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LA GRANDE INTERVIEW. À 50 ans, le skipper s’apprête à disputer sa dernière course sous les couleurs de Charal. À bord d’un bateau qu’il a drastiquement renouvelé, en greffant une nouvelle coque pour gagner en performance, Jérémie est régulièrement cité parmi les favoris de la course. Déjà 3e (en 2022) et 2e (en 2014) à la Route du Rhum, il n’aspire qu’à un seul résultat : la victoire.

Jérémie Beyou, qui disputera sa dernière course avec Charal @ PolaRYSE - Marin Le Roux
Jérémie Beyou, qui disputera sa dernière course avec Charal @ PolaRYSE - Marin Le Roux

Il fait preuve d’une incroyable régularité à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Jérémie Beyou y est un concurrent sans discontinuer depuis 2006. Skipper de grand talent, il y a tout connu : la désillusion des abandons (2006, 2018) mais aussi deux podiums, en terminant 2e (2014) puis 3e (2022). Lors de la dernière édition, le « match dans le match » avait été intense avec Thomas Ruyant (1er) et Charlie Dalin (2e). Quatre ans plus tard, Jérémie est de retour avec un bateau fortement remanié et très performant. Vainqueur de la dernière transatlantique en double (la Transat Café L’Or), il rêve de terminer en beauté son histoire avec Charal, qui l’a accompagné comme sponsor principal depuis 10 ans.  

 

Tu t’élances dans un contexte particulier puisqu’il s’agit de ta dernière course sous les couleurs de Charal. Ça a été un challenge psychologique de se focaliser uniquement sur les aspects sportifs ? Oui forcément, c’est un contexte particulier. Quand tu es à terre, tu as parfois l’impression que les gens ne sont focalisés que sur l’extérieur. Il faut parvenir à rester bien concentré mais c’est comme en mer où il faut apprendre à « switcher », à n’être concentré que sur la bonne marche du bateau. Ce n’est pas un exercice évident mais c’est un bon exercice.


Il s’agit de ta 6e Route du Rhum. Qu’est-ce qui fait que cette course est si spéciale pour toi ?  Je me souviens petit des éditions disputées dans les années 1980-1990. Ayant grandi dans le nord du Finistère, on allait voir le départ en famille et puis le dimanche soir, depuis la maison, on voyait les feux des bateaux, les concurrents qui passaient au loin. Après avoir regardé le départ, on écoutait la radio, regardait Thalassa, lisait et relisait Voiles et Voiliers. Forcément, à chaque participation, les souvenirs ressurgissent. Il y a toujours quelque part un regard d’enfant ou d’adolescent qui revient en évoquant la Route du Rhum.

« On a gagné en performance dans certaines allures »

Tu as participé à toutes les éditions depuis 2006. Qu’est-ce que raconte ta régularité ?  J’ai réussi à avoir des partenariats qui s’inscrivent dans le temps long. Certes, mes projets sont estampillés Vendée Globe, mais il y a toujours eu l’idée d’être présent sur les autres courses. J’ai vraiment eu à cœur d’inscrire mon travail et ma progression dans la durée. C’est un des aspects majeurs qui me caractérise.  Tu as réalisé un chantier XXL en changeant toute la coque de ton bateau. Quels sont les gains en performance ?  J’en suis très content. Dès les premières navigations, le feeling a été très bon. Dès le premier feeling, on sent une différence assez nette. En voyant les chiffres, on constate qu’ils sont bien meilleurs que l’an dernier, notamment au près. On a gagné en performance dans certaines allures, c’est certain !

Tu as remis ton bateau à l’eau en juin alors que la plupart ont commencé leur préparation au printemps. Pourtant, tu donnes l’impression d’être très serein…   Oui, techniquement, on est dans les temps. C’est sûr que sportivement, il a fallu un peu rattraper le temps perdu. C’est aussi pour garder le rythme et conserver mes automatismes en solitaire que j’avais décidé de faire quelques courses en Figaro en début d’année. Le challenge c’est d’être focus à 100 % sur le départ de la Route du Rhum, sur moi, sur mon bateau pour être dans le match d’entrée de jeu.


Jérémie Beyou (Charal) en mer @ PolaRYSE - Marin Le Roux
Jérémie Beyou (Charal) en mer @ PolaRYSE - Marin Le Roux

« En solitaire, ça demande une palette de qualités plus large »

 Sam Goodchild (Macif) est pour toi le grand favori en IMOCA ?  Il est peut-être un petit cran au-dessus. On voit qu’il arrive à bien enchaîner les séquences de course, notamment sur les départs. C’est sûr que tout ce qui se passe en début de saison permet d’être rôdé pour le début de course. Mais la Route du Rhum, c’est aussi un parcours libre, il faut savoir prendre de bonnes options, conserver une bonne vitesse, veiller aux aléas et gérer les multiples inconnus. Je crois que c’est difficile de savoir qui va gagner parmi les cinq à six skippers qui peuvent prétendre à la victoire.  Le fait d’être en solitaire finalement ça « ouvre » davantage le jeu ?  Oui complètement. Le double, ça nivelle forcément : un bon météorologue va prendre un super régleur, un bon régleur un super météorologue. Mais en solitaire, chacun doit composer avec ses propres qualités et ses propres défauts. Ça demande une palette de qualités plus large et ça peut forcément jouer à la marge, notamment en cas d’arrivée serrée.  Avant le grand départ, il y a toute la période de village. C’est un moment que tu apprécies ?  Oui j’aime bien ! C’est convivial et surtout assez impressionnant de voir la ville close, les remparts et ce grand village. En plus, tu peux vite t’échapper, te balader sur la plage du Sillon pour souffler. Il y a aussi le passage des écluses, la nuit au mouillage à Dinard, tout le spectacle autour de la course. Forcément, ça demande de l’énergie, il faut parfois savoir s’en extraire. Mais c’est important aussi de savoir en profiter !   


J�érémie Beyou @ PolaRYSE - Marin Le Roux
Jérémie Beyou @ PolaRYSE - Marin Le Roux

20 oct.
4 min de lecture

LA GRANDE INTERVIEW. À 50 ans, le skipper s’apprête à disputer sa dernière course sous les couleurs de Charal. À bord d’un bateau qu’il a drastiquement renouvelé, en greffant une nouvelle coque pour gagner en performance, Jérémie est régulièrement cité parmi les favoris de la course. Déjà 3e (en 2022) et 2e (en 2014) à la Route du Rhum, il n’aspire qu’à un seul résultat : la victoire.

Jérémie Beyou, qui disputera sa dernière course avec Charal @ PolaRYSE - Marin Le Roux
Jérémie Beyou, qui disputera sa dernière course avec Charal @ PolaRYSE - Marin Le Roux

Il fait preuve d’une incroyable régularité à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Jérémie Beyou y est un concurrent sans discontinuer depuis 2006. Skipper de grand talent, il y a tout connu : la désillusion des abandons (2006, 2018) mais aussi deux podiums, en terminant 2e (2014) puis 3e (2022). Lors de la dernière édition, le « match dans le match » avait été intense avec Thomas Ruyant (1er) et Charlie Dalin (2e). Quatre ans plus tard, Jérémie est de retour avec un bateau fortement remanié et très performant. Vainqueur de la dernière transatlantique en double (la Transat Café L’Or), il rêve de terminer en beauté son histoire avec Charal, qui l’a accompagné comme sponsor principal depuis 10 ans.  

 

Tu t’élances dans un contexte particulier puisqu’il s’agit de ta dernière course sous les couleurs de Charal. Ça a été un challenge psychologique de se focaliser uniquement sur les aspects sportifs ? Oui forcément, c’est un contexte particulier. Quand tu es à terre, tu as parfois l’impression que les gens ne sont focalisés que sur l’extérieur. Il faut parvenir à rester bien concentré mais c’est comme en mer où il faut apprendre à « switcher », à n’être concentré que sur la bonne marche du bateau. Ce n’est pas un exercice évident mais c’est un bon exercice.


Il s’agit de ta 6e Route du Rhum. Qu’est-ce qui fait que cette course est si spéciale pour toi ?  Je me souviens petit des éditions disputées dans les années 1980-1990. Ayant grandi dans le nord du Finistère, on allait voir le départ en famille et puis le dimanche soir, depuis la maison, on voyait les feux des bateaux, les concurrents qui passaient au loin. Après avoir regardé le départ, on écoutait la radio, regardait Thalassa, lisait et relisait Voiles et Voiliers. Forcément, à chaque participation, les souvenirs ressurgissent. Il y a toujours quelque part un regard d’enfant ou d’adolescent qui revient en évoquant la Route du Rhum.

« On a gagné en performance dans certaines allures »

Tu as participé à toutes les éditions depuis 2006. Qu’est-ce que raconte ta régularité ?  J’ai réussi à avoir des partenariats qui s’inscrivent dans le temps long. Certes, mes projets sont estampillés Vendée Globe, mais il y a toujours eu l’idée d’être présent sur les autres courses. J’ai vraiment eu à cœur d’inscrire mon travail et ma progression dans la durée. C’est un des aspects majeurs qui me caractérise.  Tu as réalisé un chantier XXL en changeant toute la coque de ton bateau. Quels sont les gains en performance ?  J’en suis très content. Dès les premières navigations, le feeling a été très bon. Dès le premier feeling, on sent une différence assez nette. En voyant les chiffres, on constate qu’ils sont bien meilleurs que l’an dernier, notamment au près. On a gagné en performance dans certaines allures, c’est certain !

Tu as remis ton bateau à l’eau en juin alors que la plupart ont commencé leur préparation au printemps. Pourtant, tu donnes l’impression d’être très serein…   Oui, techniquement, on est dans les temps. C’est sûr que sportivement, il a fallu un peu rattraper le temps perdu. C’est aussi pour garder le rythme et conserver mes automatismes en solitaire que j’avais décidé de faire quelques courses en Figaro en début d’année. Le challenge c’est d’être focus à 100 % sur le départ de la Route du Rhum, sur moi, sur mon bateau pour être dans le match d’entrée de jeu.


Jérémie Beyou (Charal) en mer @ PolaRYSE - Marin Le Roux
Jérémie Beyou (Charal) en mer @ PolaRYSE - Marin Le Roux

« En solitaire, ça demande une palette de qualités plus large »

 Sam Goodchild (Macif) est pour toi le grand favori en IMOCA ?  Il est peut-être un petit cran au-dessus. On voit qu’il arrive à bien enchaîner les séquences de course, notamment sur les départs. C’est sûr que tout ce qui se passe en début de saison permet d’être rôdé pour le début de course. Mais la Route du Rhum, c’est aussi un parcours libre, il faut savoir prendre de bonnes options, conserver une bonne vitesse, veiller aux aléas et gérer les multiples inconnus. Je crois que c’est difficile de savoir qui va gagner parmi les cinq à six skippers qui peuvent prétendre à la victoire.  Le fait d’être en solitaire finalement ça « ouvre » davantage le jeu ?  Oui complètement. Le double, ça nivelle forcément : un bon météorologue va prendre un super régleur, un bon régleur un super météorologue. Mais en solitaire, chacun doit composer avec ses propres qualités et ses propres défauts. Ça demande une palette de qualités plus large et ça peut forcément jouer à la marge, notamment en cas d’arrivée serrée.  Avant le grand départ, il y a toute la période de village. C’est un moment que tu apprécies ?  Oui j’aime bien ! C’est convivial et surtout assez impressionnant de voir la ville close, les remparts et ce grand village. En plus, tu peux vite t’échapper, te balader sur la plage du Sillon pour souffler. Il y a aussi le passage des écluses, la nuit au mouillage à Dinard, tout le spectacle autour de la course. Forcément, ça demande de l’énergie, il faut parfois savoir s’en extraire. Mais c’est important aussi de savoir en profiter !   


Jérémie Beyou @ PolaRYSE - Marin Le Roux
Jérémie Beyou @ PolaRYSE - Marin Le Roux

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