. Les multiples avaries, dont les chavirages d’Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) et Mathieu Perraut (Elvest), ont rappelé à tous la fragilité de leur condition au large et la difficulté de naviguer en permanence sur le fil du rasoir.

Des nouvelles qui pèsent sur le moral et qui s’ajoutent à la débauche d’efforts depuis le départ. « Je ne sais même plus quel jour on est, je me sens sale et je sens mauvais », confie Anne-Claire Le Berre (Upwind by MerConcept, Ocean Fifty) dans une vidéo. « C’est musclé, c’est violent, on est tout le temps en train de regarder si on n’est pas en train de casser », assurait ce matin Gaëtan Thomas (Barco Brésil, Class40).

Alors, on cherche tous, dans la difficulté du moment, matière à espérer et à continuer à rêver. Pour y parvenir, il faut tendre l’oreille. Écouter le bonheur de Basile Bourgnon (Edenred, Ocean Fifty), qui sonne comme un défi au mauvais sort : « C’est dur, c’est exigeant, mais on prend du plaisir ». Saisir le caractère enjoué de Corentin Horeau (MACSF, IMOCA), qui a « réalisé le rêve de tout marin en solitaire » en prenant la poudre d’escampette et en s’échappant des griffes de ses poursuivants. Comprendre qu’il vaut mieux positiver, coûte que coûte – « Ça va mais c’est toujours sportif » (Guillaume Pirouelle, Sogestran Seafrigo) – et se rappeler qu’on ne peut plus reculer – « On ne va pas faire marche arrière » (Ian Lipinski, Crédit Mutuel).


Ces petits passagers inattendus


Et puis, il y a tous les petits bonheurs inattendus, presque des cadeaux du ciel. Théa Khelif (Women of course), dans une vidéo sans commentaire, filme un frêle passager qui s’est invité sur son Class40. Un oiseau, petit et tacheté, qui semble prendre le temps d’observer son nouvel environnement. La Française est à 500 milles des côtes portugaises et autant des Açores. Elle n’est pas la seule à avoir eu un petit passager avec un bec et des pattes. Il y a deux jours, c’est Nico d’Estais (Café Joyeux, IMOCA) qui avait trouvé un pigeon dans son cockpit. Achille Nebout (Amarris, Class40) a aussi trouvé un petit oiseau à bord – « Alors, je le sors ou je te sors ? » – tandis qu’un autre s’est installé sur la cuisse de Mathieu Claveau (Inherent-Phare 40, Class40).

Peut-être ont-ils trouvé auprès de ces petits compagnons un peu de douceur bienvenue. Pour garder le sourire – et le donner à ceux qui découvrent les vidéos –, il y a aussi ceux qui le font en musique. Francesca Clapcich (11th Hour Racing), qui en sait quelque chose pour toujours garder le sourire, a trouvé une méthode pour que les vents soient un peu plus en sa faveur. Dans une vidéo, elle sort un harmonica et explique : « J’ai remarqué que lorsque je joue, le vent tourne comme je veux ». Et la voici qui entame une mélodie. « Peut-être qu’il n’y a pas besoin d’être un bon skipper, juste d’être doué à l’harmonica ».

Autre ambiance, mais toujours en musique, à bord de Use It Again for Youth (Vintage Mono). Titouan Pillard a un goût pour le rap. Il a d’ailleurs tenté d’initier son père lors de leurs nombreuses navigations communes. Alors, à bord de son monocoque, le cockpit se transforme en studio. Il le chante avec entrain, presque avec une rage qu’on ne lui connaît pas. Le titre qu’il interprète fait partie du répertoire du rappeur PLK. Son titre ? « Émotif », ça ne s’invente pas…



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