Il s’est imposé comme une figure incontournable de la course au large et de la classe IMOCA. Pourtant, Sam Goodchild, génial touche-à-tout – il a navigué en Figaro, en Class40, en Ocean Fifty et en Ultim -, n’évolue en IMOCA à temps plein que depuis quatre ans. Il s’est déjà constitué un joli palmarès, à The Ocean Race (2e en 2023), à la Course des caps (1er en 2024) et à la Transat Café L’Or (3e en 2025). Devenu skipper Macif l’an dernier, il a su trouver sa place dans une équipe bouleversée par le décès de Charlie Dalin. Mais l’objectif n’a pas changé : s’employer pour rester au plus haut niveau et continuer ce qui avait été entrepris avec son illustre prédécesseur. Force tranquille à terre, Sam revient sur cette année si particulière avant d’évoquer son lien avec la Route du Rhum – Destination Guadeloupe et de décrypter la course chez les IMOCA.

Comment vivez-vous, l’équipe Macif et toi, cette année forcément douloureuse après la disparition de Charlie Dalin ?
C’est très particulier bien entendu. L’équipe avait une relation très forte et très proche avec Charlie. Depuis le dernier Vendée Globe, l’équipe n’a pas changé et forcément l’émotion a été très grande. Ce qui m’a marqué, c’est que l’équipe a toujours fait preuve de beaucoup de cohésion et de solidarité, ce qui explique d’ailleurs nombre de leurs succès dans le passé. Il y a toujours la même exigence, la même envie de bien faire et de se surpasser. Nous avons tous à cœur d’être à la hauteur de nos ambitions et de continuer longtemps ce que Charlie avait initié avec l’équipe.
Tu t’apprêtes à disputer la Route du Rhum – Destination Guadeloupe pour la 3e fois. Qu’est-ce que t’évoque cette course ?
C’est un événement génial, une grande course dans l’écosystème de notre sport. C’est super de réunir autant de classes, autant de monde, de transformer une course de voile en événement populaire. La Route du Rhum a su marquer les époques au fil de l’histoire. J’ai des souvenirs très précis des éditions récentes. La victoire de Loïck Peyron qui avait remplacé Armel Le Cléac’h à la dernière minute (2014), le duel jusqu’au bout entre Francis Joyon et François Gabart (2018), le succès de Paul Meilhat alors qu’Alex Thomson s’était échoué sur les cailloux (2018 en IMOCA)…
À titre personnel, tu as une histoire contrastée avec cette course, marquée par un démâtage en 2018 (en Class40) et un abandon sur blessure en 2022 (en Ocean Fifty)…
C’est sûr que je n’ai pas pu vivre grand-chose mais ça fait partie de la course au large et ce sont des expériences certes douloureuses mais utiles pour la suite. L’expérience nous sert énormément dans notre sport, on apprend beaucoup en permanence, surtout avec les échecs. Ces deux mésaventures font partie de mon histoire mais ça ne m’empêche pas de me projeter sur la course avec rigueur et motivation. Et ma motivation, c’est toujours de gagner !
« Une course qui remet les choses à plat »
Tu es à nouveau favori de cette course, comme c’est souvent le cas ces derniers temps en IMOCA…
Je suis fier d’avoir cette étiquette. Après, je sais qu’être favori, ça ne veut rien dire. Ce qui compte avant tout, c’est de gagner. Il y a une course à disputer et on sait tous qu’il peut se passer beaucoup de choses jusqu’à l’arrivée.

Qui sont les favoris et les outsiders en IMOCA ?
Si j’en fais partie, je suis loin d’être le seul. Il faut citer Jérémie Beyou (Charal), Boris Herrmann (Malizia), Sébastien Simon (Groupe Dubreuil) et Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) qui m’a battu lors de la Vendée Arctique. Corentin Horeau (MACSF) et Francesca Clapcich (11th Hour Racing) ont aussi de très bons bateaux. Après, c’est une course en solitaire donc ça va remettre les choses à plat. Ça ouvre le jeu et les opportunités. Personne ne pourra prendre la course à la légère : on devra se méfier de tout le monde !
« Une régate avec de l’enjeu quasiment tous les jours ! »
Quels sont les enjeux du parcours en lui-même ?
Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a pas de contrainte, pas de marque à contourner. On doit aller au plus vite jusqu’en Guadeloupe et ça laisse ouverts les choix des trajectoires notamment. En novembre, les conditions seront engagées donc on sait qu’il faudra partir à fond dès le départ. Ensuite, il y a deux grandes parties dans la course : une première avec les passages de front et les dépressions automnales, une autre avec les alizés jusqu’aux Antilles. Ça constitue une régate très intense avec de l’enjeu quasiment tous les jours. Et il ne faut jamais rien lâcher !
Les IMOCA sont des bateaux particulièrement éprouvants pour les organismes, surtout dans des conditions virulentes. Comment s’y habitue-t-on ?
Je pense que tous ceux qui ont fait un tour du monde en IMOCA ont une capacité d’adaptation plus importante que les autres. À la Route du Rhum, on n’a pas le temps de se mettre dans le bain. On démarre le plus souvent dans des conditions dures dès le départ. Mais ça peut aussi se jouer là donc il faut être d’attaque dès les premières heures de course.

À titre plus personnel, tu donnes la sensation de prendre beaucoup de plaisir à chaque course…
Oui, c’est un de mes objectifs. Si je veux performer, j’ai besoin de me faire plaisir, ça va clairement ensemble. Après, il y a forcément des moments plus durs que d’autres en mer. L’important, c’est de tenir et de beaucoup travailler. Mais c’est indéniable que le plaisir est un facteur très important. Ça compte beaucoup pour se dépasser et ne jamais rien lâcher !


