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Francis Le Goff, directeur de course de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe (photo : Jean-Louis Carli / FACTORY)
Francis Le Goff, directeur de course de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe (photo : Jean-Louis Carli / FACTORY)

C’est la dernière ligne droite pour Tom Laperche (SVR Lazartigue) qui devrait franchir le premier la ligne d’arrivée dans la nuit de samedi à dimanche. Qu’est-ce qui l’attend ? 

Un tour de Guadeloupe peu banal ! Sur les précédentes éditions, les concurrents passaient à la Tête à l’Anglais, longeaient les côtes sous le vent. Là, avec un vent de sud-ouest, il y a de fortes chances qu’il arrive du large. Ce rocher n’est pas une marque de parcours donc il peut venir avec un très grand bord jusqu’à Basse-Terre. 

Je vais me risquer à le dire : cette année, ce sera peut-être moins dur avec du vent de sud-ouest. Il y aura peut-être un petit souffle constant. Mais surtout il faudra être vigilant, les skippers arrivent en fin de course, fatigués, ils doivent manœuvrer. Et on l’a vu pour Francis Joyon et François Gabart en Ultim et pour Alex Thomson en IMOCA (lors de l’édition 2018 ndlr) aussi malheureusement, tout peut se jouer sur ce tour de la Guadeloupe. 



Les Class40 sont en train de traverser une dépression très virulente, quel est l’état des lieux ?

C’est loin d’être fini car cette dépression se déplace, certains vont se faire ré-avaler. Il vaut mieux être avec le groupe de tête mené par Guillaume Pirouelle (Sogestran - Seafrigo) et Robin Follin (Solano). Eux vont être dans la bordure et sans doute jouer à bloc la performance. Derrière, il va falloir gérer le toboggan et jouer la sécurité. Ce phénomène est instable avec du vent fort à 40 nœuds et une mer bien formée.


“La météo est sérieusement chamboulée”


Les Ocean Fifty approchent, eux, de la dépression tropicale au nord de la Guadeloupe ? 

C’est ce qui va être le plus dur à gérer pour eux avant l’arrivée. On a un système fort avec des vagues et de l'instabilité. Ils ne pourront pas faire comme les Ultim, il va falloir être conservateur, mais pas trop non plus pour ne pas être trop soumis aux vagues destructrices. La clé pour ces multicoques ce sera de bien positionner le curseur de vitesse et d'engagement pour les prochaines 24 à 36 heures.



En quoi cette Route du Rhum - Destination Guadeloupe est différente des précédentes ?

La Route du Rhum est toujours difficile, sur le fond celle-ci ne fait pas défaut. Mais cette année elle est difficile “autrement”, sur la forme. La situation météo n'est vraiment pas commune. Nous sommes partis de Saint-Malo sous un anticyclone, presque en t-shirt, au portant pendant deux jours, ce n'est pas ce qu'on fait habituellement en Bretagne-Nord. Deuxième anomalie météo : ne pas avoir d'alizés du tout, devoir passer non loin des côtes américaines et devoir faire du près à l’arrivée. Avec tous ces paramètres, on peut dire que la météo est sérieusement chamboulée. 


“Toutes les éditions de la Route du Rhum sont dures et exigeantes, c’est la marque de fabrique de cette course”

Toutes les classes ont rencontré des conditions dures sur l’Atlantique, certains skippers reconnaissent même avoir rarement subi ça. Là encore la météo a changé ? 

On aurait eu ce cas-là une seule fois, on pourrait se dire que ça arrive et c’est tout. Mais le changement climatique, au final, on l'observe de plus en plus à chaque édition et à chaque course au large. Oui, les phénomènes météo qu’on rencontre en course sont de plus en plus atypiques avec des systèmes de grains très forts. La dépression tropicale que les Ultim sont en train de traverser au nord de l’arc antillais, on pourrait presque avoir l’impression que c’est un Pot-au-noir. Alors certes la météo influe, mais toutes les éditions de la Route du Rhum sont dures et exigeantes, c’est la marque de fabrique de cette course. 


Aujourd’hui nous sommes à 16 abandons après cinq jours de course et plusieurs avaries, est-ce un chiffre qui te surprend ?

Non, il y a moins de 14 % d'abandons pour le moment sur cette édition. On a déjà eu des éditions où on frôlait les 30 %. Factuellement, le chiffre n’est pas exceptionnel. L’effet “hécatombe” dont on peut entendre parler tient au fait que les skippers qui ont arrêté la course appartiennent aux catégories reines et sont des grandes figures de la course au large. Il est vrai que le chavirage d’Armel Le Cleac’h (Maxi Banque Populaire XI) a été très médiatisé car c’est un grand marin, très connu, avec un grand bateau. 


Lors de ce type d’accident, la direction de course est la première avertie, comment vous vivez ce genre de moment ?

On le vit en compartimentant les choses, l’émotion vient après. On fait d’abord abstraction de notre ressenti pour rester très concentré sur ce qu’il faut faire : prévenir les secours, dérouter les bateaux, suivre la trace du bateau s'il émet encore… Que ce soit un Ultim ou un Class40, c’est exactement le même processus et la même attention. 

Pour Armel, il faut comprendre ce qui s’est passé pour en tirer les leçons. On en revient à ces phénomènes météo de plus en plus instables et imprévisibles. Est-ce une rafale trop forte, est-ce une vague plus grosse que les autres ? Peut-être faudra-t-il envisager une nouvelle forme de navigation, peut-être une nouvelle façon de construire les bateaux aussi en prenant en compte ce facteur climatique.


il y a 21 heures
4 min de lecture

Avec des conditions météo très inhabituelles de Saint-Malo jusqu'aux Antilles, cette édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe bouscule toutes les habitudes des marins. Décryptage avec Francis Le Goff, le directeur de la course, à quelques heures de l'arrivée du leader Tom Laperche (SVR Lazartigue, ULTIM).


Francis Le Goff, directeur de course de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe (photo : Jean-Louis Carli / FACTORY)
Francis Le Goff, directeur de course de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe (photo : Jean-Louis Carli / FACTORY)

C’est la dernière ligne droite pour Tom Laperche (SVR Lazartigue) qui devrait franchir le premier la ligne d’arrivée dans la nuit de samedi à dimanche. Qu’est-ce qui l’attend ? 

Un tour de Guadeloupe peu banal ! Sur les précédentes éditions, les concurrents passaient à la Tête à l’Anglais, longeaient les côtes sous le vent. Là, avec un vent de sud-ouest, il y a de fortes chances qu’il arrive du large. Ce rocher n’est pas une marque de parcours donc il peut venir avec un très grand bord jusqu’à Basse-Terre. 

Je vais me risquer à le dire : cette année, ce sera peut-être moins dur avec du vent de sud-ouest. Il y aura peut-être un petit souffle constant. Mais surtout il faudra être vigilant, les skippers arrivent en fin de course, fatigués, ils doivent manœuvrer. Et on l’a vu pour Francis Joyon et François Gabart en Ultim et pour Alex Thomson en IMOCA (lors de l’édition 2018 ndlr) aussi malheureusement, tout peut se jouer sur ce tour de la Guadeloupe. 



Les Class40 sont en train de traverser une dépression très virulente, quel est l’état des lieux ?

C’est loin d’être fini car cette dépression se déplace, certains vont se faire ré-avaler. Il vaut mieux être avec le groupe de tête mené par Guillaume Pirouelle (Sogestran - Seafrigo) et Robin Follin (Solano). Eux vont être dans la bordure et sans doute jouer à bloc la performance. Derrière, il va falloir gérer le toboggan et jouer la sécurité. Ce phénomène est instable avec du vent fort à 40 nœuds et une mer bien formée.


“La météo est sérieusement chamboulée”


Les Ocean Fifty approchent, eux, de la dépression tropicale au nord de la Guadeloupe ? 

C’est ce qui va être le plus dur à gérer pour eux avant l’arrivée. On a un système fort avec des vagues et de l'instabilité. Ils ne pourront pas faire comme les Ultim, il va falloir être conservateur, mais pas trop non plus pour ne pas être trop soumis aux vagues destructrices. La clé pour ces multicoques ce sera de bien positionner le curseur de vitesse et d'engagement pour les prochaines 24 à 36 heures.



En quoi cette Route du Rhum - Destination Guadeloupe est différente des précédentes ?

La Route du Rhum est toujours difficile, sur le fond celle-ci ne fait pas défaut. Mais cette année elle est difficile “autrement”, sur la forme. La situation météo n'est vraiment pas commune. Nous sommes partis de Saint-Malo sous un anticyclone, presque en t-shirt, au portant pendant deux jours, ce n'est pas ce qu'on fait habituellement en Bretagne-Nord. Deuxième anomalie météo : ne pas avoir d'alizés du tout, devoir passer non loin des côtes américaines et devoir faire du près à l’arrivée. Avec tous ces paramètres, on peut dire que la météo est sérieusement chamboulée. 


“Toutes les éditions de la Route du Rhum sont dures et exigeantes, c’est la marque de fabrique de cette course”

Toutes les classes ont rencontré des conditions dures sur l’Atlantique, certains skippers reconnaissent même avoir rarement subi ça. Là encore la météo a changé ? 

On aurait eu ce cas-là une seule fois, on pourrait se dire que ça arrive et c’est tout. Mais le changement climatique, au final, on l'observe de plus en plus à chaque édition et à chaque course au large. Oui, les phénomènes météo qu’on rencontre en course sont de plus en plus atypiques avec des systèmes de grains très forts. La dépression tropicale que les Ultim sont en train de traverser au nord de l’arc antillais, on pourrait presque avoir l’impression que c’est un Pot-au-noir. Alors certes la météo influe, mais toutes les éditions de la Route du Rhum sont dures et exigeantes, c’est la marque de fabrique de cette course. 


Aujourd’hui nous sommes à 16 abandons après cinq jours de course et plusieurs avaries, est-ce un chiffre qui te surprend ?

Non, il y a moins de 14 % d'abandons pour le moment sur cette édition. On a déjà eu des éditions où on frôlait les 30 %. Factuellement, le chiffre n’est pas exceptionnel. L’effet “hécatombe” dont on peut entendre parler tient au fait que les skippers qui ont arrêté la course appartiennent aux catégories reines et sont des grandes figures de la course au large. Il est vrai que le chavirage d’Armel Le Cleac’h (Maxi Banque Populaire XI) a été très médiatisé car c’est un grand marin, très connu, avec un grand bateau. 


Lors de ce type d’accident, la direction de course est la première avertie, comment vous vivez ce genre de moment ?

On le vit en compartimentant les choses, l’émotion vient après. On fait d’abord abstraction de notre ressenti pour rester très concentré sur ce qu’il faut faire : prévenir les secours, dérouter les bateaux, suivre la trace du bateau s'il émet encore… Que ce soit un Ultim ou un Class40, c’est exactement le même processus et la même attention. 

Pour Armel, il faut comprendre ce qui s’est passé pour en tirer les leçons. On en revient à ces phénomènes météo de plus en plus instables et imprévisibles. Est-ce une rafale trop forte, est-ce une vague plus grosse que les autres ? Peut-être faudra-t-il envisager une nouvelle forme de navigation, peut-être une nouvelle façon de construire les bateaux aussi en prenant en compte ce facteur climatique.


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