Au lendemain du départ des Ultim, ce sont les IMOCA et une partie des Vintage Multi qui ont quitté les pontons ce samedi. Sous un grand soleil et devant un public à nouveau très fourni, les skippers ont profité de cette matinée pour faire le plein d’énergie, à la veille du départ ce dimanche à 13 h 02 et du début des grandes manœuvres.

Saint-Malo s’est réveillé sous un soleil radieux qui illuminait les pontons de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. L’effervescence de la fête de la veille est déjà oubliée et les visages, quoique fatigués par ces derniers jours de village, montrent une autre attitude, surtout chez les skippers. Tous ont basculé sur une nouvelle séquence. Quitter les pontons et franchir les écluses pour vivre un nouveau moment de partage avec la foule, la dernière avant le grand bain de la course.
« Partir sur l’eau, c’est une grande chance » (Marsset)
Les équipes techniques arrivent au compte-gouttes, le public aussi. Bientôt, les allées sont bondées, circuler est aussi difficile que la veille. Sur les pontons aussi, ça se bouscule. Le chanteur Vianney prend place à bord de Café Joyeux, avant de confier « suivre Nico d’Estais à 2000% ». Un peu plus loin, François Damiens est venu supporter Violette Dorange (Initiatives Cœur) et le spécialiste d’ultra-trail Mathieu Blanchard observe les bateaux. Catherine Chabaud, secrétaire d’État à la mer et ancienne navigatrice de renom, est là aussi. « Il y a toujours autant de plaisir, d’émotions, d’étonnement parce que les bateaux ne cessent de progresser et qu’une nouvelle génération de marins émerge », confie-t-elle.
À bord des bateaux, chacun s’en va avec sa propre histoire et sa trajectoire singulière. Fabrice Amedeo (FDJ United) évoque « une petite revanche à prendre », lui qui avait dû abandonner après un incendie à bord de son IMOCA au large des Açores lors de la dernière édition. De son côté, Maxime Sorel (Vaincre la Mucoviscidose) assure « avoir déjà gagné en étant au départ », lui qui s’est employé pour être là. « J’ai une pensée pour tous nos copains qui n’ont pas pu en être faute de budget », abonde Manu Cousin (Coup de Pouce). Pour tous ceux qui s’élanceront demain, il y a du bonheur dans l’air. « Franchement, je suis ravi de partir en mer, sourit Sébastien Marsset (Foussier). On passe des années, des mois à partir sur l’eau donc c’est une grande chance ».

« Il va falloir mettre beaucoup d’intensité » (Beccaria)
S’il y a des sourires et des mines enjouées, si le passage des écluses offre un nouveau moment de communion intense avec le public, l’esprit des skippers est déjà tourné vers la bataille à venir. « C’est sûr que le départ nous enlève une certaine pression, rappelle Corentin Horeau (MACSF). Il y a potentiellement un changement de voile au Cap Fréhel puis un autre à Bréhat. Ça va être sportif mais tout est réglé comme du papier à musique ! » « Même si le départ est cool, ce n’est pas simple en matière de changement de voiles et pas simple non plus au niveau de la stratégie », résume Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance).
Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) fait la même analyse : « Il y a du vent, ça va vite dans des allures rapides. On pourrait croire que ça a l’air simple mais il va falloir mettre beaucoup d’intensité ». Tous ont en tête cette route très nord qu’ils devront emprunter, une « route inhabituelle », dixit Francesca Clapcich (11th Hour Racing). « Puisque les alizés ne sont pas établis dans le Sud, il n’y a pas d’autre solution, précise l’Italo-Américaine. Nous allons devoir composer avec les dépressions et les systèmes météo qui arrivent. Quoi qu’il en soit, ce devrait être une traversée rapide ». « Ça va se jouer sur l’endurance, la gestion du rythme et la capacité à encaisser les vitesses importantes du bateau, précise Élodie Bonafous (Association Petits Princes Queguiner). Il faut savoir doser sa forme physique pour garder de l’énergie jusqu’au bout. »

« C’est un peu notre stade de France » (Lamiré)
Un peu plus tôt dans la matinée, cinq Vintage Multi étaient les premiers à ouvrir le bal des écluses. Quai de la Route du Rhum, près de leurs emplacements, une maman souffle à son petit garçon juché sur ses épaules : “regarde ce sont les empreintes de grand-père”. Au sol, on distingue les deux mains incrustées de Francis Joyon, vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe en 2018. Le marin, lui, est déjà en train de s’affairer sur son multicoque Océans et s’apprête à partir pour la neuvième fois.
Juste à côté, Gilles Lamiré arrive sans sa combinaison rouge sur Groupe CGA, impatient de passer les écluses. “C'est un peu notre stade de France, s’amuse-t-il. C'est le dernier moment où on a cette proximité avec le public, ça me touche beaucoup.” Demain, il sera temps de se remettre dans une bulle et de se préparer au départ. “Nous avons de la chance de pouvoir sortir de la Manche très vite au portant.” poursuit Gilles Lamiré.
“On va aller rapidement aux Açores. Après, le système météo est plus complexe. Il y a des dépressions au Nord-Ouest, des dépressions même au Sud. Il va falloir se faufiler.” Un tracé proche de la route directe, plus au nord qu’habituellement car les alizés ont décidé de leur fausser compagnie. “On mettra le short un peu plus tard”, plaisante Damien Seguin (Arkéa - Handicap International) devant ses partenaires venus l’encourager. “Ça va aller très vite vers la Guadeloupe, les premiers routages nous donnent entre 10 et 11 jours de traversée.” Un sacré spectacle en perspective qui démarrera dès demain à partir de 13 h 02.




