Des pointes à 75 nœuds de vent ont été enregistrées au plus fort du phénomène. La veille, pendant que les visiteurs profitaient pleinement du village et des animations, en coulisses, les équipes techniques avaient activé le mode commando pour sécuriser le village, les pontons et les bateaux. La nuit et la matinée s'annonçaient dantesques, Austen a tenu toutes ses promesses.
Au cœur de la nuit, s’incrustant à la fête sans invitation, la tempête s’est engouffrée dans les remparts de Saint-Malo et les bassins. Dès minuit, barrières, banderoles et signalétiques ont été démontées. En renfort, une soixantaine de poids lourds, semi-remorques et bus ont été positionnés stratégiquement autour du village pour abriter les infrastructures légères des rafales. Un plan de bataille musclé qui a permis de limiter les dégâts lorsqu’au petit matin, la tempête Austen a décidé de s’énerver, comme un rappel de la hiérarchie des forces entre l’homme et l’atmosphère à l’attention des skippers avant leur traversée de l’Atlantique.

Au plus fort de la tempête
Aux alentours de 11h, les visages sont crispés, les dents serrées, la tempête atteint son apogée. Sur le quai des ULTIM, Liamm et IDEC Sport - CIC sont les plus exposés. À proximité, dans le container du team, “ça secoue comme dans le TGV”, confie Clément Surtel, directeur technique d’Alexia Barrier qui surveille chaque soubresaut du bateau. “On a commencé les quarts avec l’équipe à 4h du matin depuis le quai, c’est trop dangereux d’être à bord”. L’ULTIM continue de se lever malgré les quatre tonnes d’eau dans les ballast pour le lester. Pour l’heure aucun dégât majeur n’est à déplorer, les maxi-trimarans tiennent bon.
Protégés par les quais Bajoyer et Saint-Louis, pas de casse non plus chez les Class40 et les Vintage Multi. “Ça va pas trop mal”, commente Charlie Capelle (Acapella - Proludic - La Chaîne de l’Espoir). “Les bateaux bougent bien mais les gars ont fait ce qu'il fallait.” Après un coup d'œil chez les voisins, le constat reste rassurant : “il y a des claques à 40-45 nœuds, mais nous on est privilégié ici. Le plus dur, c’est de traverser le village pour venir aux quais”.

Une veille permanente
Au fond du bassin, quelques drisses ont cédé chez les Ocean Fifty. En milieu de matinée, le toit d’un stand s'est même envolé pour atterrir sur le multicoque d’Erwan Le Draoulec (Lazare X Hellio).“Heureusement, il n’y a pas eu de dégât”, rassure le skipper. “On a eu 50 nœuds de vent bien établis, ce sont des conditions qu’on ne rencontre presque jamais, c’est dangereux pour les bateaux mais aussi pour les bonhommes. Même si c’est très impressionnant, on préfère vivre ça ici qu’au milieu du golfe de Gascogne.”
Par précaution, certains ont veillé toute la nuit. “J’ai dormi jusqu’à 4 heures du matin et depuis, je suis en veille”, explique Rémy Gerin (Faiaoahe, Vintage Mono). Une rafale a explosé l’éolienne d’un bateau de plaisance juste à côté, projetant des éclats d’aluminium sur le pont de son monocoque. “Le grand danger, ce sont les éléments qui volent, rappelle-t-il. Mais la direction de course nous avait sensibilisés hier à ce sujet”.
Côté IMOCA, “c’était assez calme cette nuit”, raconte Bastian Ogier, boat captain d’Allagrande Mapei. “On s’est relayés mais on a fait de bonnes siestes. Il faut dire qu’on était les mieux placés, je pense. On a enregistré 30-35 nœuds avec des pointes à 50 ici.” Le déménagement des 60 pieds opéré la veille a été salvateur. “Chapeau à l’organisation pour les camions, le mur de protection nous a bien protégés”.
Une organisation à l'épreuve du vent
En effet, pour faire face à la tempête, les skippers, les équipes techniques et les membres de l’organisation se sont tous mobilisés en coulisses depuis la veille. “Nous avions remanié le plan du port afin de protéger au maximum les bateaux”, précise Julie Coutts, Directrice générale d’OC Sport Pen Duick. “Les IMOCA ont été positionnés en parallèle du quai alors que l’ensemble des bateaux Vintage ont été amarrés à des pontons “lourds”.” Dans le même temps, l’organisation et les services de la ville de Saint-Malo ont sécurisé les abords et les allées du village. Camions bennes, poids lourds et bus ont servi eux-aussi de remparts pour protéger les bateaux des débris éventuels. “Nous avons beaucoup de reconnaissance envers les Malouins, les commerçants et les entreprises locales qui nous ont proposé leur aide jusque tard dans la nuit pour protéger le village”, tient à préciser Julie Coutts
Finalement, si l'appréhension était bien réelle, elle n’a pas entamé le moral de la flotte. ”On a suivi les recommandations de l’organisation et j’ai confiance dans l’équipe”, confiait ce matin Jérémie Beyou (Charal, IMOCA). Rémy Guérin (Faiaoahe, Vintage Mono), contacté depuis son bateau, garde, lui aussi, le sourire. « On a du gros temps, mais on n’a pas les voiles et on est dans un port, donc ça va ! » Le marin s’est même autorisé un bon petit-déjeuner : « J’ai mangé une poire, un jus de citron, une banane, du miel et deux tartines de confiture à la cerise. Et grâce à ma machine à café, j’ai pu me faire deux espressos ! »

