Silhouette déliée, polo blanc, visage glabre, regard bleu profond, Tom Laperche est sorti de la nuit comme une apparition, devant un Mémorial Act comble et un ponton officiel prêt à couler. Tout le monde voulait en être ce soir pour partager les premiers moments de terrien du nouveau prince des océans qui n’a pas boudé son plaisir en revenant longuement sur son épopée victorieuse.

Après l’émotion du ponton, venait celle de brandir le trophée de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe sur la grande scène. Premières déclarations d’un garçon pressé et comblé.
Son émotion à l’arrivée. “C’est toute mon histoire depuis mon enfance à la Trinité-sur-Mer. J'ai toujours vu des images incroyables d’arrivées ici, de grands champions depuis des décennies. Mon rêve, c'était d'abord de naviguer un jour sur ces bateaux, peut-être d'en faire du solitaire et pourquoi pas de courir la Route du Rhum. Alors la gagner à la barre du plus beau des bateaux de l’édition 2026, ça me rend très, très heureux.”
“À chaque risée, à chaque changement de voile, j’étais en fusion complète avec le bateau”
Le plaisir d’être en mer. “Je savais que ça ne serait pas facile. Il n’y a pas de grand vainqueur de la Route du Rhum qui y parvient en ayant les mains dans les poches. Mais j'ai adoré, j'ai retrouvé tout ce que je voulais trouver sur ce trimaran SVR Lazartigue : la pleine vitesse et la sensation que tout se déroule de manière assez fluide et assez incroyable. À chaque risée, à chaque changement de voile, j’étais en fusion complète avec le bateau. J'avais envie que ce bateau, il vole et qu'il aille le plus vite possible. A certains moments, il ne demande que ça et ça fait plaisir d'essayer d'être au même niveau que lui. J’étais en état de grâce. Dans ma vie, j’ai eu deux, trois moment où tout s’est bien déroulé et où rien ne pouvait m’arriver : sur la Solitaire du Figaro (2022) et au début de l’Arkéa Ultim Challenge Brest (2024).“
Le rôle déterminant de son équipe. “J’ai eu une équipe technique extraordinaire qui a énormément travaillé. Elle a tout fait ces cinq dernières années pour que l’on puisse être au meilleur niveau. On voit qu’aujourd’hui, on a énormément progressé.
J'étais tout seul en mer mais je peux vous dire qu'à terre ils ont fait un boulot extraordinaire.”
Une course atypique. « C'est vrai que c'était une météo un peu particulière. Il n'y avait pas d’alizé, ce qui nous a obligé à prendre des routes assez nord. J'en ai discuté rapidement par messages avec Charles Caudrelier qui disait que ce n'était pas une édition facile. C'est sûr qu'on a eu beaucoup de changements de voile, de transitions, d'ajustements et des manœuvres très longues. Il faut dépenser beaucoup d'énergie et tout le temps se remobiliser. J'ai adoré être dans cette difficulté, dans le dépassement de soi, repousser des limites qu'on ne soupçonne pas… Et je suis très heureux d'avoir gravi chaque petit palier sans trop penser à la victoire.”
“On vit des émotions presque indescriptibles”
Des machines à risque. “Quand j'ai appris le démâtage d'Armel, tout seul au milieu de l'océan, ça a été une sacrée émotion, ça m'a glacé le sang. Je ne savais plus trop quoi faire et j'étais vraiment fébrile avant de repartir. J’ai une grosse pensée pour eux (le Team Banque Populaire). Cet accident nous rappelle que c'est un sport extraordinaire mais qu'on est toujours à la limite, que ces bateaux sont exceptionnels mais qu'on est toujours sur un fil. On vit des émotions presque indescriptibles : c'est un engagement total qu'on ne retrouve nulle part ailleurs et c'est ça qui est beau.”
Le rôle de la famille. “J'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont emmené naviguer en croisière, un papa qui a fait la Route du Rhum et qui est arrivé ici en 2010 (4e en Multi50). C'était une belle expérience de ramener ensuite le bateau à ses côtés et de passer des nuits et des jours en mer. Il faut aimer se retrouver avec la nature, prendre soin et être à l'écoute d'une machine et des éléments pour tracer la meilleure route.”
Ses mentors. “Je crois que je ne remercierai jamais assez François Gabart pour avoir cru en moi. Il était convaincu que j'étais capable de mener ces grands bateaux avant que je ne le sache moi-même, un grand merci pour ça. Les deux autres personnes qui m'ont beaucoup apporté pour être à ce niveau de maîtrise aujourd'hui sont Pascal Bidégorry et Franck Cammas. Franck faisait partie de la cellule routage et il m’a accompagné pendant ses six jours de courses. Avec lui, l’équipe a tout donné pour que je sois au meilleur niveau.”
Déjà une idée de la suite ? “Je n'ai pas gagné une deuxième fois la Route du Rhum (rire) ! La course au large a énormément évolué et il y a encore plein de beaux défis à relever. Ce que je n’ai pas encore réussi à faire, c’est un tour du monde complet sur ces bateaux-là. Et dans notre sport, c’est un challenge qui reste très important.”
