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LA GRANDE INTERVIEW. Figure de la course au large, vainqueur en catégorie Rhum Mono en 2018, Sidney Gavignet est de retour dans une course qu’il affectionne tant. À la barre d’un bateau iconique, le « Cigare rouge » (Vintage Mono), il s’y présente avec une nouvelle approche, presque un mantra : « naviguer sans faire souffrir son corps ».


Sidney Gavignet, de retour en catégorie Vintage Mono. @ DR
Sidney Gavignet, de retour en catégorie Vintage Mono. @ DR

C’est un habitué des pontons, un visage qui marque, une personnalité attachante. À 57 ans, Sidney Gavignet a disputé nombre de courses de légende. La Route du Rhum a une place à part avec trois participations au compteur. Il a tenté l’aventure à bord de trimarans géants, Oman Air Majan (abandon en 2010) et Musanda-Oman Sail (5e en 2014). En 2018, c’est avec Café Joyeux qu’il s’impose en catégorie Rhum Mono. S’esquissait déjà, dans son esprit, l’idée de naviguer « mieux » pour souffrir moins. Les années passant, après avoir développé des compétences de coaching, cette réflexion a eu valeur d’évidence : et s’il naviguait sans brutaliser son corps ? C’est ce qu’il tentera de réaliser à bord du « Cigare rouge », ce monocoque de légende barré par Jean-Luc Van Den Heede et Catherine Chabaud. Avec l’idée de continuer à en écrire la si belle histoire.

Il y a quelques mois, tu avais annoncé renoncer à participer avant de revenir sur ta décision. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ?  Je n’ai repris ce bateau (le Cigare rouge) que depuis un an et demi. Et quand j’ai commencé à naviguer avec, je me suis rendu compte que je n’étais plus pareil qu’avant. Mon corps m’avait envoyé un message en me disant : « je ne veux plus que tu me fasses souffrir ». Et dans la foulée, j’ai renoncé à la Route du Rhum. Sauf qu’après, quand j’ai recommencé à naviguer, j’ai senti que j’étais libéré de toutes mes tensions intérieures et j’ai pris beaucoup de plaisir.  C’est ce qui t’a poussé à y participer à nouveau ?  Oui, parce que je me suis convaincu que je pouvais parvenir à changer ma façon de naviguer sans faire souffrir mon corps. Ces dernières années, je me suis ouvert sur d’autres univers, je me suis formé au coaching. Je n’ai plus envie de répondre à mon ego mais de servir la vie. Et la vie m’a donné une chance incroyable d’être marin et de pouvoir naviguer à bord du « Cigare rouge ». Désormais, j’ai envie de naviguer sans m’oublier, en me mettant comme une priorité. J’ai envie de prendre soin de moi pour mieux servir mon bateau.

« Avant, je confondais performance et résultat »

Finalement, c’est une interrogation légitime chez les skippers : comment y parvenir quand il y a toujours une part de souffrance ?  Je ne sais pas si c’est une question que tout le monde se pose. Pour moi, la course au large est un sport de déséquilibrés. Moi, j’ai évolué dans le haut niveau parce que j’avais des déséquilibres et des blessures. On recherche de la reconnaissance, on veut combler le manque de confiance en soi… Mon objectif, c’est d’arriver à faire la Route du Rhum sans me faire mal, en gardant toujours de la clarté et de la lucidité.  C’est un changement total d’approche par rapport à tes précédents challenges… Je crois qu’avant, je confondais performance et résultat. Ça allait même plus loin ; je croyais que le résultat, c’était la performance. Or, il n’y a pas que ça. Il y a la joie, le fait de s’éclater, de vivre une expérience très forte, de profiter de la chance qui m’a été donnée et du moment présent. Et je sais que c’est plus facile à vivre sur mon bateau que sur les trimarans ou les IMOCA ! 


Sidney Gavignet @ DR
Sidney Gavignet @ DR

« La Route du Rhum, une course qui marque et qui rassemble »

 Justement, comment décris-tu ta relation avec ce bateau mythique ?  Ce bateau, c’est comme s’il m’était un peu tombé du ciel. Pour moi, c’est un peu l’antithèse de la puissance moderne des bateaux : il est élégant et fiable, fort de ses cinq tours du monde.  Je sens aussi que ce bateau a une âme. À chaque navigation, je le remercie de m’avoir porté et ramené à bon port. Il a presque une fonction de thérapeute. Tous les gens sont touchés, notamment les soignants que j’embarque régulièrement à travers l’association dont je suis le parrain, Guérir en mer.  Il y a quelque chose de très profond et de très léger à la fois.  Tu t’apprêtes à disputer ta 4e Route du Rhum. Quelle importance a cette course pour toi ?  J’aime beaucoup la Route du Rhum. C’est une grande course populaire, une course qui marque et qui rassemble. J’ai des souvenirs du début de la Route du Rhum et d’un livre que j’avais sur Eugène Riguidel et sur son bateau immense. Et puis un jour, tu te retrouves à la Route du Rhum sur un bateau encore plus grand. Nous avons une chance inouïe d’y participer et de jouer sur l’eau avec ces bateaux-là.  Tu t’es imposé en Rhum Mono en 2018. Qu’est-ce que cette victoire change dans ta façon d’aborder la course ?  Déjà, je suis super content de compter cette victoire-là dans mon palmarès. C’est bien entendu complètement différent cette année parce qu’à l’époque, j’avais un meilleur bateau. Là, je sais que j’aurais du mal à égaler la vitesse de certains au reaching. Après, je suis joueur, je vais regarder les classements, voir si on peut jouer dans le milieu de la flotte des Class40… Mais avec ma nouvelle approche, ce n’est pas un drame si je perds des places. Je veux juste essayer de donner le meilleur de moi-même.

Quelles sont les forces en présence en Vintage Mono ?  Pour moi, il y a un favori : Patrick Isoard (Groupe Cogedis pour enfants du Mékong) qui a notamment remporté The Transat CIC en 2024. Il a beaucoup d’expérience sur son bateau et je pense la meilleure préparation. Il y a des 50 pieds qui vont très vite aussi, celui de Tanguy Caradec (Eurvad) a beaucoup de potentiel par exemple. Enfin, je pense que le Swan 59 de Jean Le Cam est un peu moins rapide.

Que penses-tu plus globalement de la présence de ces deux catégories, Vintage Multi et Vintage Mono ?  Ça me plaît beaucoup. Je suis admiratif et très heureux que ces catégories existent, surtout quand on voit les bateaux qui les composent et la diversité de marins aussi. Il y a des petits projets, avec peu de moyens et beaucoup de bon sens. Ce sont des bateaux qui ont marqué l’histoire et qui rappellent des souvenirs à plein de gens. En fait, ce sont des bateaux à taille humaine.


Le Cigare Rouge @ DR
Le Cigare Rouge @ DR

il y a 3 jours
5 min de lecture

LA GRANDE INTERVIEW. Figure de la course au large, vainqueur en catégorie Rhum Mono en 2018, Sidney Gavignet est de retour dans une course qu’il affectionne tant. À la barre d’un bateau iconique, le « Cigare rouge » (Vintage Mono), il s’y présente avec une nouvelle approche, presque un mantra : « naviguer sans faire souffrir son corps ».


Sidney Gavignet, de retour en catégorie Vintage Mono. @ DR
Sidney Gavignet, de retour en catégorie Vintage Mono. @ DR

C’est un habitué des pontons, un visage qui marque, une personnalité attachante. À 57 ans, Sidney Gavignet a disputé nombre de courses de légende. La Route du Rhum a une place à part avec trois participations au compteur. Il a tenté l’aventure à bord de trimarans géants, Oman Air Majan (abandon en 2010) et Musanda-Oman Sail (5e en 2014). En 2018, c’est avec Café Joyeux qu’il s’impose en catégorie Rhum Mono. S’esquissait déjà, dans son esprit, l’idée de naviguer « mieux » pour souffrir moins. Les années passant, après avoir développé des compétences de coaching, cette réflexion a eu valeur d’évidence : et s’il naviguait sans brutaliser son corps ? C’est ce qu’il tentera de réaliser à bord du « Cigare rouge », ce monocoque de légende barré par Jean-Luc Van Den Heede et Catherine Chabaud. Avec l’idée de continuer à en écrire la si belle histoire.

Il y a quelques mois, tu avais annoncé renoncer à participer avant de revenir sur ta décision. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ?  Je n’ai repris ce bateau (le Cigare rouge) que depuis un an et demi. Et quand j’ai commencé à naviguer avec, je me suis rendu compte que je n’étais plus pareil qu’avant. Mon corps m’avait envoyé un message en me disant : « je ne veux plus que tu me fasses souffrir ». Et dans la foulée, j’ai renoncé à la Route du Rhum. Sauf qu’après, quand j’ai recommencé à naviguer, j’ai senti que j’étais libéré de toutes mes tensions intérieures et j’ai pris beaucoup de plaisir.  C’est ce qui t’a poussé à y participer à nouveau ?  Oui, parce que je me suis convaincu que je pouvais parvenir à changer ma façon de naviguer sans faire souffrir mon corps. Ces dernières années, je me suis ouvert sur d’autres univers, je me suis formé au coaching. Je n’ai plus envie de répondre à mon ego mais de servir la vie. Et la vie m’a donné une chance incroyable d’être marin et de pouvoir naviguer à bord du « Cigare rouge ». Désormais, j’ai envie de naviguer sans m’oublier, en me mettant comme une priorité. J’ai envie de prendre soin de moi pour mieux servir mon bateau.

« Avant, je confondais performance et résultat »

Finalement, c’est une interrogation légitime chez les skippers : comment y parvenir quand il y a toujours une part de souffrance ?  Je ne sais pas si c’est une question que tout le monde se pose. Pour moi, la course au large est un sport de déséquilibrés. Moi, j’ai évolué dans le haut niveau parce que j’avais des déséquilibres et des blessures. On recherche de la reconnaissance, on veut combler le manque de confiance en soi… Mon objectif, c’est d’arriver à faire la Route du Rhum sans me faire mal, en gardant toujours de la clarté et de la lucidité.  C’est un changement total d’approche par rapport à tes précédents challenges… Je crois qu’avant, je confondais performance et résultat. Ça allait même plus loin ; je croyais que le résultat, c’était la performance. Or, il n’y a pas que ça. Il y a la joie, le fait de s’éclater, de vivre une expérience très forte, de profiter de la chance qui m’a été donnée et du moment présent. Et je sais que c’est plus facile à vivre sur mon bateau que sur les trimarans ou les IMOCA ! 


Sidney Gavignet @ DR
Sidney Gavignet @ DR

« La Route du Rhum, une course qui marque et qui rassemble »

 Justement, comment décris-tu ta relation avec ce bateau mythique ?  Ce bateau, c’est comme s’il m’était un peu tombé du ciel. Pour moi, c’est un peu l’antithèse de la puissance moderne des bateaux : il est élégant et fiable, fort de ses cinq tours du monde.  Je sens aussi que ce bateau a une âme. À chaque navigation, je le remercie de m’avoir porté et ramené à bon port. Il a presque une fonction de thérapeute. Tous les gens sont touchés, notamment les soignants que j’embarque régulièrement à travers l’association dont je suis le parrain, Guérir en mer.  Il y a quelque chose de très profond et de très léger à la fois.  Tu t’apprêtes à disputer ta 4e Route du Rhum. Quelle importance a cette course pour toi ?  J’aime beaucoup la Route du Rhum. C’est une grande course populaire, une course qui marque et qui rassemble. J’ai des souvenirs du début de la Route du Rhum et d’un livre que j’avais sur Eugène Riguidel et sur son bateau immense. Et puis un jour, tu te retrouves à la Route du Rhum sur un bateau encore plus grand. Nous avons une chance inouïe d’y participer et de jouer sur l’eau avec ces bateaux-là.  Tu t’es imposé en Rhum Mono en 2018. Qu’est-ce que cette victoire change dans ta façon d’aborder la course ?  Déjà, je suis super content de compter cette victoire-là dans mon palmarès. C’est bien entendu complètement différent cette année parce qu’à l’époque, j’avais un meilleur bateau. Là, je sais que j’aurais du mal à égaler la vitesse de certains au reaching. Après, je suis joueur, je vais regarder les classements, voir si on peut jouer dans le milieu de la flotte des Class40… Mais avec ma nouvelle approche, ce n’est pas un drame si je perds des places. Je veux juste essayer de donner le meilleur de moi-même.

Quelles sont les forces en présence en Vintage Mono ?  Pour moi, il y a un favori : Patrick Isoard (Groupe Cogedis pour enfants du Mékong) qui a notamment remporté The Transat CIC en 2024. Il a beaucoup d’expérience sur son bateau et je pense la meilleure préparation. Il y a des 50 pieds qui vont très vite aussi, celui de Tanguy Caradec (Eurvad) a beaucoup de potentiel par exemple. Enfin, je pense que le Swan 59 de Jean Le Cam est un peu moins rapide.

Que penses-tu plus globalement de la présence de ces deux catégories, Vintage Multi et Vintage Mono ?  Ça me plaît beaucoup. Je suis admiratif et très heureux que ces catégories existent, surtout quand on voit les bateaux qui les composent et la diversité de marins aussi. Il y a des petits projets, avec peu de moyens et beaucoup de bon sens. Ce sont des bateaux qui ont marqué l’histoire et qui rappellent des souvenirs à plein de gens. En fait, ce sont des bateaux à taille humaine.


Le Cigare Rouge @ DR
Le Cigare Rouge @ DR

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