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LE RÉCIT DE SA COURSE . En 6 jours 13 heures, 27 minutes et 40 secondes, Tom Laperche a rallié Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en ne laissant aucune chance à ses poursuivants. Sur un trimaran arrivé à maturité qu’il connaît sur le bout des doigts, il a été rapide dans toutes les conditions, agile dans les transitions, incisif et autoritaire dès le début de la course. Quand la confiance s’ajoute au talent et au travail, c’est imparable. Bravo maestro !

 


La séquence est passée presque inaperçue et pourtant… La première démonstration de force de Tom Laperche a lieu moins de 30 minutes après le coup de canon dimanche dernier à Saint-Malo. Parti juste derrière Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) sous grand gennaker, le skipper de SVR Lazartigue comprend rapidement que le bord après le Cap Fréhel pour doubler Bréhat démarrera sous J2. Il faut donc ajouter un changement de voile aux deux empannages à prévoir. Plutôt que d’attendre le passage de la porte pour rouler, il effectue sa manœuvre pendant le premier empannage en poussant loin son premier bord. Il ressort et met un pied dans la porte, accélère avec d’emblée le bon angle et fait l’intérieur au Maxi Banque Populaire XI qui a choisi un séquençage plus tardif de ses manoeuvres. Entre sportifs de haut niveau, voilà une façon de dire: « J’y suis, je manœuvre bien, je vais vite, viens me chercher ! »


Après l'empannage irlandais, la course de vitesse se poursuit sur la courbure de l'anticyclone
Après l'empannage irlandais, la course de vitesse se poursuit sur la courbure de l'anticyclone

Partir fort


Comme pour l’ensemble des 115 concurrents partis de Saint-Malo, le début de course est comme un rêve pour les grands multicoques. Mer plate, vent portant medium. Ce n’est  pas l’allure reine du plan VPLP, et les nouveaux foils installés cette année ont été justement dessinés pour compenser ce petit défaut congénital qui avait coûté la Transat Jacques Vabre au duo Laperche-Gabart, en 2023. Mais celui du flotteur tribord a été cassé lors d’un entraînement six semaines avant la course, remplacé par l’ancienne version. Heureusement, ce premier bord vers l’Irlande, capital pour la suite de la Route du Rhum, se dispute en appui sur le nouvel appendice. Et manifestement, le bateau est à l’aise. Tom Laperche l’exploite à 100% avec une pointe de vitesse de 48,9 nœuds enregistrée par son équipe à terre au passage de Ouessant quand le record en équipage du bateau n’a jamais dépassé 51. Au moment d’empanner au Sud de l’Irlande après 15 heures de course, il a déjà 28 milles d’avance. Tom Laperche a conservé toute la sortie de Manche une position sous le vent de la flotte. Il est libre de ses mouvements et SVR Lazartigue est d’ailleurs le premier à empanner.

L’avance augmente doucement mais sûrement pendant 24 heures. Le thalweg, ce fameux couloir sans vent où la brise s’inverse de 180° entre l’entrée et la sortie, ne crée pas de véritable passage à niveau mais Laperche y grappille encore quelques longueurs de plus pour porter son avance à 55 milles. Dans une mer plus difficile et un vent très instable, le skipper ne s’économise pas, multiplie les changements de voiles, reste sur les réglages et continue de creuser. Son avance culmine à 82 milles après exactement 48 heures de course mardi à 13h00. Les bateaux sont en train de doubler les Açores, jamais la Route du Rhum Destination Guadeloupe n’est allée aussi vite, mais les concurrents ont mangé leur pain blanc.


Sodebo Ultim 3 est parti au Sud, Armand Thiery suit les leaders, le chavirage du Maxi Banque Populaire XI est imminent dans le front
Sodebo Ultim 3 est parti au Sud, Armand Thiery suit les leaders, le chavirage du Maxi Banque Populaire XI est imminent dans le front

User la concurrence


A ce stade en effet, la route directe vers Pointe-à-Pitre est une voie de garage. Marquer ses concurrents à l’échelle d’une transat est un leurre et Tom Laperche continue de montrer la voie, alors que derrière, Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) fait sécession sur une route plus directe. La voie idéale des routages passe elle, par une dorsale de l’anticyclone des Bermudes qu’il faut franchir pour rejoindre un petit front dans l’Ouest. SVR Lazartigue lofe le premier vers le Nord-Ouest le soir du 3 novembre, suivi du Maxi Banque Populaire XI qui est un peu à son vent. Armel Le Cléac’h se trouve moins ralenti et l’écart entre les deux leaders fond à 20 milles en sortie de dorsale. La suite jette un froid sur toute la flotte. Le Maxi Banque Populaire XI chavire et prive SVR Lazartigue de son meilleur adversaire, sans faire offense à Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Louis Burton (Armand Thiéry). Ce dernier est sur la même route que Laperche mais à 100 milles derrière avec un trimaran moins performant. Quant à Thomas, il tente sa chance en shuntant la dorsale pour continuer tout droit, mais on le sait déjà à ce stade privé de son grand gennaker et il a une pénalité de 45 minutes à effectuer pour rupture de plomb moteur au départ.

Imposer un rythme tel qu’il pousse à la faute, soit de lucidité ou de manœuvre, soit de trajectoire ses poursuivants, voilà en résumé la course qu’a mené Tom Laperche sur les trois premiers jours.


Assurer


La négociation de la dépression tropicale, dernière chausse-trappe du parcours.
La négociation de la dépression tropicale, dernière chausse-trappe du parcours.

Dire que la suite était une promenade de santé serait mentir. Il reste près de 2000 milles à couvrir pour rallier Pointe-à-Pitre, plusieurs transitions et une dépression tropicale à négocier. Cette dernière est d’ailleurs une nouveauté dans la jeune carrière de Tom Laperche mais le garçon est curieux et surtout en totale confiance avec sa cellule de routage composée de Franck Cammas avec qui il a gagné la Transat Café l’Or en 2025 et de Jean-Yves Bernot, qui reste la référence en la matière, lui qui a inventé le routage océanique il y a exactement quarante ans en accompagnant Philippe Poupon à la victoire sur la Route du Rhum 1986.

Un duo de choc qui accompagne Tom jusqu’en Guadeloupe sur cette route inédite, à ce jour la plus Nord jamais livrée, même aux premiers temps de la course où les monocoques tentaient leur chance sur l’orthodromie.

Dans son dernier message vidéo ce matin, le skipper de SVR Lazartigue qui se préparait à un de ses derniers virements de bord à toucher Antigua, disait : « Je fais les trucs les uns après les autres. Je fais attention dans chaque manœuvre. On a un petit plan pas simple mais stimulant pour faire un joli tour de la Guadeloupe pour en profiter jusqu’à la fin » La performance dans le plaisir et l’application, c’est bel et bien la marque de fabrique de Tom Laperche qui rentre à 29 ans dans la légende après un parcours étincelant.

il y a 6 heures
5 min de lecture

LE RÉCIT DE SA COURSE . En 6 jours 13 heures, 27 minutes et 40 secondes, Tom Laperche a rallié Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en ne laissant aucune chance à ses poursuivants. Sur un trimaran arrivé à maturité qu’il connaît sur le bout des doigts, il a été rapide dans toutes les conditions, agile dans les transitions, incisif et autoritaire dès le début de la course. Quand la confiance s’ajoute au talent et au travail, c’est imparable. Bravo maestro !

 


La séquence est passée presque inaperçue et pourtant… La première démonstration de force de Tom Laperche a lieu moins de 30 minutes après le coup de canon dimanche dernier à Saint-Malo. Parti juste derrière Armel Le Cléac’h (Maxi Banque Populaire XI) sous grand gennaker, le skipper de SVR Lazartigue comprend rapidement que le bord après le Cap Fréhel pour doubler Bréhat démarrera sous J2. Il faut donc ajouter un changement de voile aux deux empannages à prévoir. Plutôt que d’attendre le passage de la porte pour rouler, il effectue sa manœuvre pendant le premier empannage en poussant loin son premier bord. Il ressort et met un pied dans la porte, accélère avec d’emblée le bon angle et fait l’intérieur au Maxi Banque Populaire XI qui a choisi un séquençage plus tardif de ses manoeuvres. Entre sportifs de haut niveau, voilà une façon de dire: « J’y suis, je manœuvre bien, je vais vite, viens me chercher ! »


Après l'empannage irlandais, la course de vitesse se poursuit sur la courbure de l'anticyclone
Après l'empannage irlandais, la course de vitesse se poursuit sur la courbure de l'anticyclone

Partir fort


Comme pour l’ensemble des 115 concurrents partis de Saint-Malo, le début de course est comme un rêve pour les grands multicoques. Mer plate, vent portant medium. Ce n’est  pas l’allure reine du plan VPLP, et les nouveaux foils installés cette année ont été justement dessinés pour compenser ce petit défaut congénital qui avait coûté la Transat Jacques Vabre au duo Laperche-Gabart, en 2023. Mais celui du flotteur tribord a été cassé lors d’un entraînement six semaines avant la course, remplacé par l’ancienne version. Heureusement, ce premier bord vers l’Irlande, capital pour la suite de la Route du Rhum, se dispute en appui sur le nouvel appendice. Et manifestement, le bateau est à l’aise. Tom Laperche l’exploite à 100% avec une pointe de vitesse de 48,9 nœuds enregistrée par son équipe à terre au passage de Ouessant quand le record en équipage du bateau n’a jamais dépassé 51. Au moment d’empanner au Sud de l’Irlande après 15 heures de course, il a déjà 28 milles d’avance. Tom Laperche a conservé toute la sortie de Manche une position sous le vent de la flotte. Il est libre de ses mouvements et SVR Lazartigue est d’ailleurs le premier à empanner.

L’avance augmente doucement mais sûrement pendant 24 heures. Le thalweg, ce fameux couloir sans vent où la brise s’inverse de 180° entre l’entrée et la sortie, ne crée pas de véritable passage à niveau mais Laperche y grappille encore quelques longueurs de plus pour porter son avance à 55 milles. Dans une mer plus difficile et un vent très instable, le skipper ne s’économise pas, multiplie les changements de voiles, reste sur les réglages et continue de creuser. Son avance culmine à 82 milles après exactement 48 heures de course mardi à 13h00. Les bateaux sont en train de doubler les Açores, jamais la Route du Rhum Destination Guadeloupe n’est allée aussi vite, mais les concurrents ont mangé leur pain blanc.


Sodebo Ultim 3 est parti au Sud, Armand Thiery suit les leaders, le chavirage du Maxi Banque Populaire XI est imminent dans le front
Sodebo Ultim 3 est parti au Sud, Armand Thiery suit les leaders, le chavirage du Maxi Banque Populaire XI est imminent dans le front

User la concurrence


A ce stade en effet, la route directe vers Pointe-à-Pitre est une voie de garage. Marquer ses concurrents à l’échelle d’une transat est un leurre et Tom Laperche continue de montrer la voie, alors que derrière, Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) fait sécession sur une route plus directe. La voie idéale des routages passe elle, par une dorsale de l’anticyclone des Bermudes qu’il faut franchir pour rejoindre un petit front dans l’Ouest. SVR Lazartigue lofe le premier vers le Nord-Ouest le soir du 3 novembre, suivi du Maxi Banque Populaire XI qui est un peu à son vent. Armel Le Cléac’h se trouve moins ralenti et l’écart entre les deux leaders fond à 20 milles en sortie de dorsale. La suite jette un froid sur toute la flotte. Le Maxi Banque Populaire XI chavire et prive SVR Lazartigue de son meilleur adversaire, sans faire offense à Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Louis Burton (Armand Thiéry). Ce dernier est sur la même route que Laperche mais à 100 milles derrière avec un trimaran moins performant. Quant à Thomas, il tente sa chance en shuntant la dorsale pour continuer tout droit, mais on le sait déjà à ce stade privé de son grand gennaker et il a une pénalité de 45 minutes à effectuer pour rupture de plomb moteur au départ.

Imposer un rythme tel qu’il pousse à la faute, soit de lucidité ou de manœuvre, soit de trajectoire ses poursuivants, voilà en résumé la course qu’a mené Tom Laperche sur les trois premiers jours.


Assurer


La négociation de la dépression tropicale, dernière chausse-trappe du parcours.
La négociation de la dépression tropicale, dernière chausse-trappe du parcours.

Dire que la suite était une promenade de santé serait mentir. Il reste près de 2000 milles à couvrir pour rallier Pointe-à-Pitre, plusieurs transitions et une dépression tropicale à négocier. Cette dernière est d’ailleurs une nouveauté dans la jeune carrière de Tom Laperche mais le garçon est curieux et surtout en totale confiance avec sa cellule de routage composée de Franck Cammas avec qui il a gagné la Transat Café l’Or en 2025 et de Jean-Yves Bernot, qui reste la référence en la matière, lui qui a inventé le routage océanique il y a exactement quarante ans en accompagnant Philippe Poupon à la victoire sur la Route du Rhum 1986.

Un duo de choc qui accompagne Tom jusqu’en Guadeloupe sur cette route inédite, à ce jour la plus Nord jamais livrée, même aux premiers temps de la course où les monocoques tentaient leur chance sur l’orthodromie.

Dans son dernier message vidéo ce matin, le skipper de SVR Lazartigue qui se préparait à un de ses derniers virements de bord à toucher Antigua, disait : « Je fais les trucs les uns après les autres. Je fais attention dans chaque manœuvre. On a un petit plan pas simple mais stimulant pour faire un joli tour de la Guadeloupe pour en profiter jusqu’à la fin » La performance dans le plaisir et l’application, c’est bel et bien la marque de fabrique de Tom Laperche qui rentre à 29 ans dans la légende après un parcours étincelant.

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