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LA GRANDE INTERVIEW. Il est l’un des skippers guadeloupéens les plus expérimentés sur la ligne de départ. Après deux éditions en Class40 et une autre en IMOCA, Rodolphe est de retour à bord de son bateau, le Class40 Canbt-Oti/Rêve de large 5. À 40 ans, lui qui « a vu des bateaux avant de voir des terrains de foot » cultive sa passion au fil des années malgré la difficulté à monter des projets. 

Canbt-Oti/Rêve de large 5 lors d'une navigation @ DR
Canbt-Oti/Rêve de large 5 lors d'une navigation @ DR


Rodolphe Sepho est un concentré d’enthousiasme. Il y a dans sa voix un sourire et l’idée d’une passion de toujours. Rodolphe aime la mer et le large depuis sa tendre enfance quand il se rendait au club de voile situé à 100 mètres de chez lui. Les bateaux ont toujours été un exutoire et la Route du Rhum un horizon. Il en est déjà à trois participations, trois arrivées en Guadeloupe, trois moments d’une communion si intense qu’ils font oublier les galères, les doutes et les moments durs. Le skipper aspire à traverser à nouveau l’Atlantique, à revivre ce tourbillon d’émotions et, surtout, à le partager avec tous les Guadeloupéens.  Il s’agit de ta quatrième participation. Tu as l’impression de faire partie des habitués de la Route du Rhum ?  Non, je pense qu’on ne peut jamais l’être vraiment. On ne peut pas se définir comme habitué quand on est confronté à la nature et à ses aléas. En revanche, le plaisir d’en être est toujours aussi intense, l’envie d’y aller est toujours aussi vive et l’arrivée n’en est que plus savoureuse.   Pourquoi la Route du Rhum est-elle une course à part ? C’est la course qui arrive chez nous, à la maison. C’est une course à part depuis la première édition pour tous et pour les Guadeloupéens en particulier. Je dis souvent que pendant ces quelques semaines, le monde entier découvre ou redécouvre notre archipel et notre savoir-faire. 

« J’ai vu des bateaux avant de voir des terrains de foot » 

En tant que skipper guadeloupéen, tout est plus intense ? 


J’aime bien rappeler que nous partons avec un petit bout d’île dans notre bateau. Nous savons que nous serons accueillis de l’autre côté comme des vainqueurs. Je suis très heureux de constater que nous sommes plusieurs skippers à représenter la Guadeloupe, à montrer que l’on peut former des marins confirmés. Il y a énormément de jeunes qui s’initient et qui pratiquent la voile en Guadeloupe, notamment avec les supports traditionnels.   À titre personnel, qu’est-ce qui explique cette passion pour la course au large ?


J'ai vu des bateaux avant de voir des terrains de foot. C’est factuel : ma mère habitait à 100 mètres du club de voile. Il fallait passer par la plage pour rejoindre le terrain de foot : mes copains y allaient et moi je restais, trop attiré par les bateaux. 


« Nous avons besoin de Guadeloupéens à la Route du Rhum »

En quoi cette 4e participation est différente des autres pour toi ?  Il y a eu ma première en 2014, une nouvelle en 2018 puis le rêve de le disputer en IMOCA en 2022. Là, c’est différent. J’ai la chance de partir avec un bateau qui m’appartient et mon seul objectif, c’est de me faire plaisir et de profiter. Je ne vise rien du tout à part de rentrer chez moi (rires) !  Pourquoi aucun skipper guadeloupéen n’est parvenu à remporter la Route du Rhum ? Thibault Vauchel-Camus n’est pas passé loin (2e en 2014 en Class40, 3e en Multi50 en 2018) et des talents ont émergé comme Keni Piperol. Mais la voile n’est pas le sport le plus mis en avant en Guadeloupe. Les moyens sont limités alors que les bateaux sont devenus de plus en plus pointus et que tout coûte beaucoup plus cher. Or, pour être compétitif, il faut s’organiser de façon efficace, avec une volonté et des moyens. Moi, hormis quelques amis qui m’aident, je suis tout seul dans mon projet.  Justement, qu’est-ce qui fait que tu continues à te battre, année après année ?  Si je ne le fais pas, qui le fera pour nous ? Nous avons besoin de Guadeloupéens à la Route du Rhum, nous avons besoin de voir cet événement comme une chance pour les opportunités économiques qu’il représente, pour sa capacité à fédérer aussi la population. 


Rodolphe Sepho à bord de Canbt-Oti/Rêve de large 5 @ DR
Rodolphe Sepho à bord de Canbt-Oti/Rêve de large 5 @ DR

« Ce qui compte, c’est la façon dont on raconte cette histoire » 

Même en 2026, on peut faire rêver à travers ce genre d’aventures ?  Oui bien entendu, tous les sports, toutes les activités peuvent faire rêver. Ce qui compte, c’est la façon dont on raconte cette histoire. Car toutes les histoires qui sont bien racontées ont cette capacité à faire rêver. J’ai envie de rencontrer des gamins, d’être proche du public, de montrer mon bateau et de les embarquer avec moi dans mon aventure.  Est-ce que toi aussi tu prends le temps de rêver lors du village de la Route du Rhum ?

Oui, je reste un amoureux des bateaux. Et la Route du Rhum, c’est l’occasion de voir les plus beaux bateaux au monde. Quand on a la chance d’avoir un badge pour être à moins d’un mètre de Gitana 17, on ne s’en prive pas !  J’aime aussi beaucoup me rendre au pavillon des îles de Guadeloupe, j’aime voir comment elles sont mises en valeur, comment on donne envie de s’y rendre.  Comment expliquer plus globalement la difficulté de la course ?  Parce que c’est un sprint, tout va vite et que le niveau est astronomique. Il y a une densité incroyable avec les meilleurs marins au monde. Côté navigation, tout est compliqué : traverser les dépressions, veiller au trafic, résister dans le golfe de Gascogne, prendre les alizés puis le tour de Guadeloupe qui a donné bien des sueurs froides aux marins. C’est une course qui met beaucoup de temps à être préparée et qui se consomme très rapidement. On se retrouve vite à l’arrivée : il ne reste plus que nous, nos larmes et nos dettes…  Qu’est-ce qu’on ressent quand on a franchi la ligne comme skipper guadeloupéen ?  C’est forcément une immense fierté d’avoir tenu notre promesse, d’avoir été à la hauteur des attentes de tous ceux qui nous ont soutenus. Je pense notamment aux entreprises qui ont misé sur nos aventures égoïstes. Eux aussi ressentent de la fierté, peu importe notre place à l’arrivée, parce qu’on a porté la Guadeloupe dans nos projets. Au fond, la réussite n’est pas d’avoir traversé l’océan mais d’être parvenu à mener un projet de bout en bout. C’est une responsabilité, celle d’offrir une bouffée d’air frais à mon île, à la jeunesse et donner la plus belle image possible de la Guadeloupe.

 


il y a 1 jour
5 min de lecture

LA GRANDE INTERVIEW. Il est l’un des skippers guadeloupéens les plus expérimentés sur la ligne de départ. Après deux éditions en Class40 et une autre en IMOCA, Rodolphe est de retour à bord de son bateau, le Class40 Canbt-Oti/Rêve de large 5. À 40 ans, lui qui « a vu des bateaux avant de voir des terrains de foot » cultive sa passion au fil des années malgré la difficulté à monter des projets. 

Canbt-Oti/Rêve de large 5 lors d'une navigation @ DR
Canbt-Oti/Rêve de large 5 lors d'une navigation @ DR


Rodolphe Sepho est un concentré d’enthousiasme. Il y a dans sa voix un sourire et l’idée d’une passion de toujours. Rodolphe aime la mer et le large depuis sa tendre enfance quand il se rendait au club de voile situé à 100 mètres de chez lui. Les bateaux ont toujours été un exutoire et la Route du Rhum un horizon. Il en est déjà à trois participations, trois arrivées en Guadeloupe, trois moments d’une communion si intense qu’ils font oublier les galères, les doutes et les moments durs. Le skipper aspire à traverser à nouveau l’Atlantique, à revivre ce tourbillon d’émotions et, surtout, à le partager avec tous les Guadeloupéens.  Il s’agit de ta quatrième participation. Tu as l’impression de faire partie des habitués de la Route du Rhum ?  Non, je pense qu’on ne peut jamais l’être vraiment. On ne peut pas se définir comme habitué quand on est confronté à la nature et à ses aléas. En revanche, le plaisir d’en être est toujours aussi intense, l’envie d’y aller est toujours aussi vive et l’arrivée n’en est que plus savoureuse.   Pourquoi la Route du Rhum est-elle une course à part ? C’est la course qui arrive chez nous, à la maison. C’est une course à part depuis la première édition pour tous et pour les Guadeloupéens en particulier. Je dis souvent que pendant ces quelques semaines, le monde entier découvre ou redécouvre notre archipel et notre savoir-faire. 

« J’ai vu des bateaux avant de voir des terrains de foot » 

En tant que skipper guadeloupéen, tout est plus intense ? 


J’aime bien rappeler que nous partons avec un petit bout d’île dans notre bateau. Nous savons que nous serons accueillis de l’autre côté comme des vainqueurs. Je suis très heureux de constater que nous sommes plusieurs skippers à représenter la Guadeloupe, à montrer que l’on peut former des marins confirmés. Il y a énormément de jeunes qui s’initient et qui pratiquent la voile en Guadeloupe, notamment avec les supports traditionnels.   À titre personnel, qu’est-ce qui explique cette passion pour la course au large ?


J'ai vu des bateaux avant de voir des terrains de foot. C’est factuel : ma mère habitait à 100 mètres du club de voile. Il fallait passer par la plage pour rejoindre le terrain de foot : mes copains y allaient et moi je restais, trop attiré par les bateaux. 


« Nous avons besoin de Guadeloupéens à la Route du Rhum »

En quoi cette 4e participation est différente des autres pour toi ?  Il y a eu ma première en 2014, une nouvelle en 2018 puis le rêve de le disputer en IMOCA en 2022. Là, c’est différent. J’ai la chance de partir avec un bateau qui m’appartient et mon seul objectif, c’est de me faire plaisir et de profiter. Je ne vise rien du tout à part de rentrer chez moi (rires) !  Pourquoi aucun skipper guadeloupéen n’est parvenu à remporter la Route du Rhum ? Thibault Vauchel-Camus n’est pas passé loin (2e en 2014 en Class40, 3e en Multi50 en 2018) et des talents ont émergé comme Keni Piperol. Mais la voile n’est pas le sport le plus mis en avant en Guadeloupe. Les moyens sont limités alors que les bateaux sont devenus de plus en plus pointus et que tout coûte beaucoup plus cher. Or, pour être compétitif, il faut s’organiser de façon efficace, avec une volonté et des moyens. Moi, hormis quelques amis qui m’aident, je suis tout seul dans mon projet.  Justement, qu’est-ce qui fait que tu continues à te battre, année après année ?  Si je ne le fais pas, qui le fera pour nous ? Nous avons besoin de Guadeloupéens à la Route du Rhum, nous avons besoin de voir cet événement comme une chance pour les opportunités économiques qu’il représente, pour sa capacité à fédérer aussi la population. 


Rodolphe Sepho à bord de Canbt-Oti/Rêve de large 5 @ DR
Rodolphe Sepho à bord de Canbt-Oti/Rêve de large 5 @ DR

« Ce qui compte, c’est la façon dont on raconte cette histoire » 

Même en 2026, on peut faire rêver à travers ce genre d’aventures ?  Oui bien entendu, tous les sports, toutes les activités peuvent faire rêver. Ce qui compte, c’est la façon dont on raconte cette histoire. Car toutes les histoires qui sont bien racontées ont cette capacité à faire rêver. J’ai envie de rencontrer des gamins, d’être proche du public, de montrer mon bateau et de les embarquer avec moi dans mon aventure.  Est-ce que toi aussi tu prends le temps de rêver lors du village de la Route du Rhum ?

Oui, je reste un amoureux des bateaux. Et la Route du Rhum, c’est l’occasion de voir les plus beaux bateaux au monde. Quand on a la chance d’avoir un badge pour être à moins d’un mètre de Gitana 17, on ne s’en prive pas !  J’aime aussi beaucoup me rendre au pavillon des îles de Guadeloupe, j’aime voir comment elles sont mises en valeur, comment on donne envie de s’y rendre.  Comment expliquer plus globalement la difficulté de la course ?  Parce que c’est un sprint, tout va vite et que le niveau est astronomique. Il y a une densité incroyable avec les meilleurs marins au monde. Côté navigation, tout est compliqué : traverser les dépressions, veiller au trafic, résister dans le golfe de Gascogne, prendre les alizés puis le tour de Guadeloupe qui a donné bien des sueurs froides aux marins. C’est une course qui met beaucoup de temps à être préparée et qui se consomme très rapidement. On se retrouve vite à l’arrivée : il ne reste plus que nous, nos larmes et nos dettes…  Qu’est-ce qu’on ressent quand on a franchi la ligne comme skipper guadeloupéen ?  C’est forcément une immense fierté d’avoir tenu notre promesse, d’avoir été à la hauteur des attentes de tous ceux qui nous ont soutenus. Je pense notamment aux entreprises qui ont misé sur nos aventures égoïstes. Eux aussi ressentent de la fierté, peu importe notre place à l’arrivée, parce qu’on a porté la Guadeloupe dans nos projets. Au fond, la réussite n’est pas d’avoir traversé l’océan mais d’être parvenu à mener un projet de bout en bout. C’est une responsabilité, celle d’offrir une bouffée d’air frais à mon île, à la jeunesse et donner la plus belle image possible de la Guadeloupe.

 


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