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Le maxi-trimaran IDEC SPORT-CIC, triple vainqueur de la Route du Rhum (© Jean-Marie Liot)
Le maxi-trimaran IDEC SPORT-CIC, triple vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe (© Jean-Marie Liot)

Sur les hauteurs d’Intra muros, derrière la lourde porte en bois de la Chapelle de la Victoire, de petits trésors ont trouvé refuge le temps du village. Dans un décor mystique, quinze maquettes de bateaux de légende ont pris place, confectionnées avec patience et minutie par Stéphane Le Roux, passionné de modélisme naval. De Olympus à Gitana en passant par IDEC Sport et Manureva, c’est toute l’histoire de la Route du Rhum depuis 1978 qui s’écrit à travers l’exposition “La Route de la Victoire”, accessible gratuitement jusqu’au 31 octobre (10h-18h). Au mur de la chapelle, une vaste carte, réalisée par les élèves du collège Moka de Saint-Malo, représente quatre routes maritimes majeures, dont la Route du Rhum - Destination Guadeloupe incarnée par la trajectoire de Florence Arthaud en 1990. 


Un duo inséparable 

Mais pourquoi ces bateaux fascinent ? Parce que si la Route du Rhum - Destination Guadeloupe se court en solitaire, c’est bien un duo fusionnel que le skipper forme avec sa monture. Plus qu’un compagnon de route, il leur « colle à la peau » comme le décrit si bien Charlie Capelle lorsqu’il évoque son Vintage Multi Acapella - Proludic - La Chaîne de l’Espoir. « Je suis né pour naviguer sur Acapella, affirme le doyen de l’édition. Je vais le voir tous les jours, même quand il est au sec, à 3 km de chez moi. Quand je passe sur le pont à La Trinité-sur-Mer, je le vois en bas, je sais où il est. C'est un bateau qui me colle à la peau et j'ai besoin de lui. » Septième participation pour le Morbihannais, huitième pour son trimaran jaune, Charlie Capelle s’est toujours juré de s’aligner tous les quatre ans au départ de cette course mythique tant qu’il tiendrait la forme, « et cette année, j’ai 71 ans ! ».


Charlie Capelle sur son Acapella (© Gauthier Lebec)
Charlie Capelle sur son Acapella (© Gauthier Lebec)

Son multicoque, jumeau de l’Olympus de Mike Birch (vainqueur à la surprise générale de la toute première Route du Rhum en 1978), a connu des hauts et des bas mais a toujours su remettre ses flotteurs d’aplomb. « Bien sûr, le bateau a évolué, mais sa base, son squelette en bois reste le même. Acapella n’a pas été construit pour faire une course et pourrir après dans un hangar. Il ne peut pas arrêter de naviguer. C'est aussi celui qui a peut-être l’empreinte carbone la plus basse de la Route du Rhum. » Son secret ? Être surveillé, bichonné, entretenu par les mains expertes de Charlie. Acapella a eu droit cette année à un lifting complet avant de retrouver la cité corsaire. « Les bénévoles me connaissent tous, plaisante Charlie, et puis il y a ces illustres inconnus que tu revois pourtant à chaque édition. Pour tout te dire, j’ai une anecdote avec un gamin venu il y a très très longtemps me voir, il a grandi et il a fini par venir naviguer avec moi. » 



Redonner vie à un rêve 

A côté de ces relations nouées au fil des décennies, il y a les coups de cœur qui vous font réaliser l’impossible. L’histoire de Kieran Le Borgne s’inscrit dans ce registre. Depuis plusieurs années, le jeune Brestois observait un bateau mythique du Vendée Globe pourrir dans le port du château. « Ça me faisait mal au cœur, je ne pouvais pas le laisser comme ça, raconte Kieran. C’est un peu comme le château abandonné sur la colline où tu as absolument envie d’entrer pour voir ce qu'il y a dedans. » Sorti de l’eau et libéré de ses deux tonnes de moules accrochées à la carène, l’ex-PRB de Michel Desjoyeaux, deux fois vainqueur du Vendée Globe, est entièrement rénové. 


Le Vintage Mono Armor Lux - Le Finistère Assurance de Kieran Le Borgne
Le Vintage Mono Armor Lux - Le Finistère Assurance de Kieran Le Borgne (© Louise Ras)

Nouveau look pour une nouvelle vie grâce à un travail acharné et de précieux conseils : « Samantha Davies, Vincent Riou, Michel Desjoyeaux, ils ont tous apporté leur expertise, poursuit Kieran. Michel, il se souvenait de la moindre vis ! » Désormais baptisé Aïto - Armor Lux - le Finistère Assurance, le Vintage Mono s’apprête à briller de nouveau sur l’Atlantique et fait la fierté de son nouveau skipper. « Le bateau est hyper sain, rôdé, bienveillant. Il est costaud, il avance bien, il glisse tout seul. Je me sens vraiment bien à bord. Je sais qu’il a du potentiel et je sais aussi qu’une fois en mer j'aurai envie d'être devant. » Une belle histoire et un projet que Kieran espère inspirant : « C’est bien de construire des bateaux neufs, mais il ne faut pas oublier les anciens, ça reste des super coques qui peuvent inspirer plein de gens. Il y a trop de monde qui aimerait faire de la course au large et trop de bateaux à l'abandon pour ne pas explorer des pistes qui lient les deux. »



Le bateau le plus titré

Autre bateau, autre légende, le « bateau rouge », comme aime l’appeler Alexia Barrier, n’est autre que le maxi-trimaran IDEC SPORT-CIC (en maquette à l’exposition). « Il a gagné trois fois la Route du Rhum*, deux fois le Trophée Jules Verne, affirme fièrement la navigatrice. Il n'y en a pas un dans la classe ULTIM qui lui arrive à la cheville, même s'ils sont plus récents et plus rapides ». Un palmarès à faire rougir justement les autres maxi-trimarans de la classe et à peut-être mettre un brin de pression sur les épaules de sa nouvelle capitaine ? « Pas du tout, au contraire, ce palmarès, c’est un booster et ce bateau, c’est mon extra-pouvoir. C’est une chance énorme de l’avoir », sourit Alexia Barrier.


Alexia Barrier sur IDEC SPORT-CIC (© Jean-Marie Liot)
Alexia Barrier sur IDEC SPORT-CIC (© Jean-Marie Liot)

Car oui, le sourire, elle l’a jusqu’aux oreilles à chaque évocation de son bateau. Il faut dire qu’il lui a offert le plus beau des cadeaux en début d’année : le record féminin du tour du monde à la voile avec son équipage The Famous Project. De quoi lancer la navigatrice dans la cour des très grands, celle des ULTIM. « Avant de l’avoir, on s’entraînait pour le Trophée Jules Verne sur un Mod70. C’était très intense. Lorsque j’ai commencé à naviguer sur IDEC SPORT-CIC, j’ai compris que c'était un super bateau, beaucoup plus gentil. Donc j'ai construit petit à petit une relation de confiance avec lui et c’est comme ça que l’histoire a commencé. »


Nul doute qu’elle va durer car IDEC SPORT-CIC en a encore sous les flotteurs et compte bien montrer que sagesse et expérience valent parfois plus que la fougue de la jeunesse. Il en avait fait la parfaite démonstration en 2018 avec Francis Joyon, coiffant François Gabart au poteau quelques miles avant de franchir en vainqueur la ligne d’arrivée en Guadeloupe pour la troisième fois consécutive. 


* En 2010 avec Franck Cammas (Groupama 3), en 2014 avec Loïck Peyron (Banque Populaire VII et en 2018 avec Francis Joyon (IDEC SPORT).


Exposition "La Route de la Victoire" à Saint-Malo

il y a 1 jour
5 min de lecture

Les bateaux sont avant tout des objets. Certains les dessinent, d’autres les construisent. Les skippers, eux, en ont fait leurs alliés les plus fidèles, tissant une complicité unique dans l'intimité du cockpit. À la chapelle de la Victoire, à Saint-Malo, de minutieuses maquettes retracent la mémoire des voiliers qui ont fait la légende de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Quelques uns seront même au départ dimanche prochain. Du doyen Charlie Capelle et son inséparable Acapella, au jeune Kieran Le Borgne ressuscitant une légende abandonnée avec Armor Lux - Le Finistère Assurance, jusqu’à Alexia Barrier domptant IDEC Sport-CIC, le maxi-trimaran le plus titré de la course, rencontre avec des athlètes passionnés et leur monture.


Le maxi-trimaran IDEC SPORT-CIC, triple vainqueur de la Route du Rhum (© Jean-Marie Liot)
Le maxi-trimaran IDEC SPORT-CIC, triple vainqueur de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe (© Jean-Marie Liot)

Sur les hauteurs d’Intra muros, derrière la lourde porte en bois de la Chapelle de la Victoire, de petits trésors ont trouvé refuge le temps du village. Dans un décor mystique, quinze maquettes de bateaux de légende ont pris place, confectionnées avec patience et minutie par Stéphane Le Roux, passionné de modélisme naval. De Olympus à Gitana en passant par IDEC Sport et Manureva, c’est toute l’histoire de la Route du Rhum depuis 1978 qui s’écrit à travers l’exposition “La Route de la Victoire”, accessible gratuitement jusqu’au 31 octobre (10h-18h). Au mur de la chapelle, une vaste carte, réalisée par les élèves du collège Moka de Saint-Malo, représente quatre routes maritimes majeures, dont la Route du Rhum - Destination Guadeloupe incarnée par la trajectoire de Florence Arthaud en 1990. 


Un duo inséparable 

Mais pourquoi ces bateaux fascinent ? Parce que si la Route du Rhum - Destination Guadeloupe se court en solitaire, c’est bien un duo fusionnel que le skipper forme avec sa monture. Plus qu’un compagnon de route, il leur « colle à la peau » comme le décrit si bien Charlie Capelle lorsqu’il évoque son Vintage Multi Acapella - Proludic - La Chaîne de l’Espoir. « Je suis né pour naviguer sur Acapella, affirme le doyen de l’édition. Je vais le voir tous les jours, même quand il est au sec, à 3 km de chez moi. Quand je passe sur le pont à La Trinité-sur-Mer, je le vois en bas, je sais où il est. C'est un bateau qui me colle à la peau et j'ai besoin de lui. » Septième participation pour le Morbihannais, huitième pour son trimaran jaune, Charlie Capelle s’est toujours juré de s’aligner tous les quatre ans au départ de cette course mythique tant qu’il tiendrait la forme, « et cette année, j’ai 71 ans ! ».


Charlie Capelle sur son Acapella (© Gauthier Lebec)
Charlie Capelle sur son Acapella (© Gauthier Lebec)

Son multicoque, jumeau de l’Olympus de Mike Birch (vainqueur à la surprise générale de la toute première Route du Rhum en 1978), a connu des hauts et des bas mais a toujours su remettre ses flotteurs d’aplomb. « Bien sûr, le bateau a évolué, mais sa base, son squelette en bois reste le même. Acapella n’a pas été construit pour faire une course et pourrir après dans un hangar. Il ne peut pas arrêter de naviguer. C'est aussi celui qui a peut-être l’empreinte carbone la plus basse de la Route du Rhum. » Son secret ? Être surveillé, bichonné, entretenu par les mains expertes de Charlie. Acapella a eu droit cette année à un lifting complet avant de retrouver la cité corsaire. « Les bénévoles me connaissent tous, plaisante Charlie, et puis il y a ces illustres inconnus que tu revois pourtant à chaque édition. Pour tout te dire, j’ai une anecdote avec un gamin venu il y a très très longtemps me voir, il a grandi et il a fini par venir naviguer avec moi. » 



Redonner vie à un rêve 

A côté de ces relations nouées au fil des décennies, il y a les coups de cœur qui vous font réaliser l’impossible. L’histoire de Kieran Le Borgne s’inscrit dans ce registre. Depuis plusieurs années, le jeune Brestois observait un bateau mythique du Vendée Globe pourrir dans le port du château. « Ça me faisait mal au cœur, je ne pouvais pas le laisser comme ça, raconte Kieran. C’est un peu comme le château abandonné sur la colline où tu as absolument envie d’entrer pour voir ce qu'il y a dedans. » Sorti de l’eau et libéré de ses deux tonnes de moules accrochées à la carène, l’ex-PRB de Michel Desjoyeaux, deux fois vainqueur du Vendée Globe, est entièrement rénové. 


Le Vintage Mono Armor Lux - Le Finistère Assurance de Kieran Le Borgne
Le Vintage Mono Armor Lux - Le Finistère Assurance de Kieran Le Borgne (© Louise Ras)

Nouveau look pour une nouvelle vie grâce à un travail acharné et de précieux conseils : « Samantha Davies, Vincent Riou, Michel Desjoyeaux, ils ont tous apporté leur expertise, poursuit Kieran. Michel, il se souvenait de la moindre vis ! » Désormais baptisé Aïto - Armor Lux - le Finistère Assurance, le Vintage Mono s’apprête à briller de nouveau sur l’Atlantique et fait la fierté de son nouveau skipper. « Le bateau est hyper sain, rôdé, bienveillant. Il est costaud, il avance bien, il glisse tout seul. Je me sens vraiment bien à bord. Je sais qu’il a du potentiel et je sais aussi qu’une fois en mer j'aurai envie d'être devant. » Une belle histoire et un projet que Kieran espère inspirant : « C’est bien de construire des bateaux neufs, mais il ne faut pas oublier les anciens, ça reste des super coques qui peuvent inspirer plein de gens. Il y a trop de monde qui aimerait faire de la course au large et trop de bateaux à l'abandon pour ne pas explorer des pistes qui lient les deux. »



Le bateau le plus titré

Autre bateau, autre légende, le « bateau rouge », comme aime l’appeler Alexia Barrier, n’est autre que le maxi-trimaran IDEC SPORT-CIC (en maquette à l’exposition). « Il a gagné trois fois la Route du Rhum*, deux fois le Trophée Jules Verne, affirme fièrement la navigatrice. Il n'y en a pas un dans la classe ULTIM qui lui arrive à la cheville, même s'ils sont plus récents et plus rapides ». Un palmarès à faire rougir justement les autres maxi-trimarans de la classe et à peut-être mettre un brin de pression sur les épaules de sa nouvelle capitaine ? « Pas du tout, au contraire, ce palmarès, c’est un booster et ce bateau, c’est mon extra-pouvoir. C’est une chance énorme de l’avoir », sourit Alexia Barrier.


Alexia Barrier sur IDEC SPORT-CIC (© Jean-Marie Liot)
Alexia Barrier sur IDEC SPORT-CIC (© Jean-Marie Liot)

Car oui, le sourire, elle l’a jusqu’aux oreilles à chaque évocation de son bateau. Il faut dire qu’il lui a offert le plus beau des cadeaux en début d’année : le record féminin du tour du monde à la voile avec son équipage The Famous Project. De quoi lancer la navigatrice dans la cour des très grands, celle des ULTIM. « Avant de l’avoir, on s’entraînait pour le Trophée Jules Verne sur un Mod70. C’était très intense. Lorsque j’ai commencé à naviguer sur IDEC SPORT-CIC, j’ai compris que c'était un super bateau, beaucoup plus gentil. Donc j'ai construit petit à petit une relation de confiance avec lui et c’est comme ça que l’histoire a commencé. »


Nul doute qu’elle va durer car IDEC SPORT-CIC en a encore sous les flotteurs et compte bien montrer que sagesse et expérience valent parfois plus que la fougue de la jeunesse. Il en avait fait la parfaite démonstration en 2018 avec Francis Joyon, coiffant François Gabart au poteau quelques miles avant de franchir en vainqueur la ligne d’arrivée en Guadeloupe pour la troisième fois consécutive. 


* En 2010 avec Franck Cammas (Groupama 3), en 2014 avec Loïck Peyron (Banque Populaire VII et en 2018 avec Francis Joyon (IDEC SPORT).


Exposition "La Route de la Victoire" à Saint-Malo

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